Football

Avec Ronaldo, la Serie A en effervescence

Le transfert du quintuple Ballon d’or à la Juventus a relancé l’intérêt médiatique pour le championnat d’Italie, mais le Portugais ne pourra pas faire de miracles à lui tout seul

Cinq semaines après l’officialisation du transfert, l’effervescence n’est toujours pas retombée. Elle a presque réinitialisé un football en souffrance et dont les maux sont encore loin d’être guéris. Le meilleur joueur du monde en activité a choisi d’aller en Italie, ce qui n’était plus arrivé depuis le transfert de Ronaldo – le Brésilien – à l’Inter en 1997.

Prise de risque calculée

Son homonyme portugais a opté pour la Juventus, la seule formation italienne qui pouvait se l’offrir et surtout qui avait les arguments pour le captiver. L’investissement est important, plus de 350 millions d’euros, salaire brut compris, mais son amortissement a déjà commencé. La prise de risque a été soigneusement calculée.

Premier indice, les réseaux sociaux, où les clubs transalpins sont à la traîne. Sur Instagram, actuellement le plus prisé, une croissance de 3,5 millions de followers est à mettre à l’actif du compte de la Juventus pour le seul mois de juillet. Elle figure désormais au quatrième rang mondial parmi les clubs de foot. Cristiano Ronaldo a drainé tous ses fidèles suiveurs, qui soutiennent le club dans lequel il évolue en faisant fi des règles non écrites régissant l’allégeance footballistique.

Tradition et modernité

Austère par définition, le quotidien de la Vieille Dame a été chamboulé. Des milliers de requêtes d’interviews ont inondé la boîte e-mail du service de presse et le premier match contre la Lazio, qui se jouera à domicile, fait l’objet d’innombrables demandes d’accréditation. Digne d’une demi-finale de Ligue des champions. Il s’agit de trouver le bon équilibre entre respect de la tradition et modernité, et le vernissage de Villar Perosa en a été la démonstration. Ce match amical de début de saison entre l’équipe A et celle des moins de 19 ans du club a été maintenu dans le fief des Agnelli, malgré une capacité limitée de seulement 5000 personnes…

Les suiveurs de la Juventus ne sont pas épargnés et découvrent un nouveau rythme de travail. Tuttosport, quotidien sportif basé à Turin et point de repère du peuple bianconero, met les petits plats dans les grands, comme le révèle Guido Vaciago, chef de la rubrique «Juve»: «On navigue encore à vue, on n’a pas de plan d’attaque précis, mais dès le début, on s’est rendu compte de la portée. On fait deux directs Facebook par jour depuis la rédaction et il y a 35% de vues supplémentaires. Les statistiques du site ont explosé. Concernant le format papier, on a instauré une page «TuttoRonaldo» qui recueille ce qui concerne l’extra-sportif, sa famille, ses sponsors et sa vie sociale. En plus de cela, il y a au moins une page sur le purement sportif, que ce soit l’entraînement, une statistique, un geste technique, et ça peut monter à trois ou quatre selon l’actualité.»

Les ventes du journal ont augmenté de 15% d’une année sur l’autre, avec un score de 110 000 exemplaires écoulés le lendemain de la signature. Le double d’une édition relatant une actualité classique. Et le risque d’overdose de «cristianite»? «Il existe, mais j’en ai parlé avec des collègues espagnols, et eux ont exploité le filon pendant ses neuf années au Real…» reprend Guido Vaciago.

Mauvais timing

Le club lui-même n’est pas en reste. Il a mis fin à la version classique de sa chaîne officielle comprise dans le bouquet de Sky Italia. Juventus TV est maintenant visible en streaming dans le monde entier pour 20 euros par mois. Ainsi, le fan indonésien ou américain de CR7 pourra avoir accès à du contenu exclusif pour une somme abordable. Une chaîne spéciale Cristiano Ronaldo a évidemment été créée… On sera bien loin des audiences déprimantes de l’ancienne version.

La Juve a encore un coup d’avance sur la concurrence nationale. Il faut d’ailleurs bien distinguer les deux concernant les retombées économiques. En effet, les droits TV pour le cycle 2018-2021 ont été vendus au mois de juin après de longues négociations mais juste avant l’arrivée du Portugais. Mauvais timing, même si personne ne pouvait prévoir ce transfert. De fait, les vingt clubs de l’élite italienne se partageront un peu moins d’un milliard d’euros de droits nationaux, soit le chiffre le plus bas des cinq grands championnats.

Les droits internationaux ont été vendus pour 350 millions d’euros à l’intermédiaire IMG, qui les revend ensuite aux divers pays et régions. En Finlande, c’est la plateforme Ruutu qui se les est adjugés, mais elle diffusera seulement l’intégralité des matches de la Juve et quelques chocs. Révélateur de l’écart que l’opération Ronaldo peut continuer de creuser entre le septuple champion d’Italie en titre et les autres.

CR7 n’est pas éternel

Les Piémontais ont aussi l’intention de faire bande à part concernant une partie du sponsoring, en l’occurrence les tapis publicitaires derrière les buts, réels à l’époque, intégrés en image de synthèse aujourd’hui et vendus collectivement jusqu’à maintenant. La Juve s’est opposée à la reconduction de la procédure. Difficile d’être une locomotive avec uniquement des wagons de seconde classe. La Roma et le Napoli n’ont presque plus de marge de progression pour accroître leurs revenus, tandis que les équipes milanaises sont toujours empêtrées dans les méandres du fair-play financier.

Un aspect fondamental du football moderne qui conditionne moins que prévu les intentions des joueurs. Là est aussi le magnétisme de Cristiano Ronaldo. Gonzalo Higuain, son prédécesseur à la pointe de l’attaque de la Juve, pouvait quitter la Botte, mais il a opté pour le Milan et fait une croix sur la Ligue des champions. Si le président du Real Madrid Florentino Perez a fait la sourde oreille, Luka Modric a demandé expressément au club de rejoindre l’Inter, tandis que le champion du monde Steven Nzonzi a fortement voulu son transfert à la Roma. Mais attention: CR7 n’est pas éternel, il a signé un contrat de quatre ans. C’est le laps de temps dont dispose la Serie A pour profiter de la lumière.


Un été record en Italie

L’été du football italien a commencé par une douche froide. Début juin, la Ligue italienne échouait à vendre les droits de retransmission de ses compétitions au montant espéré (1,1 milliard d’euros) et devait se contenter des 973 millions par an sur trois saisons proposés par Sky Sports et Perform. La sanction reste toute relative (le montant représente tout de même une augmentation de près de 10% par rapport au contrat précédent), mais elle frappe un pays dont la première division est régulièrement pointée du doigt pour son manque d’attractivité, parmi les plus grands championnats.

La suite de l’intersaison aura été plus réjouissante pour les amateurs de football transalpin: jamais les clubs de Serie A n’ont autant investi sur le marché des transferts que cette année. Selon les chiffres du site spécialisé Transfermarkt, plus d’un milliard d’euros a été engagé sur le mercato pour la toute première fois. L’an dernier, les équipes italiennes s’étaient renforcées pour 900 millions; en 2016 pour 760 millions; en 2015 pour 630 millions. Aujourd’hui, les clubs de Premier League anglaise restent les plus dépensiers (près de 1,5 milliard cet été) mais ceux de Serie A se montrent plus actifs que leurs concurrents espagnols (770 millions), allemands (430 millions) et français (405 millions).

Cote à la hausse

L’été record du mercato italien s’explique bien entendu par l’arrivée de Cristiano Ronaldo à la Juventus en provenance du Real Madrid. Mais de nombreux autres transferts importants ont été enregistrés (Radja Nainggolan de la Roma à l’Inter, Joao Cancelo de Valence à la Juventus, Fabian Ruiz Peña du Betis Séville à Naples par exemple), tandis que des joueurs intéressants (Javier Pastore, Steven Nzonzi, Gonzalo Higuain) ou prometteurs (Justin Kluivert) ont également rejoint le championnat.

Avec le retour d’un Inter Milan ambitieux, d’un Milan AC passé sous pavillon américain et affamé et d’un Naples frustré d’avoir manqué le titre l’an dernier, la Juventus n’aura pas le championnat gagné malgré son mercato réussi. Revoilà clairement la cote du Calcio à la hausse.

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