Dimanche est, selon les rituels du Grand Chelem aussi, le jour du seigneur. Dès son arrivée à Melbourne, Roger Federer a trottiné de plateau télé en assaut de civilités, tranquille, badin, sûr de sa force et de la fascination que, l'air de rien, il exerce sur le landerneau. Tout un monde débat de ses aptitudes à devenir le plus grand de tous les temps. Lui en conçoit un ravissement pudique, enfoui sous ce bon sens terrien qui, jusque dans les engouements les plus extrêmes, semble émaner de ses réflexions.

Le Temps: Les figures emblématiques du tennis dissertent sur vos capacités à réussir le Grand Chelem (ndlr: seuls Don Budge en 1938, puis Rod Laver en 1962 et 69 l'ont réussi). Est-ce également l'une de vos distractions?

Roger Federer: Pas du tout. Il est logique que les gens y pensent puisque, l'an dernier, j'ai remporté trois des quatre tournois. Mais réaliser un Grand Chelem est trop aléatoire pour l'envisager sérieusement. Ce serait une sottise, une grave erreur que de déclarer ici, maintenant: «Je veux gagner Roland-Garros.» En réalité, je ne vois pas plus loin que la défense de mon titre en Australie.

– Vous avez déclaré que Lleyton Hewitt serait votre plus dangereux rival. Pourquoi lui?

– Pourquoi pas (sourire)? J'ai encore cité les noms d'Andy Roddick et de Marat Safin, mais j'accorde un léger avantage à Lleyton car, comme moi, il a déjà remporté un tournoi cette année. Il sait à quoi s'en tenir. Cela dit, si Andre Agassi est en pleine possession de ses moyens, il sera redoutable. Je n'en pense pas moins de David Nalbandian.

– L'attention que vous polarisez n'est-elle pas étouffante, voire effrayante?

– Je suis très détendu. Je suis même beaucoup plus détendu que l'an dernier, à pareille époque. Je n'étais pas encore numéro un mondial, mais je débarquais en Australie sans coach. Avant de songer à battre mes adversaires, j'ai dû affronter des critiques virulentes, dont certaines annonçaient mon déclin. Cette pression-là était énorme. La défense d'un titre, si j'ose dire, est plus «habituelle».

– Que vous apporte Tony Roche, votre nouveau coach?

– Nous parlons le même langage, avec une totale compatibilité de caractères. Tony a un grand passé de coach et de joueur. Je suis heureux qu'il ait fini par accepter de travailler avec moi, même si notre collaboration n'est que ponctuelle. Cet hiver, nous avons exercé des domaines spécifiques, notamment la volée. Je tente de développer un jeu encore plus offensif.

– Rien ne semble vous atteindre. Etes-vous réellement aussi serein que vous le laissez paraître?

– Pour être honnête, je suis très confiant. J'ai joué un tennis fantastique en fin d'année dernière et, là, ça continue… Je ne vois vraiment aucune raison de m'inquiéter.