On le sait. Larry Ellison est prêt à tout pour gagner la Coupe de l'America. Pour brandir fièrement l'aiguière d'argent et l'installer confortablement dans une salle qu'il lui a dédiée dans son palace flottant. Battu par Alinghi en finale de la Coupe Louis Vuitton en 2003, il est revenu à Valence avec un budget plus gros encore. Mais s'est vu renvoyé plus vite que prévu à la maison avec ses millions. A peine remis d'une déconvenue qui l'a vu échouer en demi-finale face à Luna Rossa, qui plus est par un humiliant 5 à 0, l'homme est plus décidé que jamais à laver cet affront. Et à gagner enfin ce bras de fer avec Ernesto Bertarelli.

Or ce dernier, pas en reste en matière d'appétit de victoires, a profité de son statut renouvellé de «Defender» pour mettre en place un règlement à son avantage. La Coupe de l'America a cela de particulier et de fascinant que celui qui l'emporte peut décider d'à peu près tout. «Ils ont la Coupe, ils instaurent les règles du jeu. Ceux à qui les règles ne conviennent pas, ne jouent pas», a insisté Grant Dalton, le patron de Team New Zealand, le jour où Alinghi a dévoilé le Protocole de la 33e édition. Ajoutant: «Ce qu'Alinghi a décidé ressemble en de nombreux points à ce que nous aurions mis en place si nous avions gagné.»

Tous ne l'ont pas pris aussi positivement. Larry Ellison estimant que le Protocole en l'état est inadmissible et qu'il rend impossible à un Challenger de gagner la Coupe de l'America a déposé, le 11 juillet dernier, une proposition de Challenge à Alinghi. Soit de les défier en juillet 2008 à bord de multicoques de 90 pieds. Comme les Suisses n'ont pas répondu à sa requête, l'Américain a décidé d'attaquer Alinghi en justice. Et, via le Golden Gate Yacht Club que représente son équipe, il a déposé plainte samedi dernier contre la Société nautique de Genève (SNG) auprès de la cour suprême de New York, désignée par le «Deed of gift» - document à l'origine de la création de la Coupe de l'America - comme la seule instance habilitée à juger un litige. Larry Ellison conteste la légalité du Club nautico español de Vela, représentant le Desafío Español, comme «Challenger of record» (ndlr: entité autorisée à rédiger le Protocole avec le Defender.) sous prétexte qu'il n'organise pas de régate annuelle comme le stipule le «Deed of gift». Si Ellison obtient gain de cause à la cour new-yorkaise, le Protocole deviendrait caduc. Et le milliardaire pourrait défier Alinghi tout seul en 1988. En effet, lorsque le consentement mutuel ne peut être obtenu, le Deed of Gift donne le cadre des conditions pour courir l'America's Cup.

Cette situation fait craindre à beaucoup un sale remake de ce qui s'était passé en 1988. N'ayant pas trouvé de terrain d'entente, avec le Defender américain, le Néo-Zélandais Michael Fay l'avait défier à bord d'un immense monocoque. Et avait échoué face à un multicoque américain plus véloce.

Larry Ellison a tenu une conférence de presse mardi à Valence. Pour annoncer l'engagement de Russell Coutts comme nouveau CEO et skipper de son équipe. Et pour affirmer sa volonté de «préserver ce que nous pensons être juste pour que cet événement reste aussi beau qu'il l'a été cette fois-ci». S'il a insisté sur le fait qu'il tente de négocier avec Alinghi pour obtenir un meilleur Protocole, l'Américain n'a cependant pas évoqué l'idée de retirer sa plainte: «Si nous gagnons le procès, que nous défions Alinghi en 2008 et que nous gagnons la Coupe, je m'engage à la remettre en jeu ici à Valence en 2009».

Si, comme le prétend Larry Ellison, certains Challengers - dont on ignore les noms -, soutiennent le défi californien dans sa démarche, il en est d'autres qui ont officialisé leur accord avec les règles proposées par Alinghi. C'est le cas notamment du défi sud-africain Team Shosholoza et du nouveau défi britannique Team Origin, tous les deux acceptés comme Challengers officiels par la SNG.