Tandis que des chroniqueurs anglais blâment son accoutrement, jugé prétentieux et inconvenant, Roger Federer continue de marcher sur l’eau, indifférent à la bassesse du monde sédentaire. On le dit radieux, le voilà divin. Il était le maître, le voilà seigneurial, vainqueur d’un Robin Söderling menaçant, presque irréprochable, sur le score de 6-4 7-6 (5) 7-6 (5).

Le costume de favori semble taillé sur mesure, idéal pour un rendez-vous avec l’histoire. Avec un aplomb rare, mais aussi avec quelques accès de coquetterie, convenons-en, Roger Federer exhibe ses plus beaux atours (hier: service slicé et passing croisé de revers) quand d’autres portent leurs espoirs à bout de bras, fut-il puissant.

Certes, le style expéditif de Robin Söderling ne favorise pas les échanges, et limite le champ d’expression à quelques frappes bien senties. Mais ce style-là soumet un problème différent, auquel il s’agit de répondre par le brio, à un moment précis, dans un laps de temps très court. «Il y a eu peu d’échange, c’était un match dangereux, rapporte Roger Federer. Si je devais noter ma performance dans ce contexte, je dirais neuf sur dix.»

Peu d’échanges, beauté de l’éphémère: Robin Söderling n’a connu que trois petits moments d’égarements, un jeu de service poussif au premier set, une erreur dans le premier tie-break, deux autres dans le second. Pendant ce temps, Roger Federer n’a commis que huit fautes directes sur l’ensemble de la rencontre.

«J’ai mieux joué qu’à Roland-Garros», évalue Robin Söderling, sans en rajouter. L’intérêt est poli, au mieux, mais l’amer du Nord ne se pique pas de le susciter. «J’étais proche», répète-t-il. Dans quelle mesure? «Je suis passé tout près.» Saisi d’une folle hardiesse, un vétéran ose: «Après onze défaites de rang contre Roger Federer, y a-t-il un sport où vous le battriez?» La cantonade espère fébrilement une rebuffade de type «Et ta sœur?» puis, contrite, s’accomode d’un: «En marathon.» Pourquoi? «Je suis endurant.»

Roger Federer répond «qu’il n’aime pas courir longtemps», mais que ses chances seraient «réelles». Au prochain tour, le maître de cérémonie, arbitre des élégances, ne mouillera pas davantage le maillot: son adversaire sera le géant Ivo Karlovic, expert du service canon, qui est venu à bout de l’Espagnol Fernando Verdasco en quatre sets (7-6 (7/5), 6-7 (4/7), 6-3, 7-6 (11/9)).