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Vue aérienne de Moscou, janvier 2018.
© Dmitry Serebryakov/AFP Photo

Football

En Russie, une Coupe du monde pour l’image

La Russie de Vladimir Poutine a tout mis en œuvre pour que la première Coupe du monde de football qu’elle accueille renvoie l’image d’un pays qui compte. Mais son équipe nationale risque de ne pas être à la hauteur de l’événement

La 21e Coupe du monde de l’histoire s’ouvre ce jeudi en Russie. On entend souvent que dans le football, tout peut arriver, mais les statistiques disent autre chose: 

Alors que la compétition débute à peine en Russie, les regards se tournent déjà vers l'avenir:

Les Russes sont tiraillés. D’un côté, il y a la fierté d’accueillir le monde entier pour la plus grande fête du sport. De l’autre, l’humiliation redoutée d’une équipe nationale à son plus bas niveau historique, au 70e rang mondial du classement FIFA.

Pragmatique, Vladimir Poutine garde ses distances avec l’équipe de football russe (il préfère ostensiblement le hockey sur glace, ndlr) mais s’efforce d’utiliser le tremplin médiatique pour donner une image positive de son pays. Dans une vidéo publiée le week-end dernier, il souhaite (en russe) la bienvenue aux fans de foot du monde entier et fait part de sa «grande joie et de l’honneur» d’accueillir la Coupe du monde. Mais derrière ce discours consensuel, la télévision d’Etat diffuse un message politiquement chargé, où l’organisation de la Coupe du monde est présentée aux Russes comme une revanche sur un Occident hostile cherchant à isoler leur pays.

«Les étrangers vont découvrir que chez nous les ours ne se promènent pas dans les rues», explique doctement au Temps Tamara Ivanova, une caissière moscovite. La croyance selon laquelle les étrangers se font une représentation grotesque de la Russie est abondamment exploitée par les médias de masse russes. «La Coupe du monde va redresser l’image de la Russie, qui a été salie par des accusations fabriquées de dopage», poursuit cette dame, qui croit dur comme fer à ce que raconte la télévision.

Sacrifices et bénéfices

L’objectif de Vladimir Poutine consiste aussi, à travers la Coupe du monde, à convaincre ses sujets que la Russie occupe de nouveau une place centrale sur l’échiquier mondial, malgré les sanctions internationales et les nombreuses accusations dont le pays fait l’objet: cyberattaques, soutien au dictateur syrien, répression des opposants russes…

Les étrangers vont découvrir que, chez nous, les ours ne se promènent pas dans les rues

Une moscovite

Les grands moyens ont été employés pour lustrer la réputation du Kremlin. Derrière «la joie et l’honneur» du président, il y a des sacrifices et des bénéfices. Les premiers sont faits par les contribuables russes; les seconds, empochés par les proches du président. Lorsqu’il était encore vice-premier ministre, Arcady Dvorkovitch avait estimé à 14 milliards de dollars les dépenses réalisées pour la préparation de la Coupe du monde. Plus du triple de ce que le Brésil a dépensé pour l’événement en 2014.

Selon le magazine Forbes, le gros de cette somme a été capté par un groupe de 15 milliardaires russes proches du président Vladimir Poutine. Le magazine a calculé que six d’entre eux ont récupéré pour 7 milliards de dollars des contrats publics liés à l’événement (construction de stades, infrastructures de transport et de télécommunications, hôtels). En aval, des grandes sociétés publiques russes ont dépensé 3,3 millions de dollars en billets pour les matchs, révèle le quotidien RBC. Histoire de remplir des tribunes vides au cas où?

Discrétion à la russe

Les sommes pharaoniques doivent contribuer à créer une atmosphère conviviale pour briser les stéréotypes. «Plus la campagne anti-russe sera forte avant la Coupe du monde, plus les gens seront épatés en découvrant l’absence de fils de barbelés autour des stades», prédisait le mois dernier la porte-parole du Ministère des affaires étrangères Maria Zakharova.

Ni miradors ni barbelés. Celui qui s’attendait à pénétrer dans un goulag sera déçu par le décor, mais pourra se consoler en observant la présence massive des forces de l’ordre. A Moscou, entre le stade Loujniki et la fan zone officielle, des rangées de policiers encadraient le public sur plusieurs kilomètres. «Et encore, vous n’en verrez que la moitié», lance, taquin, Artiom Titchenko, supporter du Dynamo, un club local. «L’autre moitié est en civil», croit-il savoir.

Tout va bien se passer côté organisation. Mais côté sportif, c’est la honte, notre équipe nationale est nulle!

Un supporter russe

Bien que la FIFA se soit engagée à ce que la présence des forces de l’ordre se fasse «discrète», ce n’est pas dans les habitudes russes. «Quand on rentre ou on sort d’un stade, on passe toujours entre des rangées d’OMON [policiers antiémeute] casqués. Même pour les festivals de rock, ils font venir des cars d’OMON, qui se déploient entre la scène et le public. C’est toujours comme ça ici. Ils ont peur du peuple», rigole Artiom Titchenko.

Le hooliganisme surveillé

Dans toutes les villes russes accueillant la Coupe du monde visitées par Le Temps, la présence des policiers est très supérieure à la normale et beaucoup de locaux se plaignent de contrôles incessants. Les policiers font du porte-à-porte dans chaque immeuble pour vérifier la présence de personnes «non enregistrées» (une formalité obligatoire). Tous les non-résidents, qu’ils soient russes ou étrangers, sont priés de déguerpir. Un syndicat de policiers a tiré la sonnette d’alarme sur le fait qu’entre 10 et 25% des policiers de tout le pays (ils sont 900 000 au total) sont déployés sur les 11 villes qui accueillent des matches, ce qui laisse le reste du pays «à la merci des criminels». Lorsque Le Temps a cherché à savoir combien d’agents des forces de l’ordre étaient mobilisés pour assurer la sécurité de la Coupe du monde, le Ministère de l’intérieur et les autorités locales ont à chaque fois répondu que l’information était classée secrète.


Lire nos reportages dans la ville qui accueille l'équipe de Suisse: 


 Il s’agit aussi de faire oublier le hooliganisme russe. Les affrontements violents à Marseille, en marge de l’Euro 2016, restent frais dans les mémoires. Même si Vladimir Poutine s’est rengorgé que «200 Russes» puissent «mettre en déroute plusieurs milliers d’Anglais», la police et les services secrets ont employé les grands moyens pour neutraliser les hordes bagarreuses. Tous les leaders d’organisations d’ultras ont subi des interrogatoires et les plus rebelles ont été coffrés préventivement sous divers prétextes.

Reste la crainte de ne pas faire le poids sur le terrain. «Tout va bien se passer côté organisation. Mais côté sportif, c’est la honte, rouspète Andreï Gorbenko, un supporter du Spartak Moscou. Notre équipe nationale est nulle!» Les sondages montrent que moins de la moitié des Russes croient à une qualification de leur équipe pour la seconde phase du tournoi. Et ce n’est qu’à ce prix que cette Coupe du monde se transformera en véritable triomphe pour Vladimir Poutine.


Les premiers matches (heure suisse)

Jeudi 14 juin

  • 17h: Russie-Arabie saoudite

Vendredi 15 juin

  • 14h: Egypte-Uruguay
  • 17h: Maroc-Iran
  • 20h: Portugal-Espagne

Samedi 16 juin

  • 12h: France-Australie
  • 15h: Argentine-Islande
  • 18h: Pérou-Danemark
  • 21h: Croatie-Nigeria

Dimanche 17 juin

  • 14h: Costa Rica-Serbie
  • 17h: Allemagne-Mexique
  • 20h: Brésil-Suisse
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© JOHN MACDOUGALL