Iga Swiatek, qui partageait encore son temps entre tennis et lycée il y a quelques mois, est devenue à 19 ans la première Polonaise, hommes et femmes confondus, à remporter un titre en Grand Chelem à Roland-Garros samedi. En finale, Swiatek a dominé 6-4, 6-1 Sofia Kenin, sixième joueuse mondiale et lauréate de l’Open d’Australie début février, amoindrie par une cuisse gauche douloureuse dans la seconde manche. Soignée à 6-4 2-1, l'Américaine n’a plus vraiment opposé de résistance ensuite.

A relire: En Grand Chelem, souvent femmes varient

Cela n’enlève rien aux mérites de la native de Varsovie, première joueuse depuis Justine Hénin en 2007 à remporter la coupe Suzanne-Lenglen sans avoir perdu le moindre set de la quinzaine parisienne. La Belge était alors numéro une mondiale; Swiatek a commencé le tournoi au 54e rang mondial. Elle sera 17e lundi, toute proche des meilleures. Ce qu’elle est déjà assurément. Elle a notamment battu au premier tour la finaliste sortante Marketa Vondrousova puis la favorite Simona Halep en huitièmes de finale. Toutes ses rencontres ont été à sens unique et ses victoires expéditives: 1h15 de moyenne et quatre jeux perdus par match.

Une finale à Lugano

A peine la balle de match jouée, l’adolescente s’est agenouillée au milieu du court Central, la tête entre les mains, peinant encore à y croire. «C’est fou parce que tous les ans, je regardais Rafa [Nadal, son joueur préféré] soulever le trophée, c’est incroyable de le faire moi-même, s’étonna-t-elle, après avoir abaissé un instant son masque le temps d’embrasser le trophée. C’est beaucoup d’émotion. Je ne comprends pas ce qui se passe, je suis tellement heureuse, c’est fou. Il y a deux ans, je gagnais un Grand Chelem en juniors [Wimbledon], j’ai l’impression que tout a été tellement vite.»

A 19 ans, Swiatek était encore une lycéenne presque comme les autres il y a quelques mois. «Je la considérais alors comme semi-pro ou semi-amateur, parce qu’elle étudiait comme tout le monde, raconte son entraîneur Piotr Sierzputowski. Bien sûr elle était souvent à l’étranger, mais elle suivait les cours malgré tout, elle passait ses examens. Le tennis passait au second plan, ce n’était pas la partie principale de sa vie. C’était difficile, je devais programmer ses entraînements à 7h, parce qu’elle allait à l’école après. Elle arrivait parfois à l’entraînement fatiguée, et je lui demandais pourquoi, si elle avait bien dormi et elle me répondait qu’elle avait travaillé une partie de la nuit.»

«Poland-Garros»

A cette époque, Swiatek se faisait toutefois déjà remarquer sur les courts, à l’image de son huitième de finale atteint sur la terre battue parisienne au printemps 2019. Mais c’est tout au long de cette édition 2020 de Roland-Garros exceptionnellement automnale qu’elle a fait la démonstration éclatante qu’elle apprenait très vite aussi côté court. Jusque-là, la Polonaise ne comptait aucun titre WTA à son palmarès et n’avait connu qu’une finale, à Lugano en 2019. Et elle n’avait jamais dépassé les huitièmes de finale en Grand Chelem.

Après cette fabuleuse quinzaine parisienne – qui avait conduit un journal polonais à rebaptiser Roland-Garros «Poland-Garros» en une – va-t-elle se consacrer désormais à plein temps au tennis? «Ça va être difficile de prendre la décision de continuer mes études maintenant parce que j’ai vraiment le sentiment que je peux accomplir de grandes choses, reconnaissait Swiatek au cours du tournoi. Si je continuais à jouer des finales de Grand Chelem, ce serait impossible d’être régulière à ce niveau et d’étudier en même temps», posait-elle.