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Roger Federer après sa défaite en quart de finale de Wimbledon face à Kevin Anderson, mercredi 11 juillet 2018.
© Andrew Boyers / Reuters

L’oeil du court

Roger Federer doit redevenir le chasseur

CHRONIQUE. L’élimination de Roger Federer en quart de finale de Wimbledon n’est, à la réflexion, pas si surprenante que ça, estime Marc Rosset dans sa chronique au Temps

Depuis mercredi, je ne peux m’empêcher de penser aux raisons de la défaite de Roger Federer face à Kevin Anderson en quart de finale de Wimbledon (2-6 6-7 7-5 6-4 13-11). Cela s’est joué à peu et Roger a eu une balle de match mais malgré cela, je pense depuis un petit moment que deux choses ne vont pas chez lui cette saison.

Tout d’abord, je crois que son niveau de jeu en 2018 n’est pas aussi haut qu’il l’était en 2017. Ce qui était incroyable l’an dernier, c’était cette prise de risque constante qui lui permettait d’agresser ses adversaires. On a beaucoup parlé à l’époque de son nouveau revers; je ne crois pas qu’il ait changé de jeu. D’ailleurs, si l’on revoit la finale de l’US Open 2015 qu’il perd contre Djokovic, on se rend compte qu’il avait déjà cette volonté d’être plus offensif, de frapper plus en revers.

Tombé au 17e rang mondial

Non, ce qui était vraiment nouveau en 2017, c’était son envie d’aller vers l’avant. Il faut se souvenir qu’il était tombé au 17e rang mondial: il aurait pu couler si ça ne s’était pas bien passé en Australie. En 2017, il est revenu comme le challenger, l’underdog et cela lui a fait un bien fou parce que, pour la première fois, depuis quinze ans, il n’était plus celui qui devait absolument gagner.

Les victoires se sont enchaînées et, un an plus tard, il est redevenu numéro 1 mondial. Mais il a perdu quelque chose en route: il est devenu plus gestionnaire. Il gagne l’Open d’Australie en contrôlant Cilic, il perd une finale un peu triste à Indian Wells face à Del Potro. Sur herbe, il gagne Stuttgart en ne battant personne. A Halle, il n’y a pas grand monde non plus, pourtant il perd en finale contre Coric. A ce niveau, la marge de manœuvre n’existe plus, sauf peut-être pour Nadal à Roland-Garros. Face aux meilleurs, on ne peut pas gérer, spéculer sur la faute; il faut jouer, oser. C’est ce qu’a fait Kevin Anderson: il s’est mis dans la peau du challenger, il a tenté, tenté, et comme c’était un jour où il était en réussite, ça a passé. 

Dans un mauvais jour

En face, Roger Federer n’était pas dans un bon jour. Ça m’est arrivé: je sais ce que c’est que de traverser un match sans jamais sentir la balle. Quand Stan Wawrinka ne joue pas bien, il se fait mal physiquement pour trouver dans la douleur une sorte de relâchement qui lui permet de se remettre à bien jouer. Chez Roger, c’est l’inverse: il faut d’abord qu’il retrouve des sensations dans la raquette pour qu’il se remette à bien bouger. Face à Del Potro, Rafael Nadal n’était pas forcément mieux, mais il est allé chercher la victoire en montant à la volée, en changeant de tactique, en se battant, en prenant des risques. Federer, lui, est resté trop timide, trop passif.

Le choix du calendrier

La deuxième question que je me pose, c’est celle du calendrier. Il a reproduit cette saison celui de l’an dernier, mais la situation est différente. En 2017, il revient avec la banane d’un gamin de 12 ans. Derrière, c’est le conte de fées: il terrasse Nadal à Melbourne et à Key Biscayne, il gagne des matchs de folie; quand il revient à Wimbledon, il est encore sur sa lancée. A ce moment-là, renoncer à la saison sur terre battue: je comprends. Mais cette année, il refait le même truc sans avoir gagné la tournée américaine, sans être porté par une euphorie.

Quand il revient, il s’est passé onze semaines, et il reprend sur des petits tournois 250 où il n’affronte personne. A Wimbledon, il joue Kevin Anderson après quatre premiers tours faciles et n’a donc pas rencontré de top 10 depuis trois mois. Je trouve que c’est beaucoup. Quand on s’appelle Federer, il est dur de faire Roland-Garros en sachant qu’il sera difficile d’aller plus loin que les quarts; je comprends. Mais peut-être qu’il devra à l’avenir passer par un ou deux Masters 1000, y compris sur terre battue, pour rester en contact avec les meilleurs.

Prendre plus de risque

J’ai l’impression que Roger Federer s’est replongé dans un «trip» dont il s’était sorti: être le favori, devoir gagner. Il a plusieurs fois répété que la place de numéro un mondial n’était pas une obsession; il doit revenir à cet état d’esprit. Je pense que plus les années vont passer et plus il va devoir se mettre dans la peau du challenger, pas du champion qui doit absolument gagner. Jusqu’ici, il s’en est souvent sorti parce qu’il était plus fort physiquement, qu’il était en confiance, qu’il avait toujours ce petit coup de génie, mais je ne suis pas sûr que cela suffise maintenant. Avant, il pouvait gagner un Grand Chelem sans prendre trop de risques; il n’a plus cette marge par rapport à ces rivaux. Il doit prendre plus de risques, et tant pis si parfois ça ne passe pas. Il se relâcherait un peu le cerveau à exiger moins de lui. Il doit se mettre dans la peau du chasseur, pas du chassé.

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