Personne ne l’avait vu venir. Même pas lui. Surtout pas lui. Roger Federer semblait armé pour aller loin dans cet US Open 2012. Cette dernière levée du Grand Chelem venait clore un été fécond. Dans la foulée de sa 7e couronne à Wimbledon et de ses Jeux olympiques d’argent, il avait conforté son statut de numéro un mondial au Masters 1000 de Cincinnati en assommant Novak Djokovic en finale. Après ce 6-0, 7-6 infligé au Serbe, le Bâlois pouvait endosser sans rougir le costume de favori.

Tout laissait augurer un joli parcours au cœur de l’été indien new-yorkais. Le milieu spéculait sur une demi-finale face à Andy Murray où les deux auraient disputé «la belle» après leurs empoignades mémorables sur le gazon londonien. Il n’en sera rien. Federer a perdu mercredi soir, en quart de finale, face à Tomas Berdych. Il s’est incliné en quatre sets 7-6, 6-4, 3-6, 6-3.

La défaite du Maître a fait l’effet d’un choc dans les travées de Flushing Meadows. Pourtant, le Tchèque, 7e au classement mondial, est un adversaire dangereux pour Federer. Il l’avait battu il y a deux ans, en quart de finale de Wimbledon, puis l’année dernière à Cincinnati. Et il lui avait rendu la tâche difficile en finale du dernier tournoi de Madrid sur l’improbable terre battue bleue. On savait que l’homme aux 17 titres du Grand Chelem n’est jamais à l’abri d’une déconvenue face à Berdych. Mais cet état de grâce retrouvé depuis cet été semblait lui procurer à nouveau une forme d’invincibilité.

A voir la tête de Federer à l’issue du match, la surprise fut tout aussi grande pour lui que pour les 23 700 spectateurs médusés du stade Arthur Ashe. Son visage fer­mé disait la déception mais aussi la vexation du champion. Ses mots les ont confirmées: «Je savais que Berdych allait être difficile à jouer. Il m’a déjà donné du mal par le passé, dans des conditions similaires. Je savais que, s’il jouait bien, il pourrait être très dangereux. Mais je pensais quand même avoir une bonne tactique en place, et avoir suffisamment confiance en moi pour pouvoir sortir un match assez physique et mental dans ces conditions de jeu, pas très rapides. Mais je n’ai pas du tout réussi à faire ça. C’est une grosse déception pour moi. Il a très bien joué aussi. Mais j’estime l’avoir aidé en le mettant trop à l’aise.»

Trop souvent ces dernières années, Federer accueillait la défaite avec une forme de fatalité, peinant parfois à simplement admettre avoir mal joué. La rançon de la maturité. Une attitude qui l’aidait, disait-il, à digérer plus facilement et à passer à autre chose. Mais mercredi soir, c’est la contrariété qui prévalait. Il n’avait pas prévu de perdre à ce stade de la compétition et, piqué dans son orgueil, il s’en voulait. Notamment de sa gestion du premier set, perdu au tie-break alors qu’il menait 2-0. «Contrairement à ma défaite il y a deux ans à Wimbledon où j’étais trop passif sur le court, cette fois j’ai essayé de dicter mon jeu. J’avais l’impression que Berdych était nerveux au début. J’ai essayé de prendre l’avantage. Mais j’avais des problèmes de timing et je ratais beaucoup de coups droits. Je n’aurais jamais dû perdre cette première manche. Pendant un set et demi, je n’arrivais pas à mettre une balle. Ce n’était juste pas possible.» Après avoir été mené deux sets à rien, le Bâlois a eu un sursaut dans le troisième. Il a commencé à jouer comme il aurait dû le faire dès le début de la rencontre, en imposant son schéma tactique et en mettant Berdych sous pression. Il est parvenu à faire le break et à remporter la manche 6-3. Mais ça n’a pas suffi. Cet assaut de lucidité est arrivé trop tard. Et, malgré les encouragements électriques du public new-yorkais acquis à sa cause, il n’a pas pu maintenir cette cadence. Avec un tel score, il n’avait plus droit à l’erreur. Et, face à un joueur comme le Tchèque, revenir s’annonçait compliqué.

Federer a du mal à expliquer cette absence de qualité dans son jeu en début de match. Interrogé sur un éventuel problème physique, il a répondu: «Malheureusement pas.» Il n’a pas non plus cherché à utiliser le forfait de Mardy Fish au tour précédent comme une excuse à sa contre-performance du jour. «Le fait de ne pas avoir disputé le 8e de finale ne devrait pas avoir d’incidence. A Wimbledon, une fois, j’ai eu un break de 6 jours et demi et j’ai gagné le tournoi derrière.»

Le Bâlois quitte cet US Open par la petite porte alors qu’on lui prédisait la grande. Sa place de numéro un mondial n’est pas menacée, même en cas de victoire de Novak Djokovic. Tenant du titre, le Serbe n’a aucun point à défendre à New York. Federer a fait un faux pas. Il s’en veut et rebondira. Ces prochains jours, il va établir son programme pour l’automne et décider s’il disputera ou non la rencontre de Coupe Davis aux Pays-Bas les 14, 15 et 16 septembre.

«Pendant un set et demi, je n’arrivais pas à mettre une balle. Ce n’était juste pas possible»