Nuages bas, pluie diluvienne, coups de tonnerre à répétition: le ciel de Sestrières n'a pas semblé apprécier mardi la nouvelle démonstration de Lance Armstrong. Sans faille et avec une facilité déconcertante, l'Américain a dominé tous ses adversaires pour franchir en solitaire la ligne d'arrivée de cette neuvième étape dans la station italienne. Après le prologue et, surtout, le contre-la-montre de Metz dimanche dernier, c'est la troisième fois qu'il laisse pantois le peloton et la caravane. Comme dans les épreuves individuelles, seul Alex Zülle peut se réjouir d'avoir limité les dégâts, ce qui lui permet de remonter au quatrième rang du classement général.

Lundi, la journée de repos avait surtout permis de se réjouir de l'entrée en matière des grimpeurs après plus d'une semaine de course taillée pour les rouleurs. Le tronçon entre Le Grand-Bornand et Sestrières (213,5 km) devait permettre de rééquilibrer les classements. Pour que le Tour de France 99 demeure indécis le plus longtemps possible. Espoir déçu. Les hommes de la montagne ont reçu mardi une leçon gratuite des rouleurs.

Dans cette épreuve de force, par une météo hostile, la majorité du peloton a craqué très tôt. Dès les premiers mètres du Télégraphe, Radio-Tour a commencé à égrener les noms de coureurs dont le seul but n'a plus été que d'atteindre l'arrivée dans les délais. Les bons, parmi lesquels Abraham Olano, Pavel Tonkov et Christophe Moreau, se sont accrochés jusqu'aux derniers lacets détrempés du col du Galibier. Au passage du toit du Tour (2645 mètres), neuf coureurs avaient pris leurs distances. Un groupe dont la composition pouvait laisser craindre le pire pour le maillot jaune qui venait de perdre ses deux derniers équipiers. On y trouvait Alex Zülle, accompagné de Manuel Beltran et José Luis Arrieta pour l'équipe Banesto, Yvan Gotti et Richard Virenque pour Polti, Fernando Escartin et Carlos Contreras pour Kelme et Laurent Dufaux (Saeco). Soit au moins quatre grosses pointures dont le dessein commun est de distancer l'Américain. Pour y parvenir, Alex Zülle fait donner sa garde, aidé de temps à autre par les Kelme et Yvan Gotti, qui rêve d'une arrivée victorieuse dans son pays. Les deux équipiers du Saint-Gallois impriment un train d'enfer dans le but de fatiguer le maillot jaune, mais aussi de prendre une revanche sur l'équipe Once et son leader, Abraham Olano. En souvenir de la deuxième étape de la Grande Boucle, durant laquelle ce dernier avait durci le rythme après que le leader des Banesto s'était fait surprendre par une chute.

Laurent Dufaux s'écroule

C'est peut-être cette querelle espagnole qui a sauvé Lance Armstrong. Du moins, c'est ce qu'il affirme. Bien campé dans la roue de ses compagnons d'échappée, l'Américain n'a pas à se défendre. Il se laisse tirer. Dans la descente du col de Montgenèvre, Fernando Escartin et Yvan Gotti jouent les équilibristes et prennent un peu d'avance. En compagnie du maillot jaune, Alex Zülle rebouche le trou.

Une aubaine pour celui qui affirme ne jamais se sentir aussi bien que dans le froid et sous la pluie. A 6 kilomètres de l'arrivée, Lance Armstrong se détache avec une facilité déconcertante. Personne ne parvient à réagir. Laurent Dufaux, lui aussi, s'écroule. «Les cinq derniers kilomètres m'ont paru interminables. Mais c'est la vie», laissera entendre faiblement le Vaudois à l'arrivée. Avec plus de 8 minutes de retard au classement général, il a probablement perdu une grande part de ses rêves.

Après huit jours de course, on s'était pris à espérer une épreuve à rebondissements, rythmée par les défaillances et les coups d'éclat. En s'imposant à Sestrières, Lance Armstrong semble montrer qu'il ne connaît que les seconds. En même temps, il a assommé le Tour de sa supériorité. Mardi soir, sous la pluie de Sestrières, il est probablement le seul, avec Richard Virenque peut-être, à se réjouir de la tournure des événements. Le Français, adulé sur le bord des routes malgré une réputation douteuse, a en effet reconquis ce qu'il estime être «son bien»: le maillot à pois du meilleur grimpeur. Voilà qui promet de belles scènes d'hystérie au bord des routes…