Tennis

Roger Federer, s’il n’en reste qu’un

D’abord aérien puis solide, le Suisse élimine le Canadien Milos Raonic (6-4 6-2 7-6) et efface le traumatisme de 2016. Le revoici en demi-finale de Wimbledon, seul survivant d’un Big Four décapité

A Wimbledon, Roger Federer poursuit son petit surhomme de chemin. Passent les tours, coule la sueur, les joueurs s’en vont, il demeure. Le voici en demi-finale, après avoir écarté en trois sets (6-4 6-2 7-6) le Canadien Milos Raonic, l’homme qui l’avait laissé le nez dans le gazon en 2016. Il affrontera vendredi le Tchèque Tomas Berdych, vainqueur sur abandon de Novak Djokovic (7-6 2-0).

Le Serbe, qui avait déjà fait appel au soigneur au tour précédent contre le Français Adrian Mannarino, souffre de douleur au bras et à l’avant-bras. C’est une blessure à la hanche qui a eu raison d’Andy Murray, même si l’Ecossais, tenant du titre, est allé au bout des cinq sets contre l’Américain Sam Querrey. Après l’élimination lundi de Rafael Nadal, c’est donc 75% du Big Four qui est passé à la trappe. Il n’en reste qu’un. Il ne pouvait en rester qu’un. Roger Federer. «Mon rêve est toujours vivant», sourit le Bâlois.

Un récital sans fausse note

Durant deux sets, il fut même étincelant. Sous le soleil retrouvé de Londres, Federer donna plus d’une heure durant une véritable démonstration. Un récital sans fausse note, tout entier tourné vers l’efficacité. Aucune revanche à prendre sur Raonic, qui l’avait éliminé ici même en demi-finale l’an dernier. Juste le jeu. Le jeu juste. Un tennis au scalpel. Et des tribunes, cette sensation incroyable d’une maîtrise totale du geste, du match et de l’adversaire.

Le suspense dure quatre jeux. Le temps pour le Centre Court de se remplir (le public devait digérer l’élimination d’Andy Murray), le temps pour Roger Federer de prendre la mesure du service de Milos Raonic. Le grand Canadien tape très fort mais manque de variété et de précision. Et dire que c’est son meilleur atout!

«Il est très impressionnant»

Raonic incarne tout ce que les puristes redoutent dans le tennis moderne: des gabarits surdimensionnés, qui récitent sans beaucoup de jugeote ni de personnalité un jeu dépourvu de plan B. «Vous avez beau savoir ce qu’il faudrait faire pour le gêner, être capable de le faire est une autre affaire», plaide le Canadien, pas plus déçu que cela après sa défaite (mais l’inexpressivité est l’une de ses caractéristiques premières). Il fut toutefois plusieurs fois surpris en flagrant délit de découragement après une balle de break sauvée par un ace ou une accélération placée du Maître. «Il est très impressionnant parce qu’il est très affûté, non seulement physiquement – il bouge extrêmement bien – mais aussi mentalement. Il ne rate pas les points importants.»

Milos Raonic fait surtout référence au troisième set, étonnamment disputé, qui dura à lui seul autant que les deux premiers réunis (6-4 6-2 en 59 minutes). Après le monologue, s’ébauche une esquisse de dialogue, et la partie peut enfin ressembler un peu plus à ce que l’on est en droit d’attendre d’un quart de finale de Grand Chelem.

Ambiance de corrida

Alors que le public fait la ola, Raonic sort du court à la fin du deuxième set. Il doit s’extraire un instant de cette ambiance de corrida. A son retour, il semble déterminé à ne plus paraître ridicule. Servant le premier, il parvient enfin à mettre un peu la pression sur son adversaire. Federer est il est vrai devenu un peu absent, comme dans le septième jeu où il commet deux doubles fautes au service et manque une volée facile pour lui.

Mais de ces cinq balles de break (une à 1-0 et quatre autres à 4-3), Raonic n’en convertit aucune. Federer s’en sort à chaque fois, poussant au passage un petit coup de gueule. «Parfois, il faut que ça sorte. Ça bouffe un peu d’énergie mais ça soulage», expliquait-il samedi.

Le mythe y perd ce que le match y gagne. Federer est obligé de s’employer, Raonic gagne enfin un peu de crédit aux yeux de ses détracteurs et la partie bascule dans l’incertitude. A 6-5, sur sa chaise, le Bâlois apprend sur l’écran géant l’abandon de Novak Djokovic. Le piège est de se voir déjà en finale alors qu’il n’est même pas encore en demi.

Injouable

A 36 ans, Roger Federer ne fait plus d’erreur de débutant. Porté par sa première balle (90% de points gagnés derrière son premier service), il résiste jusqu’au tie-break, où une faute directe puis une superbe attaque de Raonic le laisse rapidement à 0-3.

Alors s’enclenche la magie Federer. Il ne rate plus rien, devient injouable, sans jamais avoir l’air de forcer. Il refait son mini-break de retard, tourne à 3-3. Le public scande «Roger, Roger». Croyez-le, c’est inhabituel à Wimbledon. Mais l’instant est rare. Les points s’enchaînent. Un ace lui donne deux balles de match. Raonic sort piteusement un revers à deux mains dont tout le monde oubliera bien vite la laideur.

Le rêve de Roger Federer est toujours vivant. Tomas Berdych, fessé à Melbourne, ne semble pas de taille à l’éteindre. Marin Cilic, le favori de l’autre moitié du tableau, peut-être davantage. Mais peut-on arrêter l’Histoire en marche?


Andy Murray n’en pouvait plus

Ailleurs qu’à Wimbledon, Andy Murray aurait abandonné. Tenaillé par des douleurs à la hanche, au point parfois de se mordre la main pour ne pas crier, le numéro un mondial a forcé pour tenir jusqu’au bout face à Sam Querrey, vainqueur 3-6 6-4 6-7 6-1 6-1. Le match, lui, s’est terminé au troisième set, que Murray arrachait au tie-break après s’être fait remonté un break d’avance. Pareil scénario lui avait déjà coûté la deuxième manche, et beaucoup d’énergie.

Dommage pour l’Ecossais, qui n’avait visiblement pas plus de trois sets dans les jambes. Querrey remportait 12 des 14 derniers jeux quasiment sans opposition (seulement quatre points pour Murray sur ses jeux de retour!).

En serrant les dents jusqu’au bout, Andy Murray a eu le bon goût de ne pas ternir l’éclat du succès de Sam Querrey, premier Américain en demi-finale d’un tournoi du Grand Chelem depuis Andy Roddick en 2009. Quart-de-finaliste l’an dernier, tombeur de Jo-Wilfried Tsonga au troisième tour et de Kevin Anderson en huitième de finale, le Californien réussit un très bon tournoi. Mais pourra-t-il enchaîner après trois victoires en cinq sets?

Face à lui vendredi en demi-finale, le Croate Marin Cilic a également eu besoin de cinq sets (3h33 de jeu) pour se défaire du Luxembourgeois Gilles Muller (3-6 7-6 7-5 5-7 6-1). Après un début de match sur la lancée de son exploit contre Nadal, Muller a progressivement montré des signes de fatigue. Vainqueur de l’US Open 2014, Cilic était perçu par beaucoup comme le premier des outsiders derrière le Big Four. Il semble exact au rendez-vous. 

Publicité