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Roger Federer à Melbourne, 28 janvier 2016.
© Andrew Brownbill

Tennis

Roger Federer, touché mais pas coulé

Novak Djokovic a dominé le Bâlois en demi-finale de l’Open d’Australie, en présentant un niveau de tennis inégalé lors des deux premiers sets. Mais selon Jim Courier et Emmanuel Planque, le coach de Lucas Pouille, la réaction du Maître laisse une porte ouverte pour l’avenir

Certains sont comme sonnés. D’autres estomaqués. Il règne une drôle d’ambiance dans les corridors de la Rod Laver Arena après l’époustouflante performance de Novak Djokovic. Le Serbe vient de s’offrir son ticket pour une sixième finale record à l’Open d’Australie, où il tente de décrocher un sixième sacre. Et pour l’instant personne, pas même un Roger Federer pourtant très en verve, ne parvient à contredire les intentions du numéro 1 mondial qui poursuit son œuvre de destruction massive auprès de tous ceux qui se dressent sur son chemin. 6-1 6-2 3-6 6-3. Forcément, ça fait mal.

Henri Leconte, qui s’apprête à entrer sur le court pour aller faire le pitre dans un double mixte des légendes, essaie de détendre l’atmosphère: «Il ne faut pas oublier qu’à une époque, c’est Federer qui mettait des branlées à tout le monde.» Jim Courier, passé maître en interviews d’après match sur le court, a une vision un peu plus élaborée de ce qui vient de se dérouler sous ses yeux d’ancien numéro 1 mondial: «Novak a joué les deux premiers sets mieux que quiconque, à un niveau inégalé. Et malgré ça, Roger a eu le mérite de s’accrocher pour disputer un vrai match. Beaucoup de joueurs auraient baissé les bras, mais lui s’est battu jusqu’au bout. Le score peut donner l’impression qu’il s’est fait exploser, mais ce n’est pas le cas. Cela se joue à quelques mauvais breaks, car dans ses jeux de service, la chance a été plusieurs fois contre lui alors qu’il avait très bien joué les points. Dans la quatrième manche, ça a basculé très vite. Personne n’a eu de balle de break jusqu'au point qui fait la différence. Roger était au même niveau que Novak.» L’Américain ne croit pas à un ascendant psychologique du Serbe sur le Suisse: «Novak a juste joué merveilleusement bien, pas comme lors des tours précédents.»

Ni plus proche, ni plus loin

C’est bien le problème de Federer. Affronter le Bâlois semble transcender le numéro 1 mondial, capable d’élever son niveau de jeu à des hauteurs vertigineuses. «Je ne me sens ni plus proche ni plus loin que lors de nos rencontres précédentes car contre lui, c’est la forme du jour qui compte, confie le Bâlois. J’espère qu’il sera un peu moins fort la prochaine fois, parce que j’ai en effet l’impression que contre moi, son niveau de jeu est toujours particulièrement élevé.»

Emmanuel Planque, coach du jeune et talentueux Français Lucas Pouille, connaît bien Federer. Les deux joueurs s’entraînent souvent ensemble, notamment à Dubaï. Joint par téléphone dans sa chambre d’hôtel à Melbourne, il nous livre son explication: «Roger met Novak en éveil. Il attend ces affrontements, car il sait que c’est ce qui va l’aider à progresser et élever son niveau de jeu, un peu comme Nadal à l’époque. Djokovic sait que quand il joue Federer, il doit être à son plus haut niveau de performance sur le plan mental, tactique et physique.» Et Planque d’insister lui aussi sur le côté stratosphérique du début de match. «Il ne faut pas banaliser la performance. On a eu deux premiers sets exceptionnels, d’un niveau jamais atteint. Un match de ping-pong sur un terrain de tennis. Il n’y avait pas d’erreur, ça jouait très vite et très précis.»

Arrêter l'hémorragie

Federer sait pertinemment que pour avoir sa chance face à Djokovic, il doit mener dès l’entame, sinon ça devient compliqué. «J’ai déjà vu Novak jouer à ce niveau, dit-il. Mais quand c’est dès les premiers points, c’est dur parce que tu te rends compte que tu dois essayer d’arrêter rapidement l’hémorragie. Il retourne bien et tout à coup, avant que tu aies le temps de faire quelques chose, tu réalises qu’en 45 minutes, pas mal de jeux ont défilé et qu’il t’a pris deux sets. Pas évident de revenir, mais je l’ai fait. J’ai commencé à mieux jouer de mon côté et à livrer un match. Ça faisait du bien.»

Comme un relâchement après deux sets de crispation où inévitablement, entre ces deux-là, la bataille mentale s’invite au détriment de l’un des deux protagonistes. Mais si Federer n’a pas montré tout son potentiel à l’entame de ce duel de titans, manquant parfois de réussite, Djokovic lui marchait sur l’eau. «On avait l’impression que pour lui, les balles étaient des ballons de foot. Il les frappait de toute ses forces, ne les ratait pas et a tout de suite mis «Rog» sous pression, confie Severin Lüthi, le coach de Federer. Mais «Rog» n’a pas joué de manière optimale non plus. C’est essentiel de bien servir contre Novak quand il joue comme ça. Et si «Rog» arrive à rester plus longtemps avec lui, il finit par baisser un petit peu le niveau. Et c’est ce qui s’est passé dans le troisième set quand Roger a commencé à mieux jouer, mieux servir et plus varier aussi, ce qui est difficile à faire quand on a le couteau sous la gorge.»

Un niveau supérieur

Le troisième set. C’est là que le fameux «momentum» est passé provisoirement de l’autre côté du filet. Cette capacité à ne pas se laisser assommer par le score et à se remobiliser pour empocher la manche suivante est la marque d’un tout grand. «Perdre deux sets en cinquante minutes, c’est inhabituel pour Federer. Mais à son âge et avec son palmarès, être capable de prendre 6-1 6-2  et de repartir au combat avec une détermination intacte pour se retrouver à deux sets à un en inversant un peu le cours des choses, c’est exceptionnel, insiste Emmanuel Planque. Et la clé est là. C’est le panneau indicateur de sa bonne santé mentale. Il n’est pas résigné, mais conscient qu’il peut le faire, qu’il va falloir être meilleur, il est dans la volonté de dépassement. Novak en remet une petite couche au quatrième, mais on est passé d’un match à sens unique à un match équilibré.» Si la cohorte des médias internationaux présents à Melbourne sont prêts à crier à l’invincibilité longue durée du Serbe, le coach français, un peu comme Jim Courier, est persuadé que, non, Roger Federer n’a pas dit son dernier mot. «J’ai vu chez lui des choses tactiques encore différentes. Il fait un match remarquable, il joue mieux qu’au Masters de Londres, mais Novak aussi joue mieux. C’est le chat et la souris qui élèvent le tennis à un niveau encore supérieur. C’est un match qui ouvre des portes. Avec cette fraîcheur, cet enthousiasme, cette détermination et ce niveau de jeu, il va finir par regagner un Grand Chelem. Il est sur la bonne voie et cette persévérance va finir par payer. J’ai hâte d’être à Wimbledon…»

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