Il y avait deux héros hier sur le court central de Gstaad. Le vainqueur, Jiri Novak, et le perdant, Roger Federer. Le Tchèque a remporté son deuxième titre dans cet Oberland bernois qui lui sied si bien, empochant au passage les 76 500 euros qui vont avec. Le Bâlois, lui, a plus que rempli son contrat, en venant offrir à ce public qui l'a tant fêté un ultime morceau de bravoure et de bonheur.

Mais voilà, Roger Federer a fini par redescendre de son petit nuage. Un retour sur terre empreint de fatigue et de sueur après un dernier combat homérique livré sur la Roy Emerson Arena de Gstaad. Trop, c'était trop. Encore plus éprouvé qu'il ne l'était déjà par la demi-finale disputée face à l'Argentin Gaston Gaudio, le Bâlois a laissé ses ultimes forces sur le terrain dimanche, emmenant tout de même son adversaire dans un cinquième set qu'il a dû se résoudre à laisser filer (7-5 3-6 3-6 6-1 3-6). Tout heureux de mettre fin à la superbe série victorieuse du Bâlois (quinze succès consécutifs), Jiri Novak n'en revenait pas. «Federer était le favori, je n'avais rien à perdre et j'ai fini par gagner. Je crois que l'altitude me convient à merveille: j'ai déjà gagné un titre à Mexico, et j'en ai maintenant deux à Gstaad.»

Jeu, set et match donc contre Roger Federer, très déçu de perdre sa troisième finale sur sol helvétique (deux défaites à Bâle), mais tout heureux à l'idée d'avoir quelques jours de vacances bien méritées. Avant de s'envoler – en compagnie de Mirka Vavrinec – loin de toute agitation médiatique, le héros de la nation livrera pourtant encore un match exhibition ce mardi en faveur du TC Grône. Homme de parole, «Rodgeur» a confirmé qu'il participerait au 25e anniversaire du club valaisan, pour donner un coup de pouce à son ami Thierry Allegro. N'en fait-il pas trop? A le voir répondre à toutes les sollicitations des sponsors cette semaine à Gstaad, ainsi qu'aux multiples demandes des médias – il était encore en direct sur une chaîne allemande samedi soir – on peut penser qu'il lui faudra à l'avenir mieux se protéger, même si sa disponibilité fait le bonheur de tout un chacun, et des organisateurs de l'Allianz Suisse Open en particulier.

Ces derniers ont vécu une semaine de rêve. Federer couronné à Wimbledon et (presque) irrésistible à Gstaad, un soleil radieux et généreux à la place de cette maudite pluie qui s'invitait depuis trop longtemps, un nouveau record d'affluence (47 400 places vendues) et un retentissement international. Ce scénario, Jacques Hermenjat n'aurait jamais osé l'imaginer voilà dix jours.

A ce moment-là, le patron de l'Open de Gstaad se demandait plutôt quel mauvais sort s'était abattu sur ce rendez-vous qu'il organise depuis 1965! En début d'année, il lui avait déjà fallu se sortir d'un imbroglio juridique éprouvant, pour conserver le droit d'organiser la version 2003 de «son» tournoi. «Nous avons dû attendre le verdict tombé à mi-mars, en notre faveur, avant d'entamer toutes démarches pour la tenue de la compétition», se souvient M. Hermenjat. Une querelle de village stérile – «le tournoi suscite des jalousies dans la région» – qui l'a opposé à d'influentes personnalités de l'Oberland.

Débarrassé de ses soucis juridiques, le boss pensait avoir mangé son pain noir pour de bon. Alors, quand les forfaits se mirent à tomber comme des feuilles mortes (Rosset, Bastl, Verkerk, Costa, Nalbandian, Ferrero, Gonzalez), et que Mark Philippoussis refusa une invitation de dernière minute, il fut certainement saisi par le doute. Dix jours plus tard, un certain Roger Federer est passé par-là. Un coup de pouce inattendu d'un destin qui ne l'avait pas épargné jusqu'ici. «Les événements ont joué pour nous cette année, on ne va pas s'en plaindre.» Menacé, en difficultés financières, son tournoi sort finalement grandi d'une semaine qui s'annonçait bien mal et qui s'est bouclée de la meilleure manière possible. «Les médias sont venus en masse, les billets se sont vendus comme jamais, et les sponsors ont montré un intérêt croissant pour l'Open.»

Mais voilà, Federer est un peu le roseau qui cache la jungle d'un monde du tennis impitoyable. «Il devient de plus en plus dur de s'en sortir, c'est vrai. Il y a beaucoup de tournois durant la saison, les sponsors sont fortement sollicités et les joueurs deviennent toujours plus difficiles à «contrôler», confirme Jacques Hermenjat. Il faudra réfléchir rapidement à ce problème, car toutes les manifestations ont de la peine à tourner. Gstaad n'échappe pas à la règle.» Et Roger Federer ne débarquera pas ici chaque année avec un titre de Wimbledon en poche, suivi d'une place de finaliste…