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Roger Federer joue contre l’espagnol Roberto Bautista Agut aux Championnats de Wimbledon le 6 juillet 2015.
© Julian Finney

Tennis

Roger Federer à Wimbledon: «Ce que je veux, ce sont les émotions»

A 35 ans, le Suisse tente de remporter une dernière fois le tournoi de Wimbledon. Usé, blessé, ses chances d’y parvenir glissent comme les grains de sable au fond d’un sablier mais le tournoi londonien exerce sur lui une fascination capable de le transcender

Roger Federer peut-il encore remporter un tournoi du Grand Chelem? En sport, tout est toujours possible, bien sûr, mais la réponse la plus réaliste est un «Oui, mais…» formulée au conditionnel. Il faudrait des «si…», des circonstances favorables, un tirage au sort clément vendredi, une forme retrouvée, des matchs courts contre Novak Djokovic ou Andy Murray. Ce qui semble certain à beaucoup d’observateurs, c’est qu’un pareil événement (c’en serait un) ne peut se produire qu’à Wimbledon. Cette année. Ici et maintenant, dans ce jardin anglais où sa dernière victoire remonte à 2012.

Depuis, le Bâlois a alterné le sublime et le quelconque, une année bonne et l’autre non. Des problèmes de dos lui ont gâché la saison 2013. Il a changé de raquette, engagé Stefan Edberg, évolué progressivement vers un jeu plus offensif afin d’économiser ses forces. Il revient lentement en forme et gagne même la finale de la Coupe Davis en 2014. En 2015, l’étude statistique de son jeu montre qu’il n’a jamais été aussi performant. Il sert mieux que jamais, prend le filet d’assaut et invente une attaque en retour de service qui sidère ses adversaires par son audace et sa difficulté technique. Mais même comme cela, il perd en finale à Wimbledon.

C’est le sport… Je n’ai pas mal joué, je ne peux pas être trop déçu

Deux années de suite (2014 et 2015), Novak Djokovic est trop fort pour lui. La deuxième fois, cela lui fait mal parce qu’il passe moins près de la victoire qu’en 2014 où il s’était présenté peu confiant et moins bien préparé. Mais plus jeune d’un an. Avec l’âge, le problème n’est pas de jouer un tennis de très haut niveau mais bien de le faire plusieurs jours de suite. Exceptionnel en demi-finale contre Murray, il n’était que très bon en finale contre Djokovic. Insuffisant. Après sa finale perdu, il s’efforça à chaud de faire bonne figure («C’est le sport… Je n’ai pas mal joué, je ne peux pas être trop déçu.») mais, à froid, ne cacha pas sa tristesse. «C’est long Wimbledon. Il faut attendre un an, bien se préparer, gagner six matchs pour à nouveau avoir une chance en finale. Forcément, ça fait mal.»

Un classement en trompe l'oeil

En partant, il avait dit «je reviendrai» et il fallait y voir moins la menace d’un Terminator des courts que la promesse d’un amoureux du tennis éconduit. Cette année, Roger Federer est de retour à Church Road. Mais ce n’est plus le même Federer. Son classement – troisième mondial et tête de série N°3 – est un trompe l’oeil: Nadal est blessé, Wawrinka a perdu son titre à Roland-Garros, Murray stagne, Djokovic compte presque autant de points que les trois autres réunis. Son classement à la Race (où tous les joueurs partent de zéro en début d’année), qui ne le place qu’à la douzième place, est un indicateur plus fiable.

Jusqu’ici, son année 2016 est maussade. Il a bien débuté, sur la lancée de 2015, mais s’est vu freiné par une succession de pépins physiques: blessure au genou (accident domestique) fin janvier, virus stomacal en mars, problèmes de dos en mai. Il a joué si peu de tournois cette saison qu’il est possible de les relater tous: finale à Brisbane (battu par Raonic), demi-finale à Melbourne (Djokovic en quatre sets), forfaits à Rotterdam, Dubaï, Indian Wells et Miami (où il espérait reprendre), quart de finale à Monte-Carlo (Tsonga), forfait à Madrid, troisième tour à Rome (Thiem), forfait à Roland-Garros. Depuis le début de la saison sur gazon, Federer n’a pas encore retrouvé la main verte. Les jeunes Thiem et Zverev l’ont stoppé à Stuttgart et Halle.

Signaux alarmants

Les signaux alarmants s’amoncellent et les statistiques doivent chercher de plus en plus loin en arrière pour retrouver un précédent. Elles exhument le souvenir du Roger d’avant Federer. Le Suisse n’avait plus été battu par un joueur de moins de 20 ans depuis 2006, il n’avait plus perdu avant la finale du tournoi sur herbe de Halle depuis 2003, il pourrait ne pas se qualifier pour les Masters pour la première fois depuis 2002, il ne s’était plus présenté à Wimbledon sans au moins un titre depuis 2001, il n’avait plus manqué un tournoi du Grand Chelem depuis janvier 2000.

J’aime le tennis d’une manière si forte que je ne me soucie plus du fait que je gagne plus ou moins qu’avant. Ce que je veux, ce sont les émotions

Restent la foi, l’envie d’y croire. C’est toute la magie de Federer à Wimbledon. Entre les deux, la symbiose est totale, aussi rare dans le sport que l’orgasme simultané dans le couple. Le tournoi persiste à se penser comme un délicieux anachronisme, une social occasion, un pique-nique à la campagne. Lui fait de sa carrière une quête autant qu’une conquête. Il met un point d’honneur à gagner ses matchs sans haine ni violence. Il ne brandit pas le poing, ne crie pas à tout bout de champ, se refuse à chercher de l’aide dans le regard de son box et s’enorgueillit de n’avoir jamais abandonné en cours de match. Il y a quelques années, il nous confiait sa fierté de n’avoir jamais dû être opéré (il a subi une arthroscopie du ménisque au printemps) ni d’avoir subi d’infiltration d’antidouleurs (il s’y est résolu en novembre 2014 pour jouer la finale de la Coupe Davis).

Des petites concessions qui n’altèrent pas sa passion intime pour le jeu. «J’aime le tennis d’une manière si forte que je ne me soucie plus du fait que je gagne plus ou moins qu’avant. Ce que je veux, ce sont les émotions», a-t-il expliqué récemment au Guardian. Si la pureté existe en sport, elle n’est pas loin de ressembler à la grâce de Roger Federer à Wimbledon. Le blanc de sa tenue, le vert du gazon, la pénombre des tribunes. Il réincarne Mohammed Ali, float like a butterfly, sting like a bee, dans un silence total, dense, presque palpable. C’est le silence qui précède un récital, pas celui qui préside à un enterrement.


Ses 5 plus grands matchs à Wimbledon

2 juillet 2001, bat Pete Sampras en huitième de finale (7-6 5-7 6-4 6-7 7-5 en 3h41)

Roger Federer a 20 ans et une queue-de-cheval lorsqu’il affronte pour la première (et dernière) fois son modèle Pete Sampras. L’Américain n’est plus numéro 1 mondial mais il reste la référence sur gazon (7 titres en 8 ans, invaincu depuis 1997). Federer fait jeu égal en talent (ce que l’on savait) mais aussi et surtout en maîtrise et en constance. «À la fin, ça a été une sensation extraordinaire, que je n’avais jamais connue auparavant», dira-t-il. L’une de ses plus belles victoires (il la classe dans son Top 3). Celle surtout qui lui fait prendre conscience de celui qu’il peut réellement devenir.

6 juillet 2003, bat Mark Philippoussis en finale (7-6 6-2 7-6 en 1h51)

Son premier titre majeur, à 21 ans. Pourtant, à l’époque, on trouvait que Federer était en train de se perdre et l’on commençait à murmurer qu’il ne gagnerait jamais rien. Il venait de se faire éliminer au premier tour de Roland-Garros par un modeste Péruvien, n’était jamais allé plus loin que les quarts de finale en Grand Chelem. Et puis, il réalise le tournoi parfait: aucun set perdu en sept matchs, aucune balle de break contre lui en finale. Il gagne et s’écroule, heureux mais surtout soulagé de s’être débarrassé d’une énorme pression.

6 juillet 2008, perd contre Rafael Nadal en finale (6-4 6-4 6-7 6-7 9-7 en 4h48)

Certaines défaites vous grandissent plus que les victoires. Invaincu à Wimbledon pendant 66 matchs, Federer cède dans son jardin face à Nadal au terme d’un match épique, interrompu trois fois par la pluie, et achevé au crépuscule. A la remise des prix, les photographes travaillent au flash, Federer pleure mais le match devient immédiatement un classique, classé parmi les plus beaux de l’histoire du tennis.

5 juillet 2009, bat Andy Roddick en finale (5-7 7-6 7-6 3-6 16-14 en 4h18)

Un an après, Roger Federer a séché ses larmes. Il a enfin gagné Roland-Garros, est devenu père de famille pour la première fois, a récupéré son titre à Wimbledon et sa place de numéro 1 mondial et bat le record de 14 titres du Grand Chelem que détenait Pete Sampras. Andy Roddick est admirable de bravoure mais il doit baisser les armes à 16-14 dans le cinquième set. Pete Sampras est dans les tribunes, aux côtés de Björn Borg et Rod Laver. Tous applaudissent celui qui les a dépassé.

8 juillet 2012, bat Andy Murray en finale (4-6 7-5 6-3 6-4 en 3h28)

La dernière victoire de Federer à ce jour en Grand Chelem. S’il gagne, il récupère pour la troisième fois le fauteuil de numéro 1 mondial. Il ne rate pas l’aubaine, devant un public partagé entre sa fascination pour Federer et la présence d’un Britannique en finale, pour la première fois depuis 1938. Andy Murray aura sa revanche un mois plus tard au même endroit, lors de la finale du tournoi olympique.


Face à lui, McEnroe, Becker et Lendl

Dans son combat contre le temps, Roger Federer trouvera sur son chemin quelques-unes des légendes de Wimbledon. Si la mode des entraîneurs stars existe depuis quelques saisons, elle a pris une vigueur nouvelle cette année à Londres. Comme d’habitude, le tenant du titre Novak Djokovic est accompagné par Boris Becker, triple vainqueur des Championships, et le Croate Marin Cilic conseillé par son compatriote Goran Ivanisevic (vainqueur en 2001). Andy Murray (vainqueur en 2013) a rappelé l’ancien numéro 1 mondial Ivan Lendl deux ans après leur première collaboration. Plus surprenant, John McEnroe (triple vainqueur à Wimbledon) a accepté de délaisser ses fonctions de consultant télé pour coacher le Canadien Milos Raonic. Enfin, Stan Wawrinka a annoncé début juin l’engagement pour quatre semaines (le temps de la saison sur herbe) du Néerlandais Richard Krajicek, vainqueur du tournoi en 1996. Que tous ces joueurs investissent dans la location d’un grand nom témoigne de leur ambition et de leur détermination à contrecarrer les projets de Roger Federer.

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