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Romain Duguet lors de sa victoire dans l'étape de la Coupe du monde d'Helsinki.
© © Lehtikuva Lehtikuva / Reuters

Saut d’obstacles

Romain Duguet, l’ascension éclair d'un talentueux cavalier

Dimanche, le Bernois d’adoption sera un des favoris de la Coupe du monde à Zurich. Il y a trois ans pourtant, seuls les initiés connaissaient ce talentueux cavalier

Il y a seulement trois ans, seuls quelques connaisseurs parmi les spectateurs du CSI de Zurich avaient entendu parler de lui. Il était un talentueux cavalier perdu autour de la 100e place du classement mondial. Dimanche pourtant, Romain Duguet sera une des stars du Hallenstadion – de celles que guette le public avant de se rendre aux toilettes ou acheter un hot-dog. A 36 ans, il est devenu un pilier du saut d’obstacles helvétique et un concurrent redouté dans le reste du monde. Avant l’étape de Zurich, il est même cinquième, juste derrière Steve Guerdat, du très sélectif classement provisoire de la Coupe du monde.

C’est dans le cadre majestueux du Grand Palais à Paris que Romain Duguet a remporté en avril 2015, sa première grande victoire dans un cinq étoiles. Un détail piquant pour ce cavalier français naturalisé suisse en 2012. Ensuite, c’est comme s’il avait toujours été là, installé au sommet des obstacles. Deux mois plus tard, il remporte le Grand Prix de Suisse à Saint-Gall. Cet été-là, à Aix-la-Chapelle et en l’absence de Steve Guerdat, il devient le leader de l’équipe de Suisse qui remporte la médaille de bronze aux Championnats d’Europe et qualifie la Suisse pour les Jeux olympiques de Rio.

Pas une famille de cavaliers

Aujourd’hui, il est 43e au classement mondial et avec sa grande et puissante jument Quorida de Treho, il forme un des couples les plus redoutés des paddocks. Pourtant, Romain Duguet a dû cravacher pour pouvoir fouler les plus belles pistes du monde.

Contrairement à ses coéquipiers Steve Guerdat ou Martin Fuchs, le Bernois n’est pas le produit d’une dynastie de cavaliers. Originaire de Reims, dans le nord-est de la France, il a enfourché son premier shetland à 5 ans pour suivre sa grande sœur. Les bons résultats s’enchaînent ensuite rapidement à poney, puis chez les juniors. A 15 ans, il arrête l’école et commence un apprentissage de cavalier.

Je ne parlais pas un mot d’allemand

Il a 22 ans en 2003 quand son chemin prend la direction de la Suisse alémanique. De la Normandie où il travaille de jeunes chevaux, il apprend que l’ancien champion Max Hauri cherche un cavalier. Romain Duguet débarque dans le petit village de Seon, en Argovie, pour deux jours d’essai. Il est engagé au bout d’une heure.

«C’était dur, confie Romain Duguet en marge du concours hippique de Genève. Je ne parlais pas un mot d’allemand et je crois que je connaissais une seule personne en Suisse. Mais je suis plutôt quelqu’un d’ouvert et j’ai fait en sorte de m’intégrer.»

Ouvert, Romain Duguet l’est indiscutablement. Souriant aussi et terriblement sympathique. Si l’équitation est  une passion particulièrement dévorante, il a d’autres marottes: le ski, qu’il appréciait déjà beaucoup avant son arrivée en Suisse, et la cuisine. Française bien sûr. Il parle avec enthousiasme des repas qu’il prépare pour sa famille et ses amis – «une bonne côte de bœuf, de la blanquette, un hachis parmentier» – et des télécrochets culinaires «c’est fou ce qu’ils arrivent à faire avec deux carottes et trois tomates». «A 13 ans, je rêvais d’ouvrir un restaurant, dit-il. Et comme j’ai toujours beaucoup aimé la montagne, si je n’étais pas devenu cavalier, je serais peut-être devenu cuisinier dans une station de ski.»

A lire aussi: Steve Guerdat, portrait d’un champion

A voir Romain Duguet si sympathique et rieur, on croirait presque que la vie de cavalier n’est qu’un long banquet arrosé au bourgogne. Mais les premières années en Suisse du cavalier, ce fut plutôt saucisse-frites avalé en vitesse dans la cantine des centres équestres de campagne.

Bien que très doué, le Franco-Suisse a mené durant quelques années la vie des cavaliers de niveau national. Les montures de commerce à classer en concours sur 1m10-1m20, les jeunes chevaux effarouchés, et de temps en temps une grosse épreuve à 1m40 ou 1m50. La campagne helvétique comme horizon avec cette carte mentale commune à tous les écuyers du pays: Choulex, St-Imier, Marsens, Chevenex, Ependes… Les longues journées à Müntschemier où on monte quatre épreuves, deux chevaux à chaque fois: reconnaître la piste, seller, chauffer, rentrer en piste, desseller, seller le deuxième cheval… Avant de doucher les montures, les charger, rentrer à l’écurie, nettoyer le camion. Un sportif parmi bien d’autres, passionnés et inépuisables. «C’est ça la réalité de la vie de cavalier, dit-il. Le commerce, les jeunes. Nous, nous sommes les chanceux. Mais bon, il n’y a pas que la chance, il y a aussi le talent et le travail.»

Les chevaux se chargent toujours de te remettre à ta place

La chance a peut-être été la rencontre avec sa future femme, Christiana, alors qu’il travaille chez Jurg Notz, à Kerzers. Elle était cliente et il montait ses chevaux. Elle est devenue la propriétaire de ses montures et la mère de ses deux petites filles, Chloé et Louise.

Aujourd’hui, les spots du Hallenstadion et du Grand Palais de Paris ont remplacé les manèges de campagne et une groom lui prépare les chevaux. De l’avis de ses anciens compagnons de paddock, Romain Duguet n’a pourtant pas changé. «Les chevaux se chargent toujours de te remettre à ta place, rigole-t-il. Des fois mes montures sont meilleures avec ma jeune cavalière, Jennifer Meylan, qu’avec moi. Et de toute façon tous les week-ends tu te remets à nu devant le public.»

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