Il n’a pas pris une ride, Michael Schumacher. Au contraire, il rayonne, il resplendit comme jamais. Sa chemise aux couleurs de son écurie Mercedes est griffée d’un nombre impressionnant de commanditaires divers, qu’il s’agisse de ceux de l’équipe allemande ou de ses contrats personnels.

En ces temps économiques troubles, le retour de l’Allemand offre un rayon de soleil à la Formule 1. Une grosse bouffée d’air frais, et surtout d’argent frais.

L’an dernier, lorsque BMW a annoncé son retrait de la compétition, en juillet, et que Toyota lui a emboîté le pas, début novembre, la discipline s’est retrouvée en mauvaise posture. Elle avait perdu Honda un an auparavant, et si l’équipe Brawn avait bien repris les infrastructures japonaises et poursuivi l’aventure avec le succès que l’on sait (en remportant à la fois le championnat des pilotes et celui des constructeurs), il était clair que Brawn Grand Prix, dénuée de sponsors, n’irait guère plus loin que cette fin de saison 2009.

L’avenir s’annonçait sombre, à l’unisson de l’économie mondiale. Les constructeurs automobiles, durement frappés, ne pouvaient pas décemment rester en F1 et y dépenser les millions par centaines à l’heure de rationaliser leur production et fermer leurs usines. Une logique implacable qui pouvait mener rapidement à la fin de la F1.

En décembre, le salut est pourtant venu d’Allemagne. En coulisses, Mercedes œuvrait depuis des semaines au rachat de l’écurie Brawn, ainsi qu’à convaincre Michael Schumacher de revenir en F1 dans sa nouvelle équipe.

Le septuple champion du monde ne fut guère long à convaincre. Il s’ennuyait du haut de sa retraite dorée de Gland, engoncé dans un rôle d’ambassadeur de Ferrari dont personne, lui compris, ne savait en quoi il consistait. Et puis, il n’avait pas pardonné à Ferrari de l’avoir poussé vers la porte en 2006, en embauchant Kimi Räikkönen contre son gré. Revenir en F1 et souffler le titre à la Scuderia sur une Mercedes lui apparut comme un défi excitant…

Pour toutes ces raisons, Michael Schumacher a annoncé son retour le 23 décembre dernier. Depuis, l’Allemagne tout entière est entrée en transe. A Valence, le 1er février, des centaines de journalistes avaient fait le déplacement pour assister aux premiers tours de roue du retour du «Kaiser». Ici à Bahreïn, pour sa première conférence de presse officielle, dans une concession Mercedes du centre de Manama, plus de 200 journalistes germaniques se bousculaient autour des voitures exposées. Hier, pour les premiers essais, il y avait davantage de photographes devant le stand Mercedes que devant toutes les autres écuries réunies. La Schumi-mania n’a plus aucune mesure avec celle «d’avant». Ce retour fantastique a décuplé la passion de l’autre côté du Rhin.

Bien sûr, on ne présente plus Michael Schumacher, considéré comme le plus grand pilote de tous les temps. En l’espace de seize saisons de F1, le «Kaiser» a remporté sept titres mondiaux ainsi que la plupart des records imaginables (avec 91 victoires, 68 pole-positions et en marquant 1369 points au total). Le retour aux affaires d’un tel monument, qui plus est dans une écurie allemande, a évidemment de quoi émouvoir les médias d’outre-Rhin. «Alleluia, le retour le plus retentissant de l’histoire du sport a lieu», a ainsi titré le quotidien «Bild», le plus gros tirage de la presse allemande.

La chaîne de télévision RTL, qui diffuse la Formule 1 depuis 1991, compte sur ce retour pour retrouver, voire dépasser, les audiences dont elle bénéficiait lors de ses belles années. Lors du dernier Grand Prix qu’a couru Michael Schumacher, au Brésil en 2006, la course avait été suivie par 13,4 millions de téléspectateurs, représentant 45% de parts de marché. A l’époque, le spot publicitaire de 30 secondes se négociait aux alentours de 120 000 euros. Depuis la retraite du pilote, l’audience moyenne pour un Grand Prix est tombée aux alentours de 5.4 millions de spectateurs, en baisse de plus de 50%. Avec un tarif publicitaire qui a dévissé d’autant.

Le patron de la chaîne, Manfred Loppe, a toutefois prévenu qu’en dépit du retour de Michael Schumacher, il ne souhaitait pas que RTL devienne pour autant «Schumi TV». «Si l’on tient compte des ambitions de Sebastian Vettel et de Nico Rosberg (eux aussi Allemands, ndlr), et si l’on considère le duel entre Jenson Button et Lewis Hamilton chez McLaren, j’attends beaucoup de cette saison 2010. Mais il est vrai que le retour de Michael Schumacher prend une dimension magique, et transforme cette saison tout entière en une année magique pour la F1.»

Demain, RTL prendra l’antenne à 11 h 30, soit une heure et demie avant le Grand Prix, pour suivre au mieux la préparation du septuple champion du monde. A Kerpen, près de Cologne, le premier Grand Prix après 1239 jours de retraite de l’enfant du pays sera diffusé sur un écran géant, dans la salle polyvalente du village, comme au meilleur temps de la Schumimania.

Avec le retour de Michael Schumacher, toute l’Allemagne de la Formule 1 oublie la crise et retrouve sa jeunesse avec un enthousiasme d’autant démultiplié que le septuple champion du monde pilote désormais une voiture germanique.

L’enthousiasme pourrait toutefois se dégonfler aussi vite qu’il a pris de l’ampleur, si d’aventure le Kaiser ne signait aucun résultat. Ce qui ne semble pas devoir être le cas: hier, au terme de la première journée d’essais, les deux Mercedes se sont emparées de la première et de la troisième places. Dans le désordre, puisque c’est Nico Rosberg qui a signé le meilleur chrono, avec une demi-seconde d’avance sur son septuple champion du monde de coéquipier. «Oui, c’est un écart un peu trop important pour mes habitudes, s’amusait Michael Schumacher hier soir. Je vais devoir mettre la barre un peu plus haut!»