Tous les pays ne s’engagent pas avec la même véhémence dans la lutte antidopage. Or, à quatre ans des Jeux de Sotchi, la Russie n’émarge pas à la catégorie des «bons élèves». Ces jours à Vancouver, la communauté olympique s’est d’ailleurs émue du fait qu’une aussi grande nation produise aussi peu d’efforts dans la chasse aux tricheurs.

Selon un rapport confidentiel de l’Agence mondiale antidopage (AMA), que s’est procuré la chaîne de télévision allemande ZDF, la Russie aurait «massivement» empêché des contrôleurs d’exercer correctement leur activité sur son territoire. Le prélèvement d’échantillons, ainsi que leur transfert, auraient régulièrement été contrecarrés. Un membre de l’AMA aurait même été emprisonné.

Jacques Rogge a admis que l’état russe avait commis des «négligences» en la matière. Lundi à Vancouver, le président du Comité international olympique (CIO) n’a pas caché son inquiétude: «Je comprends que les gens soient préoccupés par le nombre de cas positifs enregistrés en Russie, c’est légitime. Moi aussi, je suis préoccupé. Maintenant, c’est aux autorités russes de répondre à ça.»

En un an, une dizaine de cas positifs ont été recensés chez les fondeurs et biathlètes. En décembre dernier, la triple championne olympique Julija Tchepalova, le champion olympique de poursuite Yevgeny Dementiev et la championne de Russie Nina Rysina ont été suspendus deux ans pour dopage à l’EPO. Alena Sidko a été sanctionnée fin janvier pour les mêmes raisons et la même durée. «Les Russes sont conscients qu’ils ont un problème», a expliqué mardi Arne Lungqvist, président de la commission médicale du CIO. «Ils sont informés, et je suis persuadé qu’ils vont prendre les mesures qui s’imposent en vue des Jeux de Sotchi. Il faut veiller à ce que l’agence nationale antidopage reçoive assez de moyens pour travailler de façon efficace et indépendante.»

Jacques Rogge a discuté personnellement de la question avec le président Dimitri Medvedev?. «Nous les avons avertis, nous attendons d’eux qu’ils prennent leurs responsabilités», a poursuivi le Belge. Réaction du ministre des sports russe, Vitaly Mutko, cité par l’agence RIA-Novosti: «Nos athlètes ont obtenu de bons résultats dans les épreuves préparatoires aux Jeux et cela a causé une certaine agitation parmi nos rivaux. Ces déclarations ne sont rien d’autre qu’une tentative de mettre une pression psychologique sur nos athlètes. La délégation russe à Vancouver est totalement propre.»

Fondée en 2007 seulement, l’agence nationale antidopage russe (Rusada) bénéficie certes de partenariats avec ses homologues finlandaise et norvégienne, expertes en la matière. La Fédération internationale de ski a indiqué, par la voix de son président Gian Franco Kasper, qu’elle coordonnait ses efforts avec ceux de la fédération de biathlon pour cibler les éventuels tricheurs. Mais cela ne fait pas tout: «Il faut veiller à ce que la Rusada reçoive le soutien nécessaire afin de travailler de façon indépendante», appuie Arne Ljungqvist.

«On constate des progrès au niveau pratique. Mais ce qui est décisif, c’est la volonté politique», remarque un initié, sourire en coin. De ce point de vue-là, les doutes subsistent. «La Rusada dit qu’elle n’a pas les moyens d’agir, et l’Etat explique qu’il n’en a pas le pouvoir», résume Florian Bauer, journaliste à la chaîne de télévision allemande ARD, de retour d’un reportage sur la question en Russie. «La Rusada a effectué de nombreux tests en 2009, mais on peut se demander s’ils sont de qualité.»

Directrice du laboratoire de Montréal, dont une cellule a été délocalisée à Richmond pour la durée des Jeux, Christiane Ayotte a évoqué la mise sur le marché d’EPO biosimilaires par l’industrie pharmaceutique russe. Un phénomène tout sauf nouveau: «En 1994 puis en 1996 aux JO d’Atlanta déjà, des sportifs ont usé puis abusé de produits initialement destinés à l’armée russe», explique la scientifique. «Or, si nous ne les connaissons pas à l’avance, nous avons du mal à détecter ces substances.» Puis elle précise: «Les Russes ne sont pas les seuls à user du dopage. On a aussi vu aux Etats-Unis qu’il y avait des pseudo-scientifiques pour créer des substances indétectables.»