Ils se sautent dans les bras avec des larmes aux yeux et un sourire béat. La seconde manche des Championnats d’Europe se clôt sur deux barres désastreuses pour l’équipe des Pays-Bas et la victoire des Suisses, en embuscade. Au pied du château de Windsor, la foule bondit: les cavaliers helvétiques sont rois. Le titre a le goût de ces bonheurs qu’on pensait oubliés. Il est le quatrième de l’histoire du saut d’obstacles suisse, le premier depuis quatorze ans. «Les médailles, c’est bien mais un titre, c’est vraiment quelque chose d’exceptionnel pour un sportif. Ce que je ressens est indescriptible», s’émeut Steve Guerdat.

Une rude bataille

En tête après la chasse de jeudi, l’équipe de Suisse n’a pas eu la tâche facile à Windsor. Les difficultés du parcours monté au pied du château de la reine mère ont piégé l’élite du saut d’obstacles mondial. «C’était une bataille très difficile», a apprécié la numéro deux mondiale, Meredith Michaels-Beerbaum, troisième avec l’Allemagne. Relégués à la quatrième place après la première manche, les cavaliers helvétiques ont pu reprendre l’avantage grâce, notamment, à deux sans-faute de Daniel Etter et Steve Guerdat. Une performance extraordinaire au vu de la fraîcheur de l’équipe, la plus jeune du podium. Pour deux cavaliers, Daniel Etter et Clarissa Crotta (lire ci-dessous), il s’agissait d’une première sélection dans un grand championnat. «Si on pense que Pius Schwizer, le pilier de l’équipe, est celui qui a fait le moins bon résultat aujourd’hui, que Clarissa doit encore prendre de l’expérience et que c’était le premier grand championnat de Daniel, ça nous laisse espérer une médaille pour l’année prochaine», estime Steve. Et l’an prochain, ce sont les Jeux mondiaux au Kentucky.

La relative inexpérience de l’équipe est compensée par un pilier de chevaux d’une qualité exceptionnelle. West Side von Meerput­hoeve, le hongre de Clarissa Crotta, tient plus de l’avion que du cheval. La jument de Steve Guerdat, Jalisca Solier, a déjà remporté plusieurs étapes de la Coupe du monde et la monture de Daniel Etter, Peu à Peu, récolte pour la deuxième année consécutive une belle collection de podiums en Grand Prix. Pour compter sur ces montures hors norme, l’investissement fidèle de mécènes fortunés est indispensable. Un tel soutien a longtemps fait défaut à plusieurs nations, dont la France, qui a connu ces dernières années un long passage à vide. Vendredi à Windsor, la joie d’Yves Piaget, le propriétaire des montures de Steve Guerdat, rivalisait avec celle de son cavalier.

La bonne ambiance qui règne parmi les jeunes cavaliers suisses est également une partie de cette réussite.

«On s’entend bien et c’est important», commentait Clarissa Crotta. «Tout le monde pensait au bien de l’équipe et, malheureusement, ce n’est pas le cas de tous les cavaliers en Suisse», poursuivait la Tessinoise, visant un ancien pilier de l’équipe aujourd’hui privé de montures.

Un autre Suisse s’était hissé sur le podium de ces Championnats d’Eu­rope: Markus Fuchs, qui entraîne depuis quelques mois l’équipe d’Italie, médaillée d’argent. Le cavalier saint-gallois, qui a pris cet été sa retraite sportive, n’est ainsi pas resté longtemps éloigné des places d’honneur. «Il n’est pas du tout sympa le jour et très sympa le soir. Mais nous, Italiens, nous avons besoin de ça», s’amusait Natale Chiaudani.