Tennis

Roger Federer, Psychose, la musique et un bouquet de fleurs des champs

Dernière balade à Melbourne pour le vainqueur de l’Open d’Australie, qui est revenu sur sa folle nuit, son réveil embrumé et sa vision très artistique du tennis

Vous pouvez l’appeler le génie, le Maître, the GOAT (Greatest of all time) ou tout ce que vous voulez: au lendemain de ce qu’il n’est pas loin de considérer lui-même comme le plus grand exploit de sa carrière, Roger Federer est d’abord un homme aux tout petits yeux, qui ne peut plus se baisser (trop de courbatures) et que ses enfants ont réveillé à l’heure (6h30) où il comptait aller se coucher.

Il en sourit parce que rien en ce lundi après-midi ne peut altérer sa béatitude. Dans ses bras, le lourd trophée Norman Brookes, qu’il n’a plus tenu depuis 2010 et qu’il fait reposer sur son avant-bras, comme un bouquet de fleurs des champs. Autour des caméras et appareils photo convoqués pour le traditionnel «photo call» d’après-victoire, quelques fans asiatiques bien renseignés et des badauds intrigués par cette effervescence qui rompt l’habituelle quiétude des jardins Carlton.

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«J’ai survécu à la douche»

Un peu à l’écart, la presse suisse (une quinzaine de personnes) attend son (quart d') heure. S’il a rapidement pris conscience de l’onde de choc planétaire de sa victoire, Roger Federer n’en reste pas moins très attaché à son pays d’origine. L’occasion de parler plus librement, de plaisanter également. «Tu n’as pas baigné les enfants, cette fois?», demande l’envoyée spéciale de Blick. L’an dernier, Federer s’était en effet blessé au genou en donnant le bain à ses filles au lendemain de son dernier match à Melbourne. «Sérieusement, j’y ai pensé en prenant ma douche. J’ai eu comme un sentiment de déjà-vu et en sortant je me suis dit: "c’est bon, j’ai survécu à la douche!"» Psychose n’était pas loin.

Je dois admettre que c’est la première fois que j’éprouve cette sensation, c’est-à-dire avoir de la peine à croire que j’ai gagné.

Roger Federer

Un peu d’eau fraîche sur le visage lui aura permis de vraiment se réveiller: oui il a réellement remporté l’Open d’Australie, après seize Grand Chelem sans victoire (trois finales tout de même). «En sortant de la chambre, là je me suis dit que ce n’était pas qu’un rêve. Je dois admettre que c’est la première fois que j’éprouve cette sensation, c’est-à-dire avoir de la peine à croire que j’ai gagné.»

«Le sport est comme la musique»

Empli de respect et d’empathie pour Rafael Nadal, il garde au lendemain de son exploit le même sentiment que le résultat n’était pas la finalité. «J’ai reçu beaucoup de messages et voir tant de gens heureux me touche beaucoup. En fin de compte, le sport, le tennis, c’est comme la musique: c’est fait pour émouvoir les gens. Alors si j’y arrive, cela me fait plaisir.»

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Ce dix-huitième titre est le premier pour son physio Daniel Troxler, arrivé en 2014. C’est lui qui a massé le haut de la cuisse de Federer dans le temps mort médical (en anglais: Medical Time Out, MTO) à la fin du quatrième set. Cette interruption du jeu, alors que Nadal venait d’égaliser à deux manches partout, a été sévèrement critiquée par Pat Cash. «C’est de la tricherie, mais c’est autorisé. C’est de la tricherie légalisée, mais ce n’est pas juste», a écrit le vainqueur de Wimbledon 1987 dans sa chronique au Herald Sun.

«Une tricherie autorisée», selon Pat Cash

Federer, qui n’avait jamais utilisé cette ressource en vingt ans de carrière, a demandé deux MTO en deux matchs, en demi-finale puis en finale. Si Stan Wawrinka n’a éprouvé aucun malaise («Aucun de nous ne fait ça s’il n’en a pas besoin, assurait jeudi soir le Vaudois. D’ailleurs, lorsqu’il est sorti, j’en ai profité également pour aller aux toilettes.»), Rafael Nadal s’est tout de même montré assez dubitatif en conférence de presse. «Je ne sais pas ce qu’il avait…» «Je traînais une douleur à l’aine depuis le deuxième match, répond Federer. Je suis le dernier à abuser de ce genre de chose mais puisque le règlement le permet…»

Sur les réseaux sociaux, les internautes ont durement critiqué Pat Cash, l’accusant de rechercher une publicité indue. C’est oublier que l’Australien a été l’un des seuls à croire en la victoire de Federer sur Nadal. Un titre qui est le premier pour Ivan Ljubicic, le coach croate recruté début 2016 par Roger Federer après l’arrêt de Stefan Edberg. «Il était plus nerveux que moi, j’ai dû le calmer», explique, en souriant, Roger Federer à propos de ce coach discret qui refuse toutes les demandes d’interview.

Pas de Federer en Coupe Davis

Tandis que L’Equipe demande à ses internautes (dans deux articles distincts) si Federer est, d’une part, «le plus grand champion de l’histoire du sport» et, d’autre part, «le champion du week-end», l’ordinateur de l’ATP le replace au dixième rang mondial. Une progression de sept places, qui devrait se poursuivre durant le printemps puisque Roger Federer n’avait quasiment pas joué en 2016 (forfait à Rotterdam, Dubaï, Indian Wells, malade à Miami, quart-de-finaliste à Monte-Carlo, absent à Madrid, abandon à Rome, forfait à Roland-Garros). Stan Wawrinka grimpe au troisième rang alors que, côté féminin, la chute de Belinda Bencic au classement WTA se poursuit: 80e, elle est désormais N°3 suisse derrière Timea Bacsinskzy, 15e, et Viktorija Golubic, 62e.

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Pour trois semaines, Roger Federer est en vacances. Ses filles veulent faire du ski. Il reprendra la compétition fin février au tournoi ATP 500 de Dubaï. De son côté, Severin Lüthi est parti retrouver l’équipe de Suisse de Coupe Davis qui défie les Etats-Unis, du 3 au 5 février à Birmingham (Alabama). En l’absence de Federer mais aussi de Stan Wawrinka, la Suisse sera représentée par Henri Laksonen (127e mondial), Marco Chiudinelli (146e), Adrien Bossel (485e) et Antoine Bellier (598e). Des jeunes qui ont montré un bel état d’esprit en octobre dernier lors du barrage en Ouzbékistan mais qui seront tout de même un peu «tendres» face aux Américains. Le capitaine Jim Courier peut en effet compter sur quatre joueurs classés entre la 19e et la 32e places mondiales: John Isner, Jack Sock, Steve Johnson et Sam Querrey.

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