Tennis

Roger Federer, sans peur ni douleur pour son retour à Monte-Carlo

74 jours après sa demi-finale de l’Open d’Australie, le Bâlois revient à la compétition. Son genou est complètement remis et la confiance, essentielle après une si longue absence, est là

Il est arrivé le premier sur le Rocher. Il y a dix jours déjà. Pour s’entraîner quotidiennement et assidûment sur le court central du Monte-Carlo Country Club. Pour prendre ses marques, trouver ses repères. Roger Federer n’a plus disputé un match depuis sa demi-finale de l’Open d’Australie à Melbourne le 28 janvier dernier. La faute à une déchirure du ménisque du genou gauche, contractée en préparant un bain pour ses jumelles et nécessitant une arthroscopie et une phase de rééducation.

74 jours sans compétition! Jamais Roger Federer n’avait été éloigné des courts aussi longtemps. Mais pas de quoi l’impressionner. «On parle de dix semaines, pas de six mois. J’avais déjà été absent six semaines en 2001 après le tournoi de Gstaad, en raison de problèmes aux abducteurs.» Il apparente donc ces retrouvailles avec la compétition à un début de saison: «Tu sors d’un long break et tu ne sais pas vraiment où se situe ton niveau de jeu. Tu te demandes si le niveau atteint à l’entraînement tiendra aussi à 30 partout, à 15-40, sur une balle de break ou au début d’un jeu. Tu ne sais pas si tu joueras bien 90% ou 100% du match. Il y a une incertitude. C’est comme ça quand tu n’as pas joué depuis longtemps.»

Aucun abandon

Roger Federer a traversé sa carrière quasiment sans blessure. Préservé par une fibre musculaire particulière, ainsi qu’une gestion de sa préparation physique et de son emploi du temps savamment orchestrée par Pierre Paganini, l’homme aux 17 titres du Grand Chelem n’a jamais abandonné un match en cours de route et n’a déclaré forfait en cours de tournoi qu’à trois reprises: au Masters 2014 avant la finale contre Novak Djokovic, à Doha en 2012 avant la demi-finale contre Jo-Wilfried Tsonga et à Bercy en 2008 avant un quart de finale contre James Blake. Ses plus sérieux pépins de santé remontent à 2013, quand il fut miné par des problèmes de dos. Des douleurs qui ont eu raison de ses résultats et de son classement mais pas de son planning. Même sa mononucléose en 2008 ne l’avait pas empêché de disputer les tournois prévus.

«C’est vrai que c’est rarement arrivé qu’il ne joue pas pendant aussi longtemps, confie Severin Lüthi, son coach. Mais il s’entraîne et joue très bien. Il a vraiment l’air en super forme.» Pour le Bernois, il faut surtout réintégrer le rythme soutenu du circuit: «Les joueurs sont habitués à jouer toutes les semaines. Sauf peut-être en fin de saison. Il faut donc se réhabituer à la nervosité liée au match, à la tension de la compétition, mais je suis très positif.»

Contretemps favorable

Prévu initialement à Monte-Carlo, son retour a ensuite été planifié à Miami, mais une gastro l’a empêché de jouer. «Je suis allé là-bas en sachant que si, en raison du jet-lag ou autre, mon genou devait me gêner encore, je serais prêt à renoncer, avoue le numéro 3 mondial. J’avais envie d’essayer de jouer, mais je savais aussi que si je ne pouvais pas, j’aurai des semaines d’entraînement supplémentaires. C’était positif dans les deux cas. Et puis, il y a eu ce virus. Mais j’ai quand même pu m’entraîner un peu sur terre battue à Miami et au final, je pense que c’était une bonne chose.»

Le temps passé à retrouver ses marques lui a permis de chasser les fantômes de la blessure qui, insidieusement, peuvent venir instaurer le doute dans la tête. Rafael Nadal, qui a connu de nombreuses absences dues à un corps souvent meurtri, sait combien l’intégrité physique est essentielle. «Le plus important, c’est d’être en bonne santé, insiste l’Espagnol. Roger revient d’une blessure mais heureusement elle ne fut pas trop longue. S’il est à 100% physiquement, je pense que ce retour ne sera pas un problème pour lui.»

Des peurs à évacuer

La crainte d’un possible retour de la douleur, Roger Federer l’a expérimentée lorsque son dos lui jouait régulièrement des tours. C’est dans un coin de la tête et ça mine. «Là, je n’ai plus peur, confie le Bâlois, radieux. C’est un cap que j’ai passé il y a trois ou quatre semaines. Or, c’est la chose la plus importante après une blessure parce que tu ne veux pas jouer avec la peur trop longtemps. Sinon, tu commences à t’habituer à faire des choses que tu ne devrais pas, tu te fais mal et tu risques de te blesser ailleurs.»

Gastro ou pas, ce n’est probablement pas plus mal de recommencer sur terre battue, une surface plus douce pour les articulations. «C’est clair que sur terre, les chocs sont un peu moins violents, mais en même temps tu glisses et ça peut être mauvais aussi, estime encore Severin Lüthi. Je pense que la surface sur laquelle tu reprends n’a pas beaucoup d’importance. Roger était prêt pour Miami.» Prêt, mais peut-être pas totalement en confiance. Le Maître le dit lui-même, ces dix jours de travail intensif sur l’ocre monégasque lui ont fait le plus grand bien. «En plus, j’ai gagné tous mes sets d’entraînement, se marre-t-il. Je ne dois pas m’accrocher à ça. Je suis le dernier à tenir compte des sets d’entraînement mais quand même, c’est rassurant. Ça montre que j’ai un niveau correct et que je ne suis pas loin.» Bien physiquement et mentalement, il est donc convaincu d’avoir les atouts pour réussir son retour, même s’il manque de matches dans sa raquette. «Mais je suis conscient que le premier tour ne va pas être évident, avoue-t-il encore. Que ce soit Bellucci ou Garcia-Lopez, ce sont deux bons joueurs de terre battue.»

Quoi qu’il en soit, cette longue abstinence a aiguisé l’appétit de cet amoureux du jeu. Vendredi, lors de son entraînement face Philipp Kohlschreiber, le Bâlois s’énervait comme rarement à chaque fois qu’il ratait une balle, osant un langage peu fleuri en suisse-allemand. La preuve d’une niaque et d’une envie de bien faire décuplées. Il jouait sans retenue et a même offert aux quelques personnes présentes un joli petit coup entre les jambes. Le lendemain, lui qui est d’ordinaire peu matinal, est arrivé quasiment le premier au club pour un entraînement à 9h avec Stan Wawrinka. Les deux Suisses avaient anticipé la pluie qui a plombé le reste de la journée. 74 jours sans compétition, ça creuse!

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