Tennis

Roland-Garros à la recherche de la nouvelle star

Amputé de Serena Williams et de Maria Sharapova, le tableau féminin a déjà perdu la numéro un mondiale Angelique Kerber. Timea Bacsinszky, parmi d’autres, espère en profiter

D’emblée, la foule. La ruche. Le métro bondé, les allées saturées, les queues pour le moindre sandwich ou une simple crêpe, même au sucre. A l’extérieur, les files d’attente s’allongent devant les contrôles de sécurité, indifférentes au paradoxe qui voit des vigiles majoritairement noirs et arabes fouiller les sacs de spectateurs quasi exclusivement blancs dans la crainte d’un attentat terroriste. D’une manière ou d’une autre, la France Black-Blanc-Beur est réunie Porte d’Auteuil pour ce Roland-Garros 2017 qui, comme il en a pris l’habitude depuis quelques années, s’ouvre désormais le dimanche. Pas une mauvaise idée avec le mauvais temps qui s’annonce.

Arrivée et repérages

A l’intérieur, c’est encore l’heure où chacun prend ses marques. On règle le débit de la machine à café, la sensibilité du détecteur de métal ou la tension de sa raquette. Au pied du court Suzanne-Lenglen, un escalier est utilisé comme promontoire. Sur la pointe des pieds, les spectateurs tentent d’apercevoir un bout de l’entraînement de Rafael Nadal sur le court N°10. L’Espagnol, neuf fois vainqueur ici, leur offrira quelques autographes à sa sortie.

Arrivé le samedi soir de Genève, où il a conservé son titre en battant l’Allemand Mischa Zverev, Stan Wawrinka est venu repérer les lieux. Il ne s’entraînera que lundi, n’espère pas jouer avant mardi. Tout semble bien aller pour lui: «Je suis en confiance, et quand je suis en confiance, j’hésite moins. En général, c’est l’hésitation qui me fait mal jouer.» En salle de presse, les suiveurs notent la phrase; elle pourra servir plus tard. D’autres sont déjà plongés dans l’urgence de l’instant. Ce dimanche de fête des mères, la défaite est amère pour les battus du jour: pour eux, tout s’achève avant même d’avoir débuté.

Keber éliminée

C’est le cas d’Angelique Kerber, la numéro un mondiale. A 15h, le tableau féminin a déjà perdu sa tête de série N°1. Une première dans l’histoire du tournoi mais pas une immense surprise, tant l’Allemande est à la peine depuis plusieurs mois. Elle s’en rend bien compte et appréhende le grand trou qui bée désormais dans son agenda avec un certain vertige. «Je ne sais pas ce que je vais faire maintenant… Je pense que je vais rentrer chez moi, me reposer pendant quelques jours. Je suis déçue de ma saison sur terre battue, mais peut-être est-ce une bonne chose que ce soit terminé. J’ai un peu plus de temps pour réfléchir maintenant.»

Sa défaite, face à la Russe Ekaterina Makarova (6-2 6-2) confirme que ce Roland-Garros 2017 sera celui de tous les possibles. En l’absence de Serena Williams (congé maternité) et de Maria Sharapova (qui n’a pas obtenu d’invitation), le tennis féminin se cherche une nouvelle star. Ça ne sera pas Kerber.

Ça ne sera pas Mirjana Lucic-Baroni non plus. La revenante de Melbourne, deux fois demi-finaliste de l’Open d’Australie à… dix-huit ans d’intervalle, a cette fois chuté dès le premier tour devant la Turque Cagla Buyukakcay, modeste 156e mondiale (6-3 6-3). Ça ne sera pas non plus Amanda Anisimova, 15 ans et demi, qui disputait son premier match en Grand Chelem. L’Américaine, dont les revers à deux mains et la grande natte blonde rappellent Anna Kournikova, a logiquement manqué d’endurance et d’expérience face à la Japonaise Kurumi Nara (3-6 7-5 6-4).

Timea Bacsinszky saisit sa chance

Ce sera peut-être Timea Bacsinszky, demi-finaliste ici en 2015. Samedi, la Suissesse a fait la grimace en voyant qu’elle était programmée d’emblée (11h) sur le court N°17. Un cadeau empoisonné, avec la frustrante perspective de rater la fête. Mais la ponctualité est une qualité suisse. A l’ouverture des portes, Timea Bacsinszky est prête. Son adversaire, l’Espagnole Sara Sorribes Tormo, semble beaucoup plus tendue. La Vaudoise le remarque et s’efforce d’en tirer avantage. «J’ai essayé de mettre beaucoup d’intensité dès le début du match», dira la Lausannoise. Elle mène 4-0, puis 6-1. Sorribes Tormo lâche à nouveau son service sur une double faute en début de second set. «Animo, animo» («Courage!»), lui crie son clan. A 11h58, les premières gouttes de pluie de l’édition 2017 mouillent la terre battue. L’averse ne dure pas et Bacsinszky reprend sa marche en avant.

Le score est assez sec (6-1 6-2) mais la durée du match (1h22) dit mieux l’écart finalement pas si grand entre les deux joueuses. «J’ai gardé une bonne longueur de balle et toujours donné pas mal d’effet pour la maintenir à distance, expliquera une Timea Bacsinszky restée sur ses gardes. Au final, cela s’est bien passé. Je n’ai pas fait un match parfait mais j’en ai gardé pour le prochain tour.» Dimanche soir, beaucoup ne pouvaient déjà plus en dire autant.

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