Tennis

Roger Federer poussé vers la sortie

Invaincu depuis 17 matchs à Melbourne, Roger Federer est éliminé dès les huitièmes de finale de l’Open d’Australie par le Grec Stefanos Tsitsipas en quatre manches dont trois tie-breaks (6-7 7-6 7-5 7-6). Un coup d’arrêt, pas un coup de grâce

Il avait passé les trois premiers tours à répéter que les marges étaient minces et que même s’il se sentait en forme, cela ne lui apportait aucune garantie. Il avait aussi souvent insisté sur le physique; lui seul sait ce qu’il en coûte, en sacrifices mais aussi en douleurs le matin, de continuer d’être aussi souvent bon à 37 ans.

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Dimanche, Roger Federer ne l’a pas été. Pas suffisamment en tout cas pour se défaire de son adversaire, le jeune Grec Stefanos Tsitsipas (20 ans), vainqueur en quatre sets très accrochés (6-7 7-6 7-5 7-6). Le Bâlois est éliminé de l’Open d’Australie, après 17 victoires de rang et deux trophées consécutifs, et ce dès les huitièmes de finale, comme au précédent US Open. Au classement ATP, il devrait apparaître lundi prochain au sixième ou septième rang.

Au matin de cette défaite surprise, une vidéo tournait sur les réseaux sociaux. On y voyait Federer, filmé par une caméra de surveillance, se faire refuser l’accès d’un bâtiment parce qu’il ne portait pas son accréditation. Sur le court de la Rod Laver Arena, son instinct de «tueur» était son sésame pour accéder aux quarts de finale. Il ne l’avait pas sur lui cette fois encore.

Si les occasions manquées dans la première manche ne prêtèrent pas à conséquence (il remporta le tie-break 13 points à 12), ses quatre balles de break et ses quatre balles de set dans la deuxième manche lui coûtèrent très cher: il avait laissé échapper le set et remis son adversaire à flot. «J’ai d’énormes regrets, ce soir, avouera-t-il en conférence de presse. Je n’en ai peut-être pas l’air, mais je suis très déçu. J’avais l’impression que je devais gagner la deuxième manche. Je me fiche comment, mais je dois le faire. Ça m’a coûté le match ce soir.» Au total, il a obtenu 12 balles de break et n’en a concrétisé aucune.

Ne pas avoir peur de l’idole

En laissant filer ces occasions, Roger Federer s’est progressivement déréglé, notamment en coup droit. Stefanos Tsitsipas y est également pour quelque chose. Le Grec a mis une pression constante sur son aîné. La veille, à l’entraînement sur le petit court numéro 18, il s’appliquait à viser des petits cônes de couleur que son entraîneur de père, Apostolos, avait disposé au sol: jaunes pour des coups droits croisés, blancs pour des retours sur le revers de Federer, rouges pour préparer des montées au filet. Le fils ne réussissait pas à chaque fois à atteindre la cible, ni même les limites du court, mais le père l’encourageait toujours à insister.

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Attaquer Federer, ne pas avoir peur de l’idole, il faut oser quand on a 20 ans. «Federer, je le regarde depuis que j’ai 6 ans, rien que d’être sur le court avec lui était déjà la réalisation d’un rêve, raconta Tsitsipas dans l’interview d’après-match à John McEnroe. Mais j’étais là pour une place en quart de finale et je voulais gagner. Le point crucial est que j’y ai constamment cru, dès le début. Malgré toutes les balles de break contre moi, j’ai tenu, je suis resté dans le moment présent, je n’ai jamais pensé aux conséquences d’un point perdu.»

Très grand (1,93 m), puissant, mais également rapide et réactif, Tsitsipas incarne le profil de joueurs qui est en train de s’installer. Avec lui, d’autres arrivent et sont toujours en course à Melbourne: l’Allemand Alexander Zverev, le Russe Daniil Medvedev, l’Américain Frances Tiafoe. Lui a en plus un goût pour l’offensive et les montées au filet. Par moments, la rencontre laissa la même impression de passage de témoin ressentie lors du fameux (et unique) Federer-Sampras de 2001 à Wimbledon. Avec cette fois le Suisse dans le rôle de la vieille gloire poussée vers la sortie. «Il paraît qu’il me ressemble… C’est possible, il joue le revers à une main et j’avais aussi les cheveux longs à mes débuts», tenta le Bâlois, ni très convaincu ni très intéressé par l’idée d’appartenir bientôt au passé.

Des trucs de vieux magiciens

Souvent dominé en puissance, Federer tenta jusqu’au bout de renverser la tendance et utilisa toute sa science du tennis pour substituer la ruse à la force. Cela marcha parfois, et c’était sublime et émouvant. Mais souvent, c’était comme un vieux magicien dont les trucs sont éventés. Il regarda passer la balle de match sur son flanc gauche. Il avait été pris de vitesse, une dernière fois. Hébété par son exploit, Stefanos Tsitsipas laissa tomber sa raquette au sol et ne la toucha plus, comme s’il avait voulu marquer l’endroit d’où il venait de terrasser la légende du tennis. Il revint ensuite se cacher le visage sous un linge et ne vit pas Roger Federer passer devant lui, la mine défaite, le sac lourd et le cœur gros. Le public réserva une ovation aussi vibrante que sincère à celui qu’à chaque tournoi, on craint de ne plus revoir. Mais la légende n’a pas dit son dernier mot. «Je quitte le tournoi sans problème physique et sur un bon niveau de jeu. Il faut juste que je comprenne ce qui m’a manqué.»

A l’extérieur du stade, la nombreuse communauté grecque de Melbourne fêtait son champion. Pour eux, le tournoi continue. Stefanos Tsitsipas affrontera en quart de finale l’Espagnol Roberto Bautista Agut, vainqueur en cinq sets du finaliste de l’an dernier, le Croate Marin Cilic.


«Je vais jouer Roland-Garros»

En conférence de presse, Roger Federer a surpris un peu son auditoire en répondant très franchement à une question qu’on lui pose depuis très longtemps et sur laquelle il restait assez évasif. «Oui, je vais jouer Roland-Garros», a-t-il déclaré avant de développer un peu. «Je suis dans une phase où je pense que je dois me faire plaisir. Ça m’a manqué de ne pas jouer à Paris. J’avais juste envie peut-être une fois de le refaire.» Vainqueur du French Open en 2009 et quatre fois finaliste porte d’Auteuil, le Bâlois n’a plus disputé Roland-Garros depuis 2015. Blessé en 2016, il avait fait l’impasse sur la saison de terre battue en 2017 et 2018. «J’ai décidé de ne pas refaire à nouveau un grand break. Je l’ai fait et je n’ai pas la sensation que c’est vraiment très nécessaire.» Une aubaine pour les organisateurs parisiens qui inaugureront ce printemps (du 26 mai au 9 juin) un nouveau court et un Central refait à neuf.

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