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Roger Federer, le 2 janvier 2017. 
© Paul Kane

Tennis

Roger Federer, retour vers le futur

Sept tournois disputés, 22 matchs joués, 1 seule finale et aucun titre. La saison 2016 de Roger Federer, interrompue dès le 8 juillet, est la plus pauvre de sa riche carrière. Elle dit pourtant beaucoup de ce qu’il est, de pourquoi il revient et de ce qu’il espère encore

En tennis, tout commence toujours «Down Under». Roger Federer retrouve cette semaine le monde du tennis à Perth, cadre de la Hopman Cup, une compétition semi-officielle par équipe qu’il dispute avec la Saint-Galloise Belinda Bencic.

Cette aimable mise en bouche déchaîne les passions et embrase les réseaux sociaux parce que Federer, absent des courts depuis le 8 juillet 2016, est de retour après 178 jours d’arrêt occupés à prendre du bon temps, soigner un dos et un genou douloureux, puis se remettre sérieusement au travail.

A l’annonce de son retour, tous les commentaires se sont portés sur 2017 et ses chances de revenir, de redevenir. Nous avons préféré revoir 2016, comme s’il y avait une clé pour comprendre le personnage dans cette année si particulière, cette saison blanche et sèche qu’il qualifie pourtant d’«inoubliable».

Tout commence donc comme toujours en Australie. En janvier 2016 à Melbourne, Roger Federer salue le départ à la retraite de Lleyton Hewitt. Après ceux de Safin, Ferrero et Roddick, le départ du fougueux Australien fait de Federer le plus ancien numéro un mondial en activité. Il est toujours le boss. Quand sort l’affaire des paris truqués, c’est lui qui monte au filet: «Qui? Quoi? J’aimerais entendre des noms, des faits. Au moins, ce serait concret et on pourrait en débattre.»

En 2015, plus jeune que jamais

Nadal se fait sortir au premier tour. Roger, lui, passe sans encombre, sur la lancée d’une saison 2015 où il a semblé plus jeune que jamais. Ce n’est pas qu’une impression: ses statistiques en premières balles passées (64% de réussite), en premiers services convertis (80%), en jeux de service remportés (92%), en balles de break sauvées (69%), sont supérieures aux moyennes observées sur l’ensemble de sa carrière.

Il perd en demi-finale contre Novak Djokovic, rien d’infamant. A Melbourne, il va se promener dans le parc avec ses filles. Et se blesse. La nouvelle est rendue public le 4 février, au lendemain de son opération à Zurich pour une arthroscopie du genou.

Il déclare forfait pour Rotterdam et Dubaï mais espère faire son retour début mars à Indian Wells. Rien de grave mais c’est déjà un événement: Federer, qui n’a déclaré forfait que trois fois en plus de 1000 matchs, n’est quasiment jamais blessé. Il s’en amuse et poste sur Twitter un message composé de 45 émoticônes.

«A mon réveil, j’ai eu peur»

Le rébus se poursuit le 24 février avec une première photo prise à l’entraînement, d’abord avec son préparateur physique Pierre Paganini et un «swiss ball», puis raquette en main. «Rarement été aussi heureux de revenir sur un court d’entraînement.» Le retour à la compétition, lui, est reporté à mi-avril à Monte-Carlo ou, si tout va bien, dès la fin mars, à Miami.

Début mars, on le croise bien en Californie. Non pas à Indian Wells pour le Masters 1000 mais à Hollywood pour la cérémonie des Oscars. «Vire-t-il jet-setter?», se demande Le Matin. Quinze jours plus tard, Federer est bien à Miami, bien inscrit au tournoi, mais un virus gastrique l’oblige à déclarer forfait à quelques heures de son grand retour, face à un autre revenant, Juan Martin Del Potro. «J’ai essayé de m’échauffer pour le match mais il est vite devenu évident que je ne pouvais pas jouer», confie un Federer très déçu.

Ce sera donc mi-avril. Au Country Club de Monte-Carlo, les suiveurs font les comptes: le Maître n’a plus joué depuis 75 jours. Sa plus longue absence. Il minimise: «Ce n’est pas comme si je m’étais arrêté six mois». Laissant tomber le masque, il admet ses doutes et ses craintes. «J’ai eu peur dans les heures qui ont suivi mon opération. Je ne reconnaissais plus mon genou. J’ai regardé mes orteils, ma jambe, et j’ai eu peur pour la suite.» Mais deux jours plus tard, il réunissait son équipe pour planifier sa rééducation.

«Comme un bébé qui apprend à marcher»

A Monte-Carlo, il perd en quart de finale contre Tsonga. Son effondrement physiquement en fin de match indique clairement qu’il est loin de sa meilleure forme. Le 21 avril, séquence émotion à Bienne où la petite rue qui mène au Centre national du tennis est rebaptisée «Allée Roger-Federer». Ses copains Michi Lammer, Yves Allegro sont désormais entraîneurs. Lui parle beaucoup du passé mais aussi d’avenir. Il rejouera à Madrid ou à Rome. «Je ne peux pas le jurer, je préfère laisser un doute. L’important est d’arriver en forme à Roland-Garros.» Il confirme en revanche son intention de tripler aux JO de Rio: simple, double avec Wawrinka et double mixte avec Hingis.

Absent finalement à Madrid, il est de retour à Rome, où ses entraînements sont plus suivis que certains matchs. Il ne joue que le mercredi contre le jeune Allemand Zverev. Il gagne, à sa grande surprise. «Je pensais perdre en deux sets.» Le champion est privé de ses repères, il avoue consulter Severin Lüthi «toutes les quinze minutes» et avancer à tâtons, «comme un bébé qui apprend à marcher.» Toujours curieux, il admet vivre «une expérience intéressante».

Comme souvent avec les joueurs blessés, il compense, et force. Des douleurs au dos viennent s’ajouter à sa faiblesse au genou. Il perd au tour suivant contre Dominic Thiem et quitte Rome pas plus avancé. Le Geneva Open espère le récupérer. Le 18 mai, alors que Stan Wawrinka avance vers la quête de son premier titre en Suisse, le couperet tombe: forfait à Roland-Garros. Il n’avait pas manqué un tournoi du Grand Chelem depuis 1999. Soixante-cinq présences consécutives, record impossible à battre.

A Wimbledon, le Dormeur du val

Plutôt que de s’user sur une terre battue où il n’a aucune chance d’aller loin, Roger Federer préfère se tourner déjà vers le gazon et préparer Wimbledon. Il s’y présente fin juin en tête de série No 3 mais son classement à la Race (12e) est un indicateur plus fiable de ses possibilités du moment. Même les jeunes Thiem et Zverev l’ont battu sur herbe, à Stuttgart et Halle.

A Londres, le parcours du Bâlois est serein jusqu’en quart de finale, où l’attend un Marin Cilic en passe redevenir le joueur qui remporta l’US Open deux ans plus tôt. Le 6 juillet 2016, Roger Federer livre ce qui demeure à ce jour son dernier grand. Mené deux sets à rien, il sauve trois balles de match, remporte 11-9 un tie-break haletant et remporte en cinq manches (6-7 4-6 6-3 7-6 6-3) une rencontre qu’il a davantage refusée de perdre que véritablement gagnée. «Il a repoussé l’inéluctable, reporté l’inévitable», écrit Le Temps, entre admiration et nostalgie.

L’inévitable, l’inéluctable, se produit au tour suivant face à Milos Raonic. Cette fois, c’est Federer qui perd plutôt que son adversaire qui gagne (à nouveau en cinq sets). Dans la dernière manche, le Suisse glisse et chute. Cela arrive parfois mais il reste étendu longtemps, dix secondes peut-être, immobile silhouette blanche couchée dans le gazon. On dirait le Dormeur du val.

Aux champignons dans les Grisons

Son absence des radars en juillet est rituelle. Il y a les vacances, l’anniversaire des jumelles. La prochaine échéance est Rio, début août. Ses cinquièmes Jeux olympiques au moment de ses 35 ans (le 8 août). Le 26 juillet, nouveau communiqué, nouvelle stupeur, nouveau forfait. Cette fois, Federer annonce mettre un terme immédiat à sa saison. En service commandé dans les médias, Severin Lüthi explique que cette longue pause doit lui permettre de se rétablir complètement et de revenir pleinement compétitif en janvier 2017.

La chronique du meilleur joueur de tennis de l’histoire de ce sport prend alors une tournure bucolique. On le voit s’amuser avec ses enfants, faire un saut à l’US Open pour promouvoir sa Laver’s Cup, se promener dans les Grisons, cueillir des champignons. Ses millions de followers et d’amis Facebook voient des belles montagnes; mais il a aussi testé la solidité de son genou en dévalant une pente à 14%. Il n’y a jamais de hasard avec Federer.

Le 5 octobre, il rayonne avec son épouse Mirka à la Fashion Week. Le 20, il parraine l’académie de Rafael Nadal. «Si mes enfants veulent faire carrière, je les enverrai ici», lance-t-il, détendu. Le 20 novembre, il débute un stage d’entraînement de 5 semaines à Dubaï. Pour se reposer, il donne quelques interviews, dont une, fin décembre au New York Times. «Je ne veux surtout pas dire que mon année 2016 n’a pas existé, affirme-t-il. Tout simplement parce qu’elle est peut-être la plus inoubliable de ma vie. Je sens que je vais me souvenir de tous les jours tant j’ai traversé des difficultés.»

De sa moitié (maternelle) sud-africaine, Roger Federer a retenu cette leçon de Nelson Mandela: «Je ne perds jamais; soit je gagne, soit j’apprends.»


«Il faut se réjouir mais aussi être patient»

Marc Rosset croit au retour de Roger Federer mais estime qu’il aura besoin d’au moins six mois pour retrouver toutes ses sensations en compétition.

Le Temps: Vous ne vous êtes jamais autant passionné pour la Hopman Cup, j’imagine?

Marc Rosset: Ah ça, comme tout le monde, je suppose. Cette épreuve par équipe nationale n’est pas dénuée d’enjeu mais disons que c’est une «exhibition +». Ça n’est pas encore la vraie compétition.

- Etes-vous surpris de l’engouement que provoque à Perth le retour de Roger Federer? On a vu plus de 13 000 spectateurs pour un simple entraînement…

- Lui et Rafael Nadal sont les joueurs les plus marquants de leur génération. Ils font du bien au tennis. Ils ont un palmarès monstrueux et ce sont des personnalités fantastiques; quand ils reviennent, tout le monde est content. Sans leur faire injure, Djokovic et Murray n’ont pas le même charisme.

- Peut-être le public se dit-il que c’est l’une des dernières fois qu’il voit jouer Roger Federer…

- Je ne me pose pas ce genre de questions et je crois qu’il faut faire un peu confiance à Roger. On l’a déjà enterré au moins 42 fois et à chaque fois il est revenu. S’il dit qu’il revient pour jouer encore deux ou trois saisons, il faut le croire. Il s’en est donné les moyens et aura sûrement la motivation nécessaire. Je pense même que cette longue pause est peut-être l’élément qui va lui permettre de tenir encore quelques années, parce que son absence a aiguisé sa faim de tennis. On le voit: il est très heureux de rejouer.

- La question est: à quel niveau peut-on l’attendre?

- Je crois qu’il faut se réjouir de son retour mais aussi être patient. Personnellement, je me suis fixé six mois pour tirer un premier bilan. Pas avant. Je pense que lui-même ne sait pas exactement où il se situera dans dix jours à l’Open d’Australie. Il y aura ensuite la tournée américaine, tout de suite un autre environnement à assimiler, puis la saison de terre battue en Europe, qui n’est définitivement pas sa surface préférée. C’est seulement à partir de juin, avec les tournois sur gazon, que l’on pourra voir s’il est revenu à un bon niveau. Mais même là, nous ne serons peut-être pas fixés. Del Potro a accumulé les matchs pendant un an pour redevenir le joueur qu’il était, Murray a cravaché sept ou huit mois pour refaire son retard sur Novak Djokovic. On voit très bien qu’un Wawrinka joue de mieux en mieux au fil des tours. Parce que plus ces joueurs jouent, et gagnent, plus ils accumulent de la confiance.

- Roger Federer est réputé pour la qualité de ses entraînements. Cela ne suffit pas?

- Avec lui, il y a toujours une possibilité qu’il gagne l’Open d’Australie mais l’entraînement ne remplace jamais la compétition. Ce n’est jamais aussi intense et surtout il n’y a jamais la même tension. Jouer des balles de break à l’entraînement, c’est comme tirer des penaltys au foot: vous pouvez en faire 1000, ça ne vous prépare en rien à le faire dans des conditions réelles, avec le poids de la victoire ou de l’élimination sur les épaules.

- Son classement n’est-il pas un problème plus grand que son âge ou que son inactivité?

- Il est vrai qu’en étant 16e mondial, il peut théoriquement tomber sur un Djokovic ou un Murray dès les huitièmes de finale. Mais fondamentalement, cela ne change pas grand-chose. Parce que: que veut Federer? Il veut gagner des tournois; perdre en demi-finale ou en quart lui est égal. Lorsqu’il était classé 3e ou 4e, il avait une chance sur deux de tomber sur Djokovic, qui était un peu sa bête noire, avant la finale. Maintenant, il a quatre ou cinq joueurs à éviter sur les quinze qui le devancent au classement. La probabilité est à peu près équivalente.

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