Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Scène du match Belgique-Angleterre, le 28 juin à Kaliningrad. Les deux équipes, qui s’étaient affrontées dans un match sans enjeu remporté par la Belgique (1-0), peuvent toujours espérer se retrouver en finale le 15 juillet à Moscou.
© Matthias Hangst / Getty Images

Coupe du monde 2018

En Russie, l’Amérique du Sud décramponnée

Mardi et mercredi, les demi-finales du Mondial opposeront quatre équipes européennes. Et parmi elles, trois pays qui actuellement travaillent très bien avec les jeunes, ce que Brésil et Argentine ne savent plus faire

C’est une vérité immuable, presque la 18e loi du football, que l’équipe de Suisse (mais elle n’est pas la seule) constate à chaque fois à ses dépends: il y a deux compétitions dans une Coupe du monde. La phase finale ne ressemble jamais à la phase de poules. L’explication est toujours la même: le tournoi est très long (un mois) et oblige à planifier un pic de forme, pour début juin si l’on n’est pas sûr de sortir de son groupe, ou pour début juillet si l’on ambitionne le titre. Les bonnes équipes peuvent donc se permettre de ne pas l’être tout à fait dès les premiers matchs.

Le premier tour avait été celui de l’Amérique latine, aussi bien sur le terrain (emballant Mexique, séduisante Colombie, malchanceux Pérou) que dans les tribunes, où les supporters des pays précités mais aussi ceux du Panama et du Costa Rica participèrent pour beaucoup à l’ambiance festive qui régna sur la Russie. La Confédération sud-américaine avait également démontré sa solidité d’ensemble en plaçant quatre de ses cinq représentants en phase finale (Europe 10 sur 14, Asie-Océanie 1 sur 5, Afrique 0 sur 5, Amériques du Nord et centrale 1 sur 3).

Les faux débats de l’immigration

Deux tours (huitièmes et quarts de finale) plus tard, il ne reste plus que l’Europe. Le Vieux-Continent compte quatre équipes en demi-finales: la France et la Belgique (qui s’affronteront mardi à 20h), l’Angleterre et la Croatie (mercredi 20h). Le vainqueur de la 21e Coupe du monde sera donc européen pour la quatrième fois de suite (Italie 2006, Espagne 2010, Allemagne 2014) et la finale 100% européenne pour la troisième fois en quatre éditions. A l’échelle de l’histoire de la Coupe du monde (créée en 1930), c’est la confirmation d’une tendance récente. L’Amérique du Sud qui, longtemps, fit mieux que jeu égal avec l’Europe (neuf victoires contre huit en 2002, date du dernier sacre du Brésil) n’a donc placé qu’un seul finaliste depuis (Argentine en 2014).

Au Brésil et en Argentine, on explique actuellement la supériorité de l’Europe par l’apport de l’immigration, une situation que les deux géants de l’hémisphère Sud ne connaissent pas. Voilà qui devrait intéresser le secrétaire général de l’ASF, Alex Miescher, dont les théories plus que douteuses sur l’origine des joueurs de la Nati sont un crachat à la face du football suisse plus grave que celui d’Alex Frei dans la nuque de Steven Gerrard. S’en prendre aux double-nationaux est une manière de ne pas regarder la vérité en face. Les joueurs des meilleures équipes du Mondial ne sont pas des immigrés, ou des double-nationaux ou des Africains; ça n’a pas d’importance. La variable décisive, c’est que ce sont - pas toujours certes, mais souvent - des pauvres dans des pays riches. Des jeunes issus de milieux défavorisés mais talentueux et déterminés, et placés dans un contexte d’excellence.

L’échec de la théorie du ruissellement

La France, l’Angleterre et la Belgique comptent des joueurs issus de l’immigration mais seuls trois (sur les 69 sélectionnés) ne sont pas nés dans le pays pour lequel ils jouent. Tous ont été formés en Europe. France, Belgique et Angleterre sont actuellement les trois pays qui travaillent le mieux avec les jeunes, comme avant eux l’Espagne et l’Allemagne (qui en ont précédemment récolté les fruits), comme peut-être demain les Pays-Bas. La France a été championne d’Europe des M17 en 2015 et des M19 en 2016. La génération Pogba, Varane, Umtiti, Thauvin, Areola (tous présents en Russie) a été championne du monde en 2013. L’Angleterre a remporté en 2017 les titres mondiaux en M17 et M20, ainsi que le titre européen en M19. Les Belges sont moins axés sur les résultats mais sortent quantité de joueurs incroyables et leur modèle pour le football de base est désormais cité en exemple.

Lire aussi: En football, la révolution belge

Ces résultats chez les jeunes n’expliquent pas tout, mais ils démontrent une volonté politique de faire progresser un football dans son ensemble, qui n’existe plus guère en Amérique du Sud, où l’affairisme, l’intérêt immédiat ou privé priment sur la mise en place d’une formation longue et coûteuse. Au milieu des années 1980, le Brésil s’était pris de passion pour une approche scientifique du football. Il s’en était suivi trois finales consécutives de Coupe du monde (1994, 1998, 2002).

La FIFA, qui s’enorgueillit des millions distribués à ses 211 fédérations membres, ferait bien de s’intéresser enfin à la manière dont son argent est utilisé et de vérifier s'il sert réellement le développement du football. Faute de quoi, la dérive des continents ne cessera de s'accentuer. Tolérer la corruption au sommet (cf.: les condamnations lors du procès du FIFAgate) et s’en remettre à la théorie du ruissellement ne suffit plus. Former un footballeur moderne exige désormais un environnement, des infrastructures, des compétences. Gianni Infantino a donc tort lorsqu’il prétend que la Coupe du monde 2018 va développer le football en Russie et que les stades (magnifiques) sont un outil pour le futur. La bravoure de la Sbornaja et l’élan de sympathie qu’elle a suscité ne remplaceront pas les 14 milliards engloutis dans des enceintes surdimensionnées ou inutiles.

La star au service de l’équipe

Sportivement, les matchs de la phase finale ont été souvent très serrés. En 12 matchs, seules trois qualifications ont été acquises par plus d’un but d’écart et dans un cas sur trois, l’affaire s’est conclue aux tirs au but. Comme la prudence règne, le physique l’emporte sur la technique. Face à des blocs défensifs bas et compacts, ce sont souvent les balles arrêtées et le jeu aérien qui permettent de débloquer la situation. En quarts de finale, la France, la Belgique (autogoal) et l’Angleterre ont ouvert le score de cette manière. Une petite erreur défensive a des conséquences fâcheuses: faute de main du gardien uruguayen sur le 2-0 de la France, projection intempestive du latéral russe sur l’égalisation croate, corner bêtement concédé sur les premiers buts anglais et russe.

Seule la Belgique ose proposer un football résolument libéré. Pour les autres, l’équilibre est le maître mot. Les faits leur donnent raison puisque les équipes offensives ou à forte identité de jeu ont rapidement disparu. La possession du ballon n’est plus non plus un indicateur fiable. Défendre suffisait pour passer en quarts de finale. Au niveau supérieur, le talent fait la différence et les quatre demi-finalistes sont les équipes (avec le Brésil) qui comptent le plus de grands joueurs. Mais tous placent la star au service de l’équipe (Harry Kane, Luka Modric, Eden Hazard, Antoine Griezmann) plutôt que l’équipe au service de la star (Cristiano Ronaldo, Lionel Messi, Neymar).

Si aucune des trois nations historiques n’est au rendez-vous (Allemagne, Brésil, Italie), on reste en terrain de connaissance: les quatre demi-finalistes l’ont tous déjà été au moins une fois. La Croatie semble au bout du rouleau et la France «Restos du cœur» de Didier Deschamps («sans idéologie, discours ou baratin») paraît l’équipe la plus complète. Une finale France-Angleterre confirmerait que la Coupe du monde se réserve souvent à ses anciens vainqueurs. Mais elle a accueilli un nouveau pays les trois dernières années en 8: Brésil 1958, Argentine 1978, France 1998.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo sport

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Les athlètes suisses reviennent des European Championships de Glasgow/Berlin, qui réunissaient les épreuves de sept fédérations, avec dix-neuf médailles. Retour en images sur les cinq performances les plus marquantes

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Switzerland's Lea Sprunger reacts after winning the women's 400m Hurdles final race during the European Athletics Championships at the Olympic stadium in Berlin on August 10, 2018. / AFP PHOTO / John MACDOUGALL
© JOHN MACDOUGALL