Le mois d'août distille diaboliquement les épisodes du feuilleton le plus vulgaire de l'été. La trame est connue de tous, désormais: trois milliardaires, qui veulent encore s'enrichir, se disputent comme des enfants gâtés et mal élevés, sous les yeux d'une opinion publique écœurée par les incessants coups de théâtre, et la succession frénétique de vraies et fausses nouvelles immanquablement suivies de démentis.

D'un côté, Ronaldo, icône publicitaire, miraculé de l'orthopédie, meilleur buteur du dernier Mondial nippo-coréen, qui ne rêve que d'une chose: briser le juteux contrat de 6 millions d'euros par an qui le lie, jusqu'en 2006, à l'Inter Milan pour rejoindre le Real Madrid, probable étape transitoire avant son retour définitif au Brésil où il soignera sa «saudade», sa nostalgie chronique du pays. Entouré par Alexandre Martins – manager sans scrupule – et Rodrigo Paiva, un porte-parole diplomate, qui répète à l'envi que «si Ronaldo reste, contraint et forcé, il sera un homme déprimé», l'attaquant vedette invente jour après jour tous les prétextes possibles pour irriter son club: Milan est trop grise et trop froide, il existe trop d'incompréhensions avec l'entraîneur argentin Hector Cuper, accusé de le traiter comme le joueur normal qu'il n'est pas, le calcio ne l'amuse plus, et cetera.

«Je rêve du Real Madrid»

Rentré en Italie samedi, il a quitté l'aéroport de Milan par une issue secondaire, échappant à la colère des tifosi qui exigent de plates excuses. Ronaldo, pour l'heure prisonnier de l'Inter Milan, envisagerait, en dernier recours, une plainte auprès de la FIFA pour «mobbing», mauvais traitement sur le lieu de travail, demandant la résiliation de son contrat. En attendant, il alterne les propos contradictoires: «Je rêve du Real Madrid», lançait-il de Rio de Janeiro, avant de déclarer sur son site Internet «qu'il est impatient de rejouer avec l'Inter». Quoi qu'il arrive désormais, Ronaldo aura perdu charisme, popularité et crédibilité.

Cette semaine, en attendant un éventuel dernier rebondissement entre le 28 et le 31 août, date de clôture du mercato espagnol, il s'entraînera à l'écart de ses coéquipiers, mis en quarantaine à cause de sa condition physique médiocre. Son président, Massimo Moratti, autrefois paternaliste à l'excès, a mal vécu la trahison du «fenomeno», et cherche à sauver la face en le vendant au meilleur prix possible pour éviter les rires sardoniques. «Je l'ai payé deux ans sans qu'il ne joue, je peux en faire autant ces trois prochaines années», a-t-il menacé.

Au large de Formentera, sur le pont en teck du yacht du président du club madrilène, Florentino Perez, troisième acteur de ce feuilleton infini, les négociations sont interrompues: le Real, qui mise sur la rupture entre le joueur et son ex-club, ne propose que 12 millions d'euros et deux joueurs au choix entre Morientes, Munitis et Flavio Conceição, alors que l'Inter exige 45 millions d'euros et le transfert de l'ailier Solari. Pour l'heure, officiellement, le Real Madrid a renoncé à Ronaldo. Le Brésilien, déjà humilié de constater que le Real ne l'estime pas digne d'un sacrifice financier, devra maintenant passer sous les fourches Caudines de l'Inter. Le club envisage un programme de réhabilitation pour réintégrer le joueur et laver son image souillée par la convoitise. En attendant le prochain épisode.