Tennis

Pas de Roland-Garros pour Roger Federer, de retour sur terre

Battu d’entrée à Miami par Thanasi Kokkinakis (3-6 6-3 7-6), le Bâlois perd sa première place mondiale et un peu de sa superbe. Il confirme se recentrer sur les fondamentaux et viser les grands titres plutôt que le classement

C’est à chaque fois pareil mais on continue de se laisser prendre. Après que Roger Federer eut conservé son titre à l’Open d’Australie et retrouvé à Rotterdam la place de numéro un mondial, nombreux étaient ceux qui l’imaginaient rejouer ce printemps sur terre battue, s’inscrire à Roland-Garros, voire carrément tenter le Grand Chelem et, tant qu’à faire, le réussir. Après tout, le tennis masculin en 2018 est un champ de ruines. Federer n’avait (presque) qu’à se baisser. Mais même se baisser, quand on est fragile du dos, ce n’est pas forcément très indiqué.

Dominer le tennis mondial à bientôt 37 ans, c’est se balader à 8000 mètres d’altitude sans oxygène. Chaque effort est calculé, parce que chaque faute est fatale. La preuve: en quelques jours, celui que l’on voyait tout gagner perd ses titres à Indian Wells et à Miami, son invincibilité en 2018 et sa place de numéro un mondial. Pour exceptionnelle qu’elle soit, la magie Federer repose sur le respect de principes intangibles: s’économiser, choisir ses objectifs, bien planifier sa saison. Même lorsque tout fonctionne et s’enchaîne, cela tient à peu de chose, ce qui n’apparaît que lorsque la mécanique s’enraie.

Une première depuis quatre ans

Roger Federer a perdu samedi à Miami contre l’Australien Thanasi Kokkinakis (3-6 6-3 7-6). Cela lui était déjà arrivé à Indian Wells face à Juan Martin Del Potro. Cela aurait pu lui arriver au tour précédent contre Borna Coric, ou à Rotterdam contre Philipp Kohlschreiber. Kokkinakis le savait et a joué sa chance à fond, profitant de l’inconstance de Federer (31 fautes directes, dont 18 en coup droit). «Redevenir numéro un à Rotterdam était sympa, mais garder cette place jusqu’à la fin de l’année n’a jamais été un objectif.»

Le Suisse avait beau masquer sa déception, son élimination est un événement. Il faut remonter à 2014 pour retrouver trace de deux défaites consécutives du Maître et à 2003 pour une semblable désillusion d’un numéro un mondial face à un joueur classé au-delà du 170e rang mondial (Lleyton Hewitt, battu par Francisco Clavet).

Rendez-vous sur le gazon

Sans jouer, Rafael Nadal récupérera donc son premier rang, qu’il devra à son tour défendre lors de la saison sur terre battue. Il y avait quasiment tout gagné en 2017 et aura donc beaucoup à perdre. Mais Federer ne viendra pas le titiller sur ses terres: il a confirmé ce week-end qu’il renonçait, comme l’an dernier, à l’intégralité de la saison de terre battue. «Je me réjouis du grand break qui arrive et de faire un gros bloc d’entraînement pour être en forme la deuxième moitié de la saison», a-t-il lancé en conférence de presse. Pas de Roland-Garros, donc? «Non. On y a réfléchi mais il vaut mieux rester sur deux surfaces que sur trois en ce moment. J’aimerais encore jouer le plus longtemps possible, et pour ça la terre battue n’était pas la bonne solution.»

D’ici là, le Masters 1000 continue. Sans Federer donc, mais aussi sans Novak Djokovic, battu au premier tour par Benoît Paire et toujours à la recherche de son mojo, sans Rafael Nadal (blessé), sans Andy Murray (blessé), sans Stan Wawrinka (convalescent), sans quelques joueurs spectaculaires comme Jo-Wilfried Tsonga et Gaël Monfils, et, côté féminin, sans Serena Williams. Plus que les joueurs américains, c’est sans doute Juan Martin Del Potro qui peut sauver le tournoi. Et, l’air de rien, se rapprocher de la première place mondiale.

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