Le sport en général et le tennis en particulier affectionnent les chiffres, les statistiques, les records. Tout ce qui permet de mettre un résultat en perspective; d’évaluer une performance à l’aune de son contexte historique. Et, dans le monde de la petite balle jaune, Roger Federer règne en maître des considérations chiffrées. Il aligne les records comme d’autres les fautes directes.

Lundi encore, il a égalé le grand Jimmy Connors avec un 233e match remporté dans un des quatre tournois majeurs. Ce à l’entame de son 50e Grand Chelem consécutif. «Ces chiffres prouvent que ça fait longtemps que je joue.» Pas besoin de le rappeler, le Bâlois est trentenaire. Il soufflera ses 31 bougies le 8 août prochain. Et, par ses résultats, il démontre quotidiennement que le tennis n’est pas qu’une affaire de jeunesse.

Au contraire! La preuve: cette édition 2012 de Roland-Garros compte 37 joueurs de 30 ans ou plus dans le tableau principal masculin. Soit 29%. Un record dans l’ère open du tennis. Certes, plusieurs «papys», et pas des moindres – Lleyton Hewitt (ancien n° 1), David Nalbandian (ancien n° 3) et Nikolay Davydenko (ancien n° 3) –, se sont déjà éclipsés au premier tour. Mais il reste des vieux Lions qui ne sont pas morts. Pour sa dernière participation, le préretraité Arnaud Clément (34 ans) a fait sensation lundi en venant à bout d’Alex Bogomolov Junior, 29 ans quand même, au terme d’un combat en cinq sets, de 4h19. Le Français, perclus de crampes, a été obligé d’écourter sa conférence de presse d’après match. Hier, Julien Benneteau, 30 ans et le coude à peine remis d’une fracture survenue il y a cinq semaines, s’est imposé face à Mischa Zverev, 24 ans.

A l’heure où ce sport devient de plus en plus physique, la présence de cette cohorte de trentenaires est étonnante. Et contraste avec la période où le tennis comptait surtout de jeunes pousses nourries au fertilisant, façon Nick Bollettieri. L’Américain ne jurait que par la discipline paramilitaire infligée aux enfants. Son académie – d’où sont sortis Agassi, Courier, Seles, Kournikova ou Sharapova – misait sur la rigueur pour tirer la quintessence juvénile. Il façonnait des champions précoces, souvent usés au bout de quelques années. La moyenne d’âge de ce Roland-Garros 2012 doit donner des cheveux blancs au vieux gourou.