Tennis

Roger Federer se sent toujours d’attaque

Le Bâlois rêve d’un 18e titre du Grand Chelem à l’US Open qui débute ce week-end à New York. Pour gagner, il s’est réinventé à 34 ans en équilibriste d’un jeu très offensif

Roger Federer se sent toujours d’attaque

Tennis Le Bâlois rêve d’un 18e titre du Grand Chelem à l’US Open qui débute ce week-end à New York

Pour gagner, il s’est réinventé à 34 ans en équilibriste d’un jeu très offensif

Sur les cinq dernières saisons de tennis, quel joueur suisse compte le plus de titres du Grand Chelem? C’est Stan Wawrinka, vainqueur de l’Open d’Australie en 2014 et de Roland-Garros en juin dernier. Roger Federer, lui, n’a gagné qu’un tournoi majeur depuis le début de la saison 2011: l’édition 2012 de Wimbledon. Le Bâlois reste – pour longtemps sans doute – le recordman du nombre de titres du Grand Chelem (17), mais il peine désormais à écrire de nouveaux chapitres de sa légende.

Federer n’a pas abdiqué. A Wimbledon, il se montra fair-play à chaud et en public après sa défaite en quatre sets contre Novak Djokovic, mais il accusa ensuite assez sévèrement le coup en privé. Bien figurer de lui ne suffit pas, il veut gagner. A 34 ans, il s’avance ce week-end à Flushing Meadows dans la peau d’un No 2 mondial. Présenté comme l’un des favoris d’un tournoi qu’il a remporté cinq fois consécutivement entre 2004 et 2008 mais où il n’a plus disputé de finale depuis 2009, il fait preuve de la même envie et de la même ambition qu’il y a dix ans. La différence, c’est que s’il remporte l’US Open, il deviendra le vainqueur le plus âgé d’un tournoi du Grand Chelem, et battra de près de deux ans l’actuel record (pour l’ère open) détenu par Andre Agassi, aux dépens de Rainer Schüttler en finale de l’Open d’Australie en janvier 2003 à 32 ans et 8 mois.

S’il n’a gagné aucun des douze derniers tournois du Grand Chelem auxquels il a pris part, Roger Federer n’est jamais loin du but: finaliste des deux derniers Wimbledon (battu deux fois par Djokovic), demi-finaliste du précédent US Open (sorti par le futur vainqueur Marin Cilic). Evidemment, l’argument peut se retourner dans l’autre sens: il est toujours dans le coup mais il lui manque toujours le petit quelque chose en plus pour aller au bout.

Ce petit quelque chose, c’est peut-être le jeu d’attaque qu’il met en place depuis deux ans et qui, la semaine dernière à Cincinnati, fut brillant et coupant comme un diamant. Le Bâlois a même ressuscité une technique tombée en désuétude: le «chip and charge». Cette tactique consiste à suivre au filet ses retours (souvent «chopés») sur les secondes balles de service de l’adversaire. «L’idée est d’amener l’adversaire à se poser des questions, commenta à Cincinnati un Federer assez satisfait de son petit effet. Pour y parvenir, il faut varier un maximum en retour. La difficulté, c’est d’identifier le moment où je peux le faire ou pas.» Qu’importe, pouvoir faire croire qu’on peut le faire suffit souvent à contraindre le serveur à forcer sa seconde balle. Ce qui n’était qu’un jeu cet été à l’entraînement est devenu une arme qui a fonctionné à merveille dans l’Ohio. «Vous savez, ajouta Federer, je pensais que tenter ce «chip and charge» en match avait quelque chose de déraisonnable. Mais aujourd’hui, je sais que cette arme fonctionne.»

«Federer, c’est comme un grand artiste qui se met au goût du jour pour rester dans le coup», commente Sonny Kayombo, ancien joueur professionnel, responsable sportif du Country Club Geneva, où viennent régulièrement s’entraîner les Tsonga, Monfils, Wawrinka. «Sauf que lui ne doit pas suivre la mode. Andy Roddick avait le meilleur service du monde, mais quand les autres se sont adaptés à son service, il n’avait rien d’autre à proposer. Roger, lui, peut et sait faire «chip and charge», ou des demi-volées en retour. Les Murray, Nadal, Djokovic n’ont pas l’habitude d’être confrontés à ce genre de jeu.»

Roger Federer a su faire évoluer son jeu. Avait-il le choix? «Quand on s’appelle Federer, on a toujours le choix parce que l’on peut tout faire, reprend Sonny Kayombo, mais l’évolution du tennis vers un jeu très physique avec des matches très longs l’obligeait à réagir. A l’US Open l’an dernier, il gagne un match intense en cinq sets contre Gaël Monfils en quart de finale, mais au tour suivant, il cède face à Cilic.»

«Sur le circuit, 90% des joueurs jouent agressif du fond du court, sans beaucoup de prise de risque, observe le jeune espoir genevois Antoine Bellier (18 ans, 965e mondial). Seuls 8 à 10% du top 100 font encore service-volée. Aujourd’hui, la référence, c’est Novak Djokovic. Il est infatigable et renvoie tout. Pour lui mettre un coup gagnant, il faut soit être surpuissant comme Stan Wawrinka, soit venir le bousculer au filet comme Roger Federer.» Antoine Bellier a vu la finale de Cincinnati à la télé avec d’autres jeunes joueurs. «On était tous très impressionnés, confie le Genevois. Roger faisait très peu de fautes, jouait toujours vers l’avant. Physiquement, on sent qu’il bouge bien, qu’il est très en forme. Il dégage également beaucoup de confiance. La moindre balle neutre, il la frappait à plat. Roger semblait faire ce qu’il voulait sur le court.»

Il y a bien sûr la patte de Stefan Edberg derrière cette audace nouvelle. Dans le coin de Federer depuis vingt mois, le Suédois a pris le temps de convaincre son employeur-joueur de miser sur une prise de risque raisonnée. Il ne s’agissait pas de se ruer au filet au moindre prétexte. «Stefan veut me voir haut dans le court et avancer aussi souvent que possible mais d’une manière intelligente», expliqua le Suisse après sa victoire à Cincinnati. Bien sûr, ce jeu d’attaque à outrance sera plus difficile à mettre en place à l’US Open, où le revêtement est plus lent. «Je resterai davantage sur la ligne en retour à Flushing Meadows», prévoit Federer. Mais avec le même objectif: sortir le serveur de sa zone de confort.

Roger Federer a préparé l’US Open comme les précédentes dates du Grand Chelem, en prenant des vacances, en s’entraînant dur et de manière ciblée avec son préparateur Pierre Paganini, en gagnant un tournoi de rentrée. Cette saison, il a ainsi remporté Brisbane avant l’Open d’Australie, Istanbul avant Roland-Garros, Halle avant Wimbledon et Cincinnati dimanche dernier avant de rejoindre New York. Dans l’Ohio, Federer n’a pas perdu une manche ni même un jeu de service. En demi-finale contre Andy Murray puis en finale contre Novak Djokovic, il n’a concédé aucune balle de break. S’il fut beaucoup question de son jeu d’attaque, son service est l’autre atout majeur, et d’une certaine manière nouveau, dans la raquette de Federer.

Débarrassé de ses problèmes de dos, le Bâlois délivre cette saison au service les meilleures statistiques de toute sa carrière! Déjà très performant dans ce secteur à Wimbledon, il apparut intouchable à Cincinnati. «Roger possède un incroyable service, souligne le coach américain Brad Gilbert. Ou plutôt il en possède plusieurs. Il ne frappe pas la balle si fort que ça mais il trouve des angles et cache ses intentions comme personne. Au final, il vous fait mal comme aucun autre joueur avant lui.»

En 2015, il tourne ainsi à la moyenne effarante de 80% de points gagnés sur sa première balle. Contre Djokovic, il rendit une carte hallucinante: 83% de points gagnés derrière sa première balle et 73% derrière la seconde. Face au meilleur relanceur du monde!

Des stats dignes de celles assénées par les géants du service, Ivo Karlovic, John Isner, Milos Raonic. Eux n’ont pas beaucoup d’autres atouts à faire valoir, alors que lui… «Tu bouges comme jamais, tu voles sur le court», s’exclama l’Espagnol Feliciano Lopez après leur quart de finale. Roger Federer comme Mohammed Ali. «Float like a butterfly, sting like a bee.»

Sa tactique consiste à suivre au filet ses retours sur les secondes balles de service de l’adversaire

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