Tennis

«Roger et moi attendons d’Ivan Ljubicic un regard neuf»

Severin Lüthi explique pourquoi Roger Federer a décidé de recourir aux services d’Ivan Ljubicic. Dans un souci sans cesse renouvelé de faire évoluer son jeu. La marque des plus grands, insiste le Bernois

Ivan Ljubicic a prévenu dès l’entame du tournoi: il ne parlera pas. Ou du moins pas tout de suite. Il se laisse le temps de ce premier tournoi pour prendre ses marques avant de s’épancher devant la presse. Roger Federer, lui, a brièvement évoqué le sujet dimanche: «Ivan m’apporte quelque chose de différent d’Edberg. Le fait d’avoir eu des coaches de différentes époques me permet d’avoir une palette plus complète. Ivan connaît bien les joueurs que j’affronte et son regard est précieux. On parle énormément tous les trois avec Seve.» «Seve», c’est Severin Lüthi, le coach principal de Roger Federer depuis 2007. Samedi, après le match de Stan Wawrinka, dont il est allé voir le dernier set, le Bernois a reçu Le Temps au restaurant des joueurs et s’est mis à table.

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– Le Temps: Stefan Edberg a été remplacé par Ivan Ljubicic. Avez-vous participé à ce choix?

– Severin Lüthi: Oui nous en parlions depuis un petit moment avec Roger. Nous savions que Stefan (Edberg) voulait arrêter à l’issue de la saison. L’été dernier, Roger m’a demandé si je voulais œuvrer seul avec lui à plein temps. Mais je trouvais mieux de prendre quelqu’un d’autre. Pour deux raisons. Pour lui, tout d’abord. Parce que je pense qu’il est très fort lorsqu’il s’inspire des idées de différentes personnes. Ça lui permet de rester très vif et jeune. Certains auraient du mal à changer comme ça souvent mais lui pas du tout. C’est toujours enrichissant d’avoir un nouveau regard extérieur émanant de quelqu’un qui connaît bien le tennis. Et deuxièmement, je pense que c’est important pour moi de rester frais. Ça me permet de l’aider davantage. Je lui ai donc dit que je trouvais bien de faire appel à quelqu’un et il a choisi «Ljubi» et je pense que c’est un très bon choix.

– Certains voient dans ce choix une volonté de trouver plus de solutions face à Novak Djokovic. Y a-t-il un peu de ça?

– Ce n’était pas l’idée principale. Il doit prioritairement chercher à développer son propre jeu. C’est clair que Djokovic était tellement fort l’année dernière qu’il y a souvent eu des matches contre lui qui auraient nécessité d’autres solutions. Mais Roger a d’autres adversaires et le but est vraiment de se concentrer sur son jeu à lui. Pour l’améliorer encore.

– Qu’est que Ljubicic peut apporter?

– Que ce soit José Higueras, Paul Annacone ou Stefan Edberg, chacun a apporté quelque chose de différent. On attend de «Ljubi» qu’il aide surtout tactiquement mais aussi au niveau de la motivation et de la planification des tournois. Le but est d’échanger nos idées avec lui. On ne s’attend pas à un truc révolutionnaire. Je ne peux pas vous dire: «on va travailler ce point-là précisément». C’est juste intéressant d’avoir un œil neuf sur son jeu, ses possibilités d’évolution et notre manière de fonctionner. Les gens parlent toujours de phases: «Il fait ça depuis qu’Edberg est là ou depuis que Ljubicic est là…» Mais c’est un joueur qui se développe. Parfois les effets se font sentir tout de suite, parfois un peu plus tard. C’est difficile de dire qui est à l’origine de quoi.

– Est-ce que l’intégration d’une nouvelle personne dans l’équipe se fait rapidement?

– Cela dépend de la personne. Edberg, on ne le connaissait pas vraiment et lui ne connaissait plus trop le circuit. J’ai dû passer plus de temps à discuter avec lui, à l’introduire en quelque sorte au sein de l’équipe. Ivan lui connaît bien le circuit, sait exactement ce qui se passe et avait déjà pas mal de contact avec Roger. Ça facilite un peu les choses.

– Cette volonté de Roger Federer de sans cesse aller chercher un nouveau regard, de se remettre en question, ne vous impressionne-t-elle pas?

– Oui, mais c’est essentiel. Il ne serait pas là où il est à 34 ans s’il n’avait pas cette envie de développer son jeu. Mais c’est le propre des meilleurs. Stan est aussi comme ça, Djokovic est toujours en train de développer son jeu, Nadal n’était pas content de la manière dont il a joué ici mais c’est aussi quelqu’un qui cherche des solutions. Ce ne sont pas des réactions de panique. Ils savent que s’ils s’arrêtent à un certain niveau, ils vont reculer. Du coup, ils essaient de trouver des parades. Et j’ai beaucoup de respect pour ça. Et chez Roger, ça prouve sa motivation à 34 ans!

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