Le score est de 5-5 dans le jeu décisif du quatrième set. Roger Federer et Xavier Malisse sont sur le court depuis près de trois heures et demie. Une chaleur étouffante règne sur le court. Le joueur belge, saisi de crampes, éprouve beaucoup de peine à se déplacer. Mis en difficulté par un coup de son adversaire, il tente un lob. Celui-ci est court. Le Suisse choisit de ne pas laisser rebondir la balle. En une fraction de seconde, il songe qu'il va frapper là le smash le plus important de sa carrière. Il l'expédie hors des limites du terrain et se retrouve mené 5-6. Un service gagnant de Malisse plus tard, la Belgique est en demi-finale de Coupe Davis.

Telle a été la conclusion d'une rencontre haletante au cours de laquelle les deux protagonistes et le public, venu enfin en nombre remplir les gradins, ont passé par tous les états d'âme. En son début, cette partie a été marquée par l'extrême nervosité des deux jeunes espoirs du tennis mondial que sont Federer et Malisse. Dans la manche initiale, il n'y a eu que deux jeux sans balle de break, et si le Bâlois a fini par l'emporter, il lui a fallu pas moins de sept occasions pour arriver à ses fins.

Relâchement coupable

Le Belge et le Suisse avaient laissé beaucoup d'énergie dans l'affaire et, comme vendredi face à Van Garsse, Federer n'a pas su serrer le jeu au moment où il venait de prendre un avantage psychologique sur son rival. Au commencement de la deuxième manche, on a assisté à cinq breaks consécutifs, et c'est Malisse qui a réussi à s'adjuger sa mise en jeu en premier. Federer a eu en la circonstance un relâchement coupable, et son adversaire a pu égaliser assez facilement à un set partout.

Dans la troisième manche, le Bâlois à de nouveau manqué d'opportunisme. Il a eu, sur son service, une balle de 3-1 et n'a pas su saisir cette chance. Même s'il était aussi tendu que ses cordages, qu'il a cassés les uns après les autres, Malisse a remporté ce set à sa cinquième occasion. Il était alors idéalement placé pour s'envoler vers la victoire, et ce d'autant plus qu'il a rapidement pris le service de Federer et que ce dernier a dû se faire soigner à cause de crampes en début de quatrième manche.

C'est quand tout semblait désespéré que le remplaçant de Marc Rosset en tant que numéro un helvétique en simple a eu une admirable réaction. Mené 2-5, il est revenu à 4-5 pour sauver une balle de match puis deux autres à 5-6 et obtenir ainsi le droit de disputer le fameux tie-break déjà évoqué. Dans ce jeu décisif, il a une nouvelle fois manqué de rigueur alors que le vent paraissait avoir tourné en sa faveur et que son rival était dans les cordes. Quand il s'est détaché 3-0, un cinquième set, où il avait toutes ses chances, lui ouvrait les bras. Il a, à cet instant importantissime, commis quatre fautes directes de suite qui l'ont placé dans la situation délicate que l'on sait. Dommage. La Coupe Davis et ses aléas ont fait de Xavier Malisse le héros d'une équipe aux moyens limités qui a su néanmoins tirer avec un cœur admirable le meilleur profit d'une surface judicieusement choisie.

Mezzadri optimiste

A l'heure du bilan, Roger Federer a exprimé son immense déception, mais a également insisté sur les enseignements positifs qu'une expérience aussi forte pouvait lui apporter: «J'ai eu une bonne attitude sur le court, je me suis battu jusqu'au bout et j'ai prouvé que je pouvais bien jouer sur terre battue.» De son côté, le capitaine Claudio Mezzadri a relevé qu'il ne fallait pas oublier la jeunesse de son protégé: «Il n'a que 18 ans et ce n'était pas facile d'assumer au pied levé le rôle de leader de l'équipe.» Le capitaine de la formation helvétique a aussi déclaré qu'il ne regrettait pas d'avoir fait jouer Lorenzo Manta en simple. Là, le déroulement de la rencontre lui donne tort. Non seulement le joueur de Winterthour n'a pas défendu valablement ses chances face à Malisse, mais en plus il a, déstabilisé par sa piètre performance de la veille, mis deux sets à entrer dans la partie en double samedi. Ce qui a failli coûter le point à l'équipe, finalement obtenu en quatre sets.

«Je suis fier de mes joueurs car ils ont tout donné et, avec un Federer plus expérimenté et un Rosset en forme, mon équipe peut faire de gros dégâts l'année prochaine.» L'optimisme de Mezzadri n'est pas exagéré. La troupe qu'il dirige a en effet des possibilités. Il n'en demeure pas moins qu'il faut savoir tirer les conséquences de ce qui demeure un échec. D'une part, le chapitre «Manta en simple» est à clore définitivement, sauf peut-être au cas où la Suisse évoluerait sur herbe. D'autre part, le mentor suisse aurait intérêt à se montrer plus présent aux côtés de Roger Federer lorsque celui-ci ne doit plus lâcher un point.