L’affiche annonçait une demi-finale de tournoi du Grand Chelem. Mais, de match, il n’y en eut point. 6-2 6-3 6-2 en 1 h 28 mn, voilà comment Roger Federer (No 1) a expédié Jo-Wilfried Tsonga (No 10), sans ménagement. Une heure et vingt-huit minutes, la moitié du timing du chef-d’œuvre «Avatar» de James Cameron. Federer nous a simplement rappelé que l’on peut fabriquer un monument artistique moins long, pourtant tout aussi relevé.

Le Bâlois au polo turquoise a distribué son savoir comme il l’entendait, réussissant, avec l’appui d’un service qui fonctionnait à souhait, des contrepieds, des volées, des amorties, des attaques en coup droit et revers. En réalité, on a vu, vendredi sur le tapis de la Rod Laver Arena, un professeur de tennis venu d’ailleurs distiller sa science technique et tactique. A cette nuance près que son élève n’avait rien d’un débutant, lui qui figure parmi le top-10 mondial et a disputé, ici même, une finale perdue en 2008 face à Novak Djokovic.

«Je me sentais très relâché, la balle partait bien de ma raquette quoi que je tente, c’était fun!», s’amusera le maître. Un qui rigolait moins, c’était son «étudiant du soir», le sympathique et démonstratif Français, pour une fois éteint. «Roger a juste davantage de talent que moi. J’étais aussi usé par mes deux affrontements précédents contre Almagro puis Djokovic. Mais ce n’est pas cela qui m’a fait perdre. Mon premier service ne passait pas, et je n’ai pu mettre de l’intensité dans mon jeu. Bon, d’accord, j’ai paumé une demi-finale de Grand Chelem contre Federer, et alors? D’autres ont subi le même sort avant moi, il n’y a pas de honte.»

Qui se lèvera pour contester? Ah oui, un homme, Andy Murray, promu ultime contradicteur de «Rodgeur» avant, peut-être, son 16e titre en Grand Chelem. En tous les cas sa 22e finale, la 8e de rang. L’Ecossais appartient aux rarissimes privilégiés – hors Rafael Nadal, à nouveau éloigné un mois des courts à cause de son genou droit –, pouvant se targuer d’un bilan provisoire positif face à Federer: le score actuel est de six victoires à quatre en faveur de Murray, Federer ayant remporté leurs deux ultimes confrontations sur dur, à Cincinnati ainsi qu’au Masters de Londres 2009.

L’analyse du «prof»: «La principale différence entre Andy et moi, c’est que j’avais gagné ma première finale de Grand Chelem, à Wimbledon 2003, alors que lui a perdu la sienne à l’US Open 2008. Et contre moi, en trois sets. Je vous assure que, sur le plan mental, ça modifie les données lorsque vous entrez sur le court central pour votre deuxième tentative. Il y a évidemment moins de pression sur vous dès lors que vous possédez déjà un trophée majeur.» Extrapolation: Murray devrait être plus nerveux que Federer dimanche.

Puis on lui demande quelles seront les clés de ce duel ultime. «La clé, c’est moi! Je veux dire si je joue bien, comme ce vendredi, ou pas. En tennis, l’équation est parfois aussi simple que ça. Autrement, je peux m’imaginer un match plutôt tactique. Andy est assez attentiste, il possède néanmoins l’un des meilleurs revers et retour de service du Circuit, plus une maturité tactique proche d’un spécialiste des échecs.» L’auditeur constate que le maître a décortiqué à l’avance les atouts de son opposant. Donc que la réplique ne saurait tarder à être au point.

Enfin, à un confrère qui aimerait connaître son avis sur le fait qu’un Britannique n’a plus brandi un titre en Grand chelem depuis 74 ans, le «prof» au 15 «Majors» lâche: «Il existe beaucoup de nations qui n’en ont encore gagné aucun!» Imparable, pour changer.