Tennis

Roger Federer, vite fait, bien fait

Le Bâlois a aisément mis fin à la série de victoires de Rafael Nadal sur dur en finale à Shanghai (6-4 6-3). Et du même coup prolongé la sienne face à son rival espagnol

En tennis, Novak Djokovic ouvre un restaurant gratuit, Roger Federer régale et Rafael Nadal paie l’addition. Dimanche, à l’heure du repas familial en Europe, le Bâlois a assez facilement battu son rival espagnol (6-4 6-3) en finale du tournoi Masters 1000 de Shanghai. La rencontre n’a duré qu’une heure et douze minutes. La faute à Federer, expéditif au service et agressif en retour.

Federer plus agressif

C’est le sixième titre remporté cette saison par Federer, le troisième face à Nadal (après l’Open d’Australie et le Masters 1000 de Miami), le 94e de sa carrière, record d’Ivan Lendl égalé, à distance encore respectable des 109 trophées de Jimmy Connors. La rencontre promettait, pourtant. Parce que Nadal aussi avait quelques statistiques à faire valoir. Une série de 15 victoires consécutives sur dur, des titres à l’US Open et à Pékin, deux jeux de service seulement lâchés jusqu’ici à Shanghai.

Et puis, surtout, Rafael Nadal est numéro un mondial. Mais face à Federer, Nadal n’y arrive pas. Ou plutôt il n’y arrive plus. Les «Vamos», le coup droit lasso, la diagonale coup droit sur le revers de l’adversaire, le rebond au-dessus de l’épaule: ç'a eu payé mais ça paie plus.

Le Suisse a trouvé la parade en se montrant plus agressif et offensif en revers et en retour. Il reste sur cinq succès consécutifs face à celui qui, longtemps, trop longtemps, le tourmenta, au point de mener toujours très largement dans leurs face-à-face (23-15 pour Nadal).

Quatre aces en 50 secondes

C’est le paradoxe de cette saison 2017 qui n’en manque pourtant pas. Nadal mène le bal et sera dur à déloger de la première place mondiale, mais Federer a pris l’ascendant psychologique dans les confrontations directes. «Je l’ai trop souvent joué sur terre battue», explique Federer pour justifier son ancien complexe. Depuis Bâle en 2015, il ne fait plus de complexe, encore moins lorsque la surface de jeu lui est favorable.

C’était particulièrement le cas à Shanghai et Roger Federer semblait dès les premiers échanges déterminé à en tirer profit. Il obtient trois balles de break (non consécutives) sur le premier jeu et Nadal, qui n’avait été breaké que deux fois dans sa route vers la finale, cède d’entrée sa mise en jeu. Il ne va plus revoir Federer du set.

Le Bâlois déploie très vite l’étendue de sa palette technique: retour bloqué, demi-volée ultra-rapide, frappes flirtant avec les lignes ou giclant dans le carré de service. Nadal, qui semble tout de même un peu émoussé physiquement (est-il blessé au genou?), a de la peine à suivre le rythme. A 3-2 pour lui, Federer claque quatre aces en cinquante secondes pour remporter son troisième jeu de service.

Première manche pliée en 35 minutes

En face, Nadal a l’œil noir des mauvais jours. Il peste intérieurement contre les lignes, qui semblent aimanter les coups droits croisés de Federer, et contre cette surface, qui sabote ses lifts.

Il cède la première manche au bout de trente-cinq minutes sur un nouveau jeu blanc, que Federer accueille d’un poing discrètement serré. Ce n’est pas le poing fermé du boxeur; c’est la main refermée de celui qui vient de trouver un trésor et ne veut pas le laisser s’échapper.

Jouer «à la Nadal»

Avec Nadal, on se dit que ce n’est pas fini et forcément, Nadal se le dit aussi. Inquiété sur son service à 6-3 2-2 et 30-A, le Majorquin lâche son premier «Vamos» du match. Il mène 40-30 puis Federer égalise, se procure une balle de break (la première depuis le tout premier jeu du match). Nadal la sauve d’un ace.

Federer insiste. Nouvelle balle de break. L’échange s’engage, dure, Federer la joue «à la Nadal», pousse son adversaire à la faute, qui expédie un revers trop croisé hors des limites du terrain. A nouveau le petit poing serré de Federer qui, totalement concentré, ne voit pas le ramasseur de balle qui lui court après en brandissant son linge.

Il enchaîne par un nouveau jeu blanc expéditif puis mène 0-40 (trois balles de match) sur service adverse. Le numéro un mondial évite l’humiliation du jeu blanc mais pas la défaite (6-4 6-3).

Numéro un, pas un objectif

Cette victoire permet à Roger Federer de conserver ses chances de terminer l’année au premier rang mondial. «Je ne pense pas à ça, seulement à rester en bonne santé», a-t-il assuré en conférence de presse. Après avoir renoncé à ce rêve, il s’était remis à y croire cet été, fort de sa victoire à Wimbledon. Il avait ainsi ajouté le Masters 1000 de Montréal à son programme et y contracta une blessure au dos qui faillit lui faire manquer l’US Open.

La leçon semble avoir porté. «Je vais rentrer en Suisse lundi et décider avec mon équipe si je joue à Bâle et à Paris. Je suis concentré sur Londres [où aura lieu la finale des Masters mi-novembre] et gagner là-bas.» Et la place de numéro un? «Si je continue de jouer comme aujourd’hui, je n’en serai peut-être pas très loin…»

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