Roger Federer qui soulève le trophée tout doré des Swiss Indoors, un dimanche après-midi de fin octobre dans une Halle Saint-Jacques à ses pieds, c'est désormais la routine. Premier joueur à remporter le tournoi trois fois consécutives, le Bâlois a triomphé sans coup férir entre ses murs, face à David Nalbandian (6-3 6-4). «Il a été brillant, il n'a presque rien raté», commente le perdant avant de tourner les talons. La veille, Heinz Günthardt, consultant pour la Télévision alémanique, était parvenu à arracher, en direct s'il vous plaît, un sourire au coriace Argentin: «Si vous posez autant de problèmes à Roger (ndlr: huit victoires pour neuf défaites avant la finale d'hier), c'est parce que, contrairement à beaucoup d'autres, vous jouez la balle plutôt que de jouer Federer?», interrogeait l'ancien champion. Réponse du Gaucho: «Oui, c'est peut-être ça...»

Afin de pouvoir jouer la balle toutefois, encore faut-il qu'elle se trouve à portée de raquette. Or, hier, elle a pris des allures de projectile insaisissable plus souvent qu'à son tour pour «el gringo» de Cordoba. Béton au service - il n'a concédé que sept points de toute la rencontre sur sa mise en jeu -, Roger Federer donne vite des airs d'exhibition au dernier acte de la semaine. «Je ne me souviens pas d'avoir déjà été en telle difficulté sur mon retour», lâche David Nalbandian, pourtant réputé pour ses qualités de relanceur.

Très enclin à chatouiller les lignes, intraitable du fond du court, aérien dans ses déplacements comme rarement en 2008, celui que le speaker officiel a désigné comme le «numéro 2 mondial provisoire» rend une copie quasiment parfaite. «Ça a été mon meilleur match de la semaine, j'ai été solide et constant», tempère l'auteur en toute simplicité.

Roger Federer vient de s'adjuger le 57e titre de sa carrière, le quatrième de l'année après ceux glanés à Estoril sur terre battue, à Halle sur gazon et à l'US Open sur dur. En un mot comme en cent, l'exercice se termine mieux qu'il n'a commencé pour le dauphin de Rafael Nadal. Reste à savoir de quelle couleur s'affichera le point final, dans deux semaines au Masters de Shanghai. «Je me réjouis d'aller là-bas, c'est toujours intéressant, j'aime ce tournoi qui réunit tous les meilleurs joueurs de l'année», piaffe le Bâlois.

L'enthousiasme de ce dernier s'avère beaucoup plus modéré lorsqu'il s'agit d'évoquer l'Open de Paris-Bercy, dernier Masters Serie de la saison qui se déroule cette semaine. «On verra comment je me sens demain (ndlr: lundi), je prendrai une décision dans l'après-midi», lâche Federer, énigmatique. Après la démonstration d'hier, il peut difficilement plaider la thèse de l'épuisement généralisé... Mais le ténor aime avoir un peu de temps devant lui afin de préparer les grands rendez-vous. «Il va falloir que je mesure mon envie d'aller ou non à Paris, ce ne serait pas mal d'avoir une semaine de pause, sans stress, avant de me rendre en Chine», conclut-il. La prime qui lui est promise - 750000 francs - en cas de participation pourrait faire pencher la balance...

En attendant le verdict, le Bâlois rappelle sa «fierté» et son «bonheur» de triompher pour la troisième fois à domicile, dans un tournoi où il officia jadis en tant que ramasseur de balles. «J'ai eu du mal à m'imposer une première fois ici mais depuis, c'est comme un rêve qui se réalise encore et toujours», explique-t-il au fond d'un fauteuil, aux côtés de son trophée et couvé du regard par Roger Brennwald, directeur de la manifestation. Un peu plus tôt, à l'heure de savourer les ovations d'un public conquis depuis belle lurette, Federer a apporté de l'eau au moulin de l'autre Roger de Bâle (lire ci-dessous), en lançant un appel à l'aide aux autorités rhénanes. «Mes mots étaient tout à fait spontanés», assure le champion. «Je sais qu'en Suisse, il n'est pas question de construire des stades à la même allure qu'aux Etats-Unis, par exemple. Mais les installations ont besoin d'être rénovées et j'espère que je serai entendu. Il faut faire le nécessaire parce qu'un tournoi comme le nôtre peut vite partir en Asie, où les sommes investies sont énormes.»