La victoire de Roger Federer s'était négociée à la cote anémique de 1,01 contre 1 chez les bookmakers de la place. Victime expiatoire: Takao Suzuki, 203e joueur mondial, parfait inconnu dans l'annuaire officiel de l'ATP et, en vérité, bien au-delà encore. Pourtant…

Comme il le dira au sortir du vestiaire, Roger Federer a transpiré plus que de raison (6-3 6-4 6-4), et la chaleur, cette fois, n'y était pour rien. «Je savais que Suzuki monterait beaucoup à la volée, qu'il était adroit, et que le spectacle, entre ses assauts et mes passings, serait excitant. J'ai eu du plaisir… mais aussi des difficultés.»

Avant cette intrusion gaillarde sur un court central, Takao Suzuki était essentiellement adulé de sa propre mère. Mercredi soir minuit, quinze mille spectateurs lui ont réservé une ovation sincère, conquis par ce nobody sans peur et hilare qui, tant qu'à péricliter, a voulu que ce soit avec panache. «Je suis heureux. J'ai tenu deux heures, c'est bien», a-t-il rigolé. Son plan de marche: «Monter à la volée, et advienne que pourra.»

Coups de génie

Fâché avec ses premières balles de service, surpris par tant de hardiesse insoupçonnée, Roger Federer s'est finalement tiré d'affaire en dépoussiérant quelques coups de génie. Avant Takao Suzuki, personne ne lui avait ravi son service depuis 57 jeux. Le Bâlois, en revanche, a égalé hier son record de 23 victoires consécutives. Il rencontrera vendredi le Finlandais Jarkko Nieminen (ATP 87), un gaucher à l'approche nettement plus conventionnelle, éloigné des courts pendant trois mois en raison d'un poignet cassé.