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Lionel Messi et Andres Iniesta, le 27 mai 2009 à Rome, au soir de la victoire en finale de la Ligue des champions sur Manchester United. Le triomphe du Barça de Guardiola.

Football

De Rome à Rome, vie et mort du tiki-taka

Le FC Barcelone fête un nouveau doublé et est invaincu cette saison en Liga. Mais il a manqué le dernier carré de la Ligue des champions pour la troisième année consécutive. Et le Manchester City de Guardiola joue aujourd’hui plus «comme le Barça» que le Barça de Valverde

L’action n’aura duré qu’une fraction de seconde, mais elle reste figée à jamais dans l’histoire blaugrana. Dans un instant de grâce, Lionel Messi s’élève dans les airs pour battre Edwin Van der Sar, comme suspendu dans le ciel de Rome. En marquant d’un coup de tempe le deuxième but de la soirée face au Manchester United d’Alex Ferguson (et de Cristiano Ronaldo), l'Argentin offre au Barça de Pep Guardiola, arrivé sur le banc en début de saison, l'épilogue idoine d'une saison rêvée.

Les Blaugrana achèveront l’année 2009 avec un Mondial des clubs et un sextuplé inédit. Guardiola rapportera encore huit trophées dans la vitrine du club catalan (quatorze au total, soit trois de plus que son maître Johan Cruyff) avant de mettre les voiles à l’été 2012.

De son triomphe dans la Ville éternelle à la débâcle dans ce même stade le 10 avril dernier face à l’AS Roma (défaite 3-0, après le 4-1 de l’aller), le Barça a progressivement perdu de sa superbe et un peu de son identité. Chargé de reprendre le flambeau de Guardiola, son ancien adjoint Tito Vilanova obtient une Liga puis jette l’éponge, touché par un cancer qui l’emportera en 2014. Gerardo Martino (une Supercoupe d’Espagne en 2013-2014) ne reste lui aussi qu’une saison sur le banc barcelonais, qui revient finalement à Luis Enrique.

La MSN plutôt que la maîtrise

Avec l’ancien ailier… du Real Madrid et du Barça, les Catalans retrouvent les sommets trois saisons durant (une Ligue des champions en 2015, deux Liga et trois Coupes du Roi notamment), sacrifiant le tiki-taka au nom de la MSN: arrivé à l’été 2013, Neymar va former avec Lionel Messi et Luis Suarez (transféré de Liverpool un an plus tard) l’attaque la plus redoutée du monde jusqu’à son départ pour le Paris Saint-Germain. Si Busquets et Iniesta restent les garants du jeu de possession blaugrana, l’équipe façonnée par Luis Enrique repose alors en grande partie sur le talent de son trio infernal. «Xavi était la pièce maîtresse de l’équipe, son point d’équilibre, analyse Carles Ordiales, président du groupe de supporters FCB Seguiment. Après son départ [à l’été 2015], le club a misé sur l’attaque, délaissant la maîtrise du ballon.»

A eux trois, les Sud-Américains inscrivent près de 83% des buts de l’équipe et vampirisent alors toute l’attention des médias et des supporters. C’est un premier bouleversement pour le Barça qui avait retrouvé les préceptes de la dream team de Cruyff sous l’égide de Guardiola. Puisque les résultats et le spectacle suivent, personne ne s’offusque réellement de cette évolution. Mais cette saison, avec Ernesto Valverde – et sans Neymar ni le 4-3-3 cher à Cruyff, sacrifié au profit d’un 4-4-2 plus musclé – le Barça ne séduit plus grand monde, malgré un doublé Coupe-Championnat et une invincibilité record en Liga (34 rencontres sans défaite à ce jour).

Le passage en 4-4-2

«L'équipe a changé de physionomie et d’identité de jeu, note l’Argentin Angel Cappa, ancien adjoint de César Menotti au Barça (1983-1984). Valverde a renforcé le milieu de terrain avec un quatrième élément et sa formation a arrêté d’exercer un pressing à la perte du ballon. Le Barça a perdu la patience de construire et d’endormir son adversaire avant d’attaquer.» L’équipe, qui totalisait 700 à 800 passes par match et 70% de possession à l’époque de Guardiola, n’en réalise plus en moyenne que 650 et n’a plus le ballon «que» 60% du temps.

Si Pep Guardiola avait su faire confiance à La Masia en lançant dans le grand bain des éléments tels que Sergio Busquets, Pedro, Marc Bartra ou Sergi Roberto, ses successeurs ont de moins en moins puisé dans le réservoir du club. Tout d’abord pour une question générationnelle. «On a donné trop d’importance à La Masia, comme s’il s’agissait d’une usine de churros; or il est impossible de produire tous les ans des Iniesta, des Piqué ou des Xavi», relève Cappa, désormais consultant pour la télévision espagnole. Le 17 avril contre le Celta Vigo (2-2), il n’y avait aucun joueur formé à La Masia dans le onze de départ. Une première en championnat depuis seize ans.

Les dirigeants ont ensuite pris l’habitude d’acheter des «cracks» à des postes clés. Comment un jeune attaquant comme Deulofeu peut-il faire son trou lorsqu’il est mis en concurrence avec Luis Suarez ou Neymar? Arrivé du FC Séville en 2014, Ivan Rakitic a poussé Sergi Roberto à se recycler au poste d’arrière droit, tandis qu’on imagine mal un «joueur maison» ravir la place d’un Samuel Umtiti ou d’un Marc-André ter Stegen…

Les limites de la «Messi-dépendance»

Toujours compétitif en Espagne, le Barça ne domine plus son sujet en Europe: depuis la campagne victorieuse de 2015, le club a enchaîné trois éliminations en quarts de finale de la Ligue des champions et, sur les cinq dernières éditions de C1, Lionel Messi n’a inscrit que deux buts une fois passé les huitièmes: un doublé contre le Bayern Munich lors de la demi-finale aller 2015 (3-0). L’an dernier, c’est Neymar (un doublé, une passe décisive) qui avait mené la remontada contre le PSG (6-1), prenant la relève d’un maestro argentin éteint à l’aller (0-4) comme au retour (un but sur penalty).

Désormais, lorsque son numéro 10 est dans un jour sans, le Barça semble condamné à perdre. «En Liga, Messi se charge souvent de résoudre les matches tout seul, mais en Europe cela ne suffit pas. Ce n’est pas Dieu, il ne peut pas tout faire tout seul», le défend Angel Cappa. Andrés Iniesta, qui partira en fin de saison (laissant ainsi Busquets comme dernier ambassadeur du tiki-taka), et Luis Suarez ne sont plus aussi décisifs, tandis que Philippe Coutinho et Ousmane Dembélé sont encore un peu tendres pour assumer un tel rôle. Les départs des leaders Carles Puyol (en 2014) et Xavi (2015), puis le transfert de Neymar l’an dernier, n’ont pas été compensés. A Rome, alors qu’Ernesto Valverde n’a pas su trouver les mots – ni les changements tactiques – adéquats, des joueurs de leur trempe ont fait défaut pour relancer la machine blaugrana.

Le Lionel Messi en apesanteur dans le ciel de Rome avait 22 ans en 2009. Il en aura 31 en juin et n’a remporté qu’une seule Ligue des champions ces six dernières années. Dans le même temps, le Real Madrid en a décroché trois en quatre ans et pourrait bien s’en adjuger une autre prochainement.

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