Ce n’était pas une finale, mais c’était un dimanche, un vrai, dans la tradition des «happy ends» à l’US Open. Scénario bien ficelé: l’élégance incarnée de Roger Federer, maître des lieux, face à la sagacité d’un rival anar, Novak Djokovic. Dramaturgie latente: il y a eu des balles de break dans chaque set. Décor classique, indémodable: le Tout-New York au balcon (Jack Nicholson, Justin Timberlake, Paul Simon) tandis que, en arrière-plan, le soleil pourpre embrase Manatthan.

Certes, c’était une demi-finale et, à l’heure où le court était encore fractionné en deux entités clair-obscur, les acteurs ont mis du temps à briller. Premier set soporifique: des fautes directes, des pourcentages de premières balles anémiques (24% pour Roger Federer jusqu’à 3-2), un jeu «à la retirette». La luminosité, le vent, la nervosité. La nécessité d’observer, de jauger, de toiser.

Tout a changé dès le «money time», dans l’effervescence d’un stade archicomble qui, selon la tradition des visions manichéennes à l’US Open, a pris parti, tantôt pour la dextérité éparse du maître, tantôt pour l’impétuosité exacerbée du rival. Novak Djokovic a recommencé son cirque, mi-fauve mi-clown. Il a soudain mieux retourné (souvent sur l’homme), mieux servi et mieux varié, comme délivré d’une passivité excédentaire.

Mais Roger Federer était le meilleur, très distinctement, dans la tradition du tennis moderne à l’US Open. «Roger est plus régulier, plus expérimenté, plus complet, résume Novak Djokovic. Sur le court, parfois, nous avons mille raisons de penser qu’il est invincible.» Et pour cause: «Depuis quelques mois, je le sens encore plus relax. Il est marié, il a des enfants, et il a battu tous les records historiques. Comment ne pas ressentir la sérénité qui émane de son jeu?» Et néanmoins: «Je pense que n’avons pas joué notre meilleur tennis, lui et moi, en dehors de quelques coups d’éclat. Malgré la défaite, j’ai eu le sentiment que nous étions très proches. Je regrette quelques balles de break que j’ai galvaudées maladroitement. Et je regrette une peu de malchance, aussi.»

Roger Federer a terminé par un jeu blanc sur le service de son rival, dont... un passing croisé entre les jambes! «C’est le plus beau point de ma vie», affirme-t-il, hilare. Et cependant: «Les conditions étaient compliquées, et elles seront les mêmes ce lundi en finale. Au début, quand le soleil est bas, il est important de rester concentré. Je crois avoir bien géré la rencontre, notamment les points décisifs.»

Ce lundi, à 22 h 30, Roger Federer affrontera Juan Martin del Potro, néophyte à ce niveau d’excellence, pour un sixième titre consécutif à l’US Open.