«The show must go on.» En ces jours très contrastés, la célèbre répartie du film Cabaret s'impose à l'esprit. A la tragédie – le drame de Silvano Beltrametti – succède la joie de Ronaldo, qui fêtait dimanche son retour à la haute compétition. Avec, à la clé, un but «historique» réussi par le joueur de l'Inter Milan contre Brescia, le premier depuis le 21 novembre 1999. Tout le paradoxe de la condition humaine: une carrière se brise, une autre renaît. La preuve: «Une nouvelle vie commence pour moi», dira spontanément la star brésilienne.

Vrai, car peu de gens croyaient réellement à la résurrection du «fenomeno». Aux yeux de beaucoup, Ronaldo Luis Nazario de Lima, troisième fils d'un couple qui éclata sous les coups d'un père alcoolique quand il avait 14 ans – «L'eau minérale est ce que je bois de plus fort», aime-t-il à répéter – était perdu pour le football. Définitivement, depuis ses deux opérations au tendon rotulien du genou gauche. La première, précisément, à la suite de ce match de novembre 1999 face à Lecce. La seconde, plus terrible encore, après un retour avorté, le 12 avril 2000, en finale aller de la Coupe d'Italie devant la Lazio Rome: une apparition de six petites minutes, et Ronaldo tombe, se tord de douleur, sans qu'aucun adversaire ait fait mine de le toucher.

Dans le milieu des «tifosi», la polémique se déchaîne: la pression conjuguée du club et du sponsor Nike a-t-elle incité les médecins à délivrer un certificat prématuré d'«aptitude au service»? Gérard Saillant, le chirurgien français qui a soigné Ronaldo, s'en défend: «Ce n'est la faute de personne. Ni la mienne ni celle du joueur, qui a respecté en tous points le plan de rééducation. Je ne m'attendais vraiment pas à une telle rechute.» Plus caustique, Jean-Pierre de Mondenard, spécialiste en médecine sportive et grand pourfendeur du dopage, relève ceci: «Quand un athlète développe son corps de façon naturelle, par l'exercice, les tendons prennent de la force en même temps que les muscles. S'il y a un déséquilibre entre la force des uns et la résistance des autres, c'est que les muscles ont été gonflés aux anabolisants.» Sur sa lancée, Mondenard pousse encore le bouchon dans les colonnes du Figaro: «Le staff de l'Inter a délibérément occulté que, pour masquer son mal, Ronaldo a reçu des infiltrations à base d'anti-inflammatoires et de corticoïdes.»

Dès lors, le doute s'installe. Le Brésilien a-t-il été dopé «à l'insu de son plein gré»? Pour le club «nerazzurro», Ronaldo représente un investissement colossal en termes de transfert (42 millions de francs suisses en 1997), de salaire (1,5 million), d'assurances (la prime porte sur 72 millions) et de marchandisage (20 millions de revenus par an). Idem côté Nike, l'équipementier qui, en 1996, a signé un contrat de dix ans avec la Fédération brésilienne, à hauteur de 300 millions – plus 360 millions destinés à financer des écoles de football. En échange, Nike utilise la sélection nationale pour sa promotion, et cible son marketing sur quelques joueurs en vue. Dont, bien entendu, Ronaldo, auquel la firme américaine verse 2,5 millions par année au titre de royalties. Dans ce contexte de profit, personne n'avait intérêt à ce que le «produit Ronaldo» disparaisse du marché.

Réaction en chaîne, on en revient à parler de l'étrange «crise d'épilepsie» qui frappa la vedette carioca, la veille de la finale du Mondial 1998. Stress démesuré? Overdose de matches? Abus d'anesthésiques? Mystère. Toujours est-il que, sur le terrain, le «phénomène» ne sera que son ombre en ce dimanche 12 juillet. Là encore, on murmure que Nike a obligé les dirigeants brésiliens à l'aligner envers et contre tout.

L'intéressé lui-même hésite à se prononcer sur l'origine de ses ennuis à répétition: «Je pense qu'on n'en connaîtra jamais les raisons exactes. Personne ne pourra dire ce qui s'est passé.» Au fond, peu lui importe. Le voilà de retour, et cela seul compte. D'autant que la «Seleçao», bien mal en point mais néanmoins qualifiée en vue du Mondial 2002, lorgne à nouveau sur le prodige. «Maintenant, je suis prêt à répondre à une éventuelle sélection», a déjà affirmé l'attaquant. Ainsi la boucle sera-t-elle bouclée. «The show must go on.»