Pointue, directe, dotée d'un charme discret rehaussé par son tailleur rose pâle très fashion. Ruth Metzler-Arnold, 41 ans en mai, n'a pas changé depuis son passage très médiatisé au Conseil fédéral. On reconnaît ses qualités pugnaces, adoucies par un sourire qu'elle sait enjôleur.

La Fondation de l'aide sportive suisse (FASS), qui soutient aujourd'hui les plus talentueux jeunes athlètes de ce pays – auparavant, elle étendait son champ d'action jusqu'aux sportifs d'élite amateurs –, ne s'y est pas trompée: en portant l'ex-ministre à sa présidence, depuis le 1er janvier dernier, elle a élu une cheffe charismatique, susceptible de l'épauler efficacement dans la recherche de fonds, et d'assurer par la même occasion une communication digne de ce nom.

Entourée des principaux dirigeants de la FASS, Ruth Metzler était de passage à Lausanne pour, justement, communiquer avec les médias romands. Elle a accordé un entretien au Temps.

Le Temps: Vous êtes une sportive accomplie: athlétisme, ski, plongée. Possédez-vous un vrai palmarès?

Ruth Metzler: C'est un bien grand mot! Je suis surtout fière d'avoir couru le marathon de New York en novembre 2004 (ndlr: en 3h55'). A part ça, lorsque je pratiquais le sprint dans le cadre scolaire, j'ai appris à gagner… et à perdre. Cela m'a beaucoup aidée dans ma carrière.

– Pourquoi avoir choisi ces disciplines en particulier?

– Le ski est venu tout seul, durant les vacances d'hiver familiales. Quant à l'athlétisme, ce ne fut pas mon premier choix. J'ai d'abord joué au foot avec mes voisins garçons. Or, il se trouve que la ville lucernoise de Willisau, où j'ai grandi, possédait une bonne équipe féminine. Je voulais m'y inscrire, mais mes parents me l'ont interdit. A l'époque, le foot n'était pas considéré comme un sport de filles. J'ai donc opté pour la course à pied, notamment le sprint. A 11 ans, j'étais l'écolière la plus rapide sur 600 m, devant les garçons de mon âge!

– Outre le fait de côtoyer la victoire et la défaite, que vous a apporté le sport?

– Grâce à lui, j'ai acquis la mentalité de la performance. J'ai également découvert ce que veut dire s'exposer quand on gagne. Enfin, dès lors que je m'entraînais plusieurs fois par semaine tout en étudiant au gymnase, j'ai commencé à devoir gérer mon temps de travail. Cette obligation m'a donné de la confiance en moi: je devais me sentir prête pour un examen, en fonction de mon planning, sans laisser de place au doute.

– Comment considérez-vous le rôle socio-éducatif du sport?

– Comme très important. Il est essentiel que les jeunes puissent s'identifier à des champions, afin de mener une activité de loisir saine et de renforcer leur sentiment d'appartenance à une société, à une nation. En ce sens, nous avons besoins de modèles, de sportifs de pointe qui réussissent et montrent l'exemple.

– Une star genre Bode Miller, surdoué du ski qui aime faire la fête, n'entre pas dans votre définition…

– Je l'apprécie sur les pistes, beaucoup moins s'agissant de ses excès alcoolisés! Une icône telle que lui a une responsabilité envers l'image qu'il renvoie à la jeunesse.

– Au niveau politique, les critiques fusent à l'encontre de l'Etat, qui ne s'engagerait pas assez dans le soutien au sport. Qu'en pensez-vous?

– J'ai une conviction libérale concernant la fonction de l'Etat. J'estime qu'il n'a pas à prendre en charge le sport d'élite. Que celui-ci ne soit pas étatisé me paraît une situation appropriée pour la Suisse.

– Néanmoins, les résultats enregistrés sont, le plus souvent, insatisfaisants.

– Oui, mais personne ne garantit que l'interventionnisme de l'Etat déboucherait sur de meilleures performances. Je crois qu'il faut continuer de travailler à l'intérieur de nos structures fédéralistes, même si elles s'avèrent complexes. Cela dit, on peut améliorer certaines choses.

– Lesquelles?

– Par exemple, la cohésion entre les différents partenaires, notamment les 82 fédérations sportives du pays. Mais il ne m'appartient pas de leur dire ce qu'elles doivent entreprendre. Ce sont elles qui détiennent le savoir-faire.

– Dans un registre similaire, le système du sport-études, décrit comme trop cher et inefficient, est sur la sellette depuis le fiasco des Mondiaux de ski. Votre avis?

– Il y a des cantons où cette structure existe, tandis que d'autres ne la connaissent pas. Les cantons qui envoient leurs élèves dans des classes sport-études hors de leur territoire devraient payer en conséquence. Je suis convaincue qu'on pourrait trouver une solution assez facilement. Encore faut-il la volonté politique.

– Parlons de la Fondation de l'aide sportive suisse. Pourquoi en avez-vous accepté la présidence?

– J'avais envie de me rendre utile à la société via une activité bénévole. En l'occurrence, c'est une manière, pour moi, de contribuer à apporter quelque chose aux jeunes talents nationaux. Car mon cœur bat pour le sport!

– De quelle façon concevez-vous ce nouveau mandat? En chercheuse d'argent ou en communicatrice?

– Les deux. Je ne donne pas mon nom uniquement en gage de représentation. Mon passé de conseillère fédérale va aider la FASS à récolter des fonds en faveur des jeunes sportifs, et j'en suis très contente.

– La mission désormais très ciblée de la Fondation – soutenir seulement les talents susceptibles d'accéder à l'élite – vous paraît-elle opportune?

– Sans aucun doute. Savoir exactement pour qui on travaille est plus efficace que de viser des objectifs multiples. Durant les années passées, la FASS a distribué ses ressources largement.

– Trois millions de francs en 2005, destinés à plus de 2500 athlètes, est-ce suffisant?

– Non! C'est précisément pour cela que nous avons mis sur pied une stratégie en vue d'atteindre les quatre millions d'ici à 2008: augmenter les membres de l'Aide sportive, les donateurs, l'apport de l'économie privée.

– Ne trouvez-vous pas que cette redistribution s'apparente à du saupoudrage: un petit peu à tout le monde et pas assez pour les vrais «espoirs»?

– Le concept de l'Aide sportive ne consiste pas à soutenir deux ou trois talents avec beaucoup d'argent, mais aussi les fédérations qui travaillent bien en matière de relève, les entraîneurs spécialisés, etc. Là-dessus s'ajoute tout de même l'allocation de bourses individuelles pour les plus méritants.

– Devrait-on développer ce dernier volet, par souci d'efficacité?

– Prenez un sport comme le judo. Qui peut savoir, en voyant des très jeunes à l'œuvre, lequel deviendra le champion de demain? Voilà pourquoi nous appuyons aussi des projets cadres dès leur genèse. Bien sûr, tout cela pourra être adapté ces prochaines années, au vu des expériences menées.

– Quelle est votre vision d'avenir du sport helvétique?

– Celle-ci: nous aurons à nouveau des vainqueurs dans plusieurs disciplines. La population en sera fière, l'économie privée également. Elle comprendra qu'il n'y a pas que le sponsoring – c'est-à-dire du business pur – mais aussi les donations désintéressées pour faire tourner la machine.