Comme si tout tournait autour de lui. A New York, Roger Federer est partout. Sur la couverture des magazines, sur les véhicules officiels de l’US Open et sur des panneaux géants dans la ville. Et à la télévision, surtout. Difficile d’allumer le poste sans tomber sur un spot avec l’homme aux 17 titres du Grand Chelem. Cette omniprésence publicitaire s’accompagne de la dévotion des foules et de l’intérêt quasi obséquieux des organisateurs du tournoi pour le Bâlois. Federer est le roi de New York.

Cette année, l’absence de Rafael Nadal à la dernière levée de Grand Chelem de la saison, et le retour du Bâlois à la tête du classement mondial renforcent encore ce sentiment d’emprise du Maître sur la ville qui ne dort jamais. Il est la star de l’US Open. Sa popularité est telle que l’USTA (la fédération américaine de tennis) programme ses matches dans un raisonnement marketing assumé. Jeudi soir, pour son deuxième tour, il a vécu la 23e night session new-yorkaise de sa carrière. Parce que la semaine, Federer est plus vendeur le soir. Mais samedi, il dispute son troisième tour de jour. Exigence de CBS. Le week-end, le prime time, c’est l’après-midi.

Tony Godsick, son agent, rencontré au restaurant des joueurs pour évoquer la relation étonnante de son client avec cette ville, reconnaît la volonté des organisateurs de le mettre en avant: «Il est l’une des grandes figures de l’histoire du tennis. L’USTA et les chaînes de télévision en sont conscientes et programment ses matches pour que ce soit le plus intéressant d’un point de vue marketing. Il attire les audiences. Nadal aussi, mais il n’est pas là cette année. Roger est là depuis longtemps; les gens se demandent s’il va bientôt prendre sa retraite et veulent le voir. Alors les organisateurs essaient de maximiser ses apparitions, dans le stade et à la télévision.»

Pour cet ancien vice-président d’IMG et désormais agent indépendant au seul service de Federer, la communication massive autour du Bâlois dans cette ville est une aubaine: «Les nombreuses publicités avec lui de Mercedes Benz, Lindt, Credit Suisse ou Nike pendant l’US Open, mais aussi tout au long de l’année, augmentent sa visibilité. Les Etats-Unis représentent un des marchés les plus importants au monde. Et depuis quelques années, Roger fait partie des quelques sportifs au statut d’icône planétaire. Les yeux du public américain sont rivés sur l’US Open pendant quinze jours. Je suis ravi que les sponsors de Roger en profitent pour l’utiliser. C’est bien pour lui aussi. L’association de son nom avec ces grandes firmes internationales aide à promouvoir sa marque.»

Au-delà de l’aspect commercial, le lien étroit tissé au fil des ans entre Federer et New York est lié à ses résultats, mais aussi à sa personnalité de gentleman raffiné et profondément attaché à cette ville. Pour lui, le coup de foudre fut immédiat. Comme il le rappelait jeudi soir: «Je me suis toujours senti très à l’aise ici. Même si je viens d’un tout petit village. J’ai l’habitude de voyager depuis que je suis très jeune, je parle la langue. Alors, cette grande ville ne me faisait pas peur. Bon, je n’avais pas non plus 14 ans la première fois que mon rêve de voir New York s’est réalisé. Dès le début, j’ai eu envie d’apprendre à connaître cette ville. Je changeais d’hôtel à chaque fois. Je voulais découvrir différents endroits.» Etre passé de l’amoureux anonyme à l’icône est, pour lui, étrange. «C’est clair que les choses ont changé. La première fois que je suis venu, les chauffeurs de taxi ne me souhaitaient pas bonne chance», confie-t-il encore en se marrant. «Maintenant, ça m’arrive. Cela dit, je peux marcher dans la rue sans être trop dérangé. Les gens, ici, sont très occupés. Ils font leur truc, sont stressés, se hâtent d’un endroit à l’autre. Tu passes encore assez facilement inaperçu. Cela dit, c’est assez incroyable de se voir sur les bus, sur les affiches et sur de grands panneaux. Ça fait drôle. Mais c’est normal, je crois, que ça me fasse bizarre.»

Pour, Godsick, New-Yorkais d’origine, l’amour de Federer pour la Grosse Pomme participe de son aura locale. «Il adore cette ville. Il s’y sent bien. Il se promène beaucoup, il aime aller dans les bons restaurants. Mardi, il est allé visiter le Musée d’histoire naturelle avec ses filles. Il est souvent à Central Park. Les gens sentent qu’il aime vraiment leur ville. A leurs yeux, il est presque devenu un New-Yorkais. Et le fait qu’il ait gagné cinq fois de suite l’US Open aide. Ça leur a donné la possibilité de découvrir quelle personne il est et de s’attacher à lui. En 2009, le public a senti qu’il galérait et l’a vraiment aidé à remporter le tournoi. Il existe une vraie histoire d’amour partagée entre Roger et le public new-yorkais.»

Le retour du Maître sur le toit du monde ne fait qu’amplifier le phénomène. «Les gens adorent les histoires de come-back. Il n’a pas gagné de Grand Chelem pendant deux ans et demi. Il y a eu beaucoup de discussions à son sujet, pas seulement aux Etats-Unis, mais dans le monde entier. Les gens se demandaient s’il était sur le déclin, s’il pouvait encore, à 30 ans, si son statut de père de famille l’empêcherait de revenir. Ses balles de match perdues ont marqué les esprits. Les gens étaient désolés pour lui. Ils se disaient qu’il n’était plus cette machine à gagner», souffle encore son agent.

Et puis, il y a l’aspect glamour. Son amitié ultra-médiatisée avec Anna Wintour nourrit cette notoriété d’une autre dimension. «Ce qui se passe en dehors du court intéresse aussi», insiste Godsick. «C’est ce que veulent savoir les journaux people et ce que les gens veulent lire. Anna est une amie de longue date de Roger et Mirka, un grand soutien pour lui. Ce n’est pas une amitié arrangée. Mais c’est vrai que tout cela participe à l’engouement autour de Roger.»

La prêtresse de Vogue lui a organisé une birthday party la veille du tournoi, avec de nombreuses personnalités du monde de la mode. «Roger adore ça», confie encore l’agent. «Avoir dans ton entourage quelqu’un qui a autant de pouvoir, d’influence et de passion pour la mode est extraordinaire pour lui. Il profite de la fashion week pour aller à des défilés quand il vient ici. C’est un vrai passionné de mode. C’est inscrit dans son ADN. Il aime s’habiller. Or, New York est une capitale de la mode.» La capitale de RF.

«Les gens sententqu’il aime vraiment leur ville. A leurs yeux, il est presque devenuun New-Yorkais»