La maison de Sotchi 2014 se fait toute jolie au cœur de Vancouver. Entre ses murs et tout autour, une délégation de quelque 150 personnes s’affaire à vanter les charmes de la station balnéaire qui accueillera les prochains Jeux d’hiver. L’opération séduction se veut à large spectre, des représentations folkloriques de la journée aux soirées dansantes entre VIP de la famille olympique élargie. Les JO de Sotchi 2014, dont les coûts totaux sont aujourd’hui estimés à 34 milliard de francs, doivent aussi songer à se vendre. Mais il y a un hic.

Un hic sur les pistes

Le hic, c’est sur les pistes et les glaces canadiennes qu’il se répète depuis le début des compétitions; là où devrait opérer le charme, la meilleure de toutes les publicités. Or, sur le «terrain», le premier bilan est très douloureux. A mi-parcours, la grande Russie se tapit au 12e rang du classement des médailles, avec 6 petites pièces en poche – 2 d’or, 2 d’argent et 2 de bronze. Il paraît d’ores et déjà évident qu’au final, on sera loin de la moisson 2006 à Turin (8 or, 6 argent, 8 bronze). Du coup, le public gronde et les dirigeants s’inquiètent. Parce qu’à quatre ans de l’échéance Sotchi, le tableau est noir.

«Tout ce qui se situe en dessous de la quatrième place [le rang final obtenu à Turin] est évidemment un fiasco, en particulier pour les responsables du sport de notre pays», a menacé Boris Gryzlov, président de la chambre basse de la Douma, cité par Le Monde. Un coup de semonce qui résonne en écho d’un mécontentement plus général des milieux politiques. Ironie du destin, c’est justement dans les hautes sphères que le déclin du sport russe s’est amorcé.

Puissance olympique dominante dans les années 1970 et 1980, l’URSS allouait un soutien financier massif à la préparation de ses athlètes. Après la chute du régime soviétique, le nouveau gouvernement russe avait des chantiers prioritaires sur la chasse aux médailles olympiques. Les Olympiades défilent et, été comme hiver, le quota de breloques a tendance à mincir. Et à Vancouver, pour l’instant, c’est carrément le bortsch à la grimace.

Dernière désillusion en date, la chute du tsar Evgeni Plushenko, déboulonné par l’Américain Evan Lysacek, a fait plus de bruit que le joli doublé des fondeurs Nikita Krioukov et Alexander Panzhiskiy en poursuite individuelle. Parce que la Russie tenait le bastion du patinage artistique masculin depuis Albertville 1992. Pire: chez les couples, elle a perdu, au profit des Chinois Shen Xue et Zhao Hongbo, une couronne olympique dont elle était coiffée depuis 1964.

La Russie a certes fait parler d’elle avant les Jeux. Mais c’était à propos de son présupposé manque de fermeté dans la lutte antidopage. En ce sens au moins, la faillite des biathlètes revêt quelque chose de rassurant… C’est quand même à la délégation rouge qu’est revenu l’honneur très relatif du premier cas positif de ces Jeux, avec la hockeyeuse Svetlana Terenteva.

L’espoir du hockey

C’est d’ailleurs rayon puck que l’espoir de la nation pourrait renaître, sous la houlette de Slava Bykov. L’ancienne star devenue sélectionneur a permis à la Russie de retrouver les sommets après de longues années de disette – pas un titre international entre 1994 et 2007. «C’est vrai qu’il y a eu un grand trou, mais nous avions connu un tel bouleversement économique et politique…», nous expliquait-il au printemps 2009, au lendemain d’un deuxième sacre mondial consécutif. «C’est très délicat de faire une analyse profonde de ça. Je ne veux pas critiquer, les dirigeants ont fait ce qu’ils pouvaient. On n’a pas vu qu’on était dépassés, on n’a pas su s’adapter, ce n’est pas évident à dire… On peut discuter de cette époque, mais je préfère vivre le moment présent et regarder vers l’avenir.»

Slava Bykov a redonné fierté et crédit au hockey sur glace russe en misant beaucoup sur la fibre patriotique et l’altruisme de ses troupes. En fait, il a montré la voie à suivre à l’ensemble des sélections. Il reste une semaine à Vancouver pour tenter de prendre le pli. Puis il y aura quatre ans de préparation en vue des Jeux de Sotchi, où il ne faudra surtout pas se rater.