HOCKEY SUR GLACE

Le sacre des Lions de Zurich à Lugano clôt une finale gangrenée par la violence

En s'imposant 1-2 (1-0, 0-0, 0-1) en prolongation, samedi soir à la Resega contre le HC Lugano, les Zurichois ont conservé leur titre de champion de Suisse. Dans une patinoire interdite d'accès aux supporters d'outre-Gothard, la fête a été perturbée par des hooligans tessinois.

Des briquets, des gobelets vides, des seaux en plastique et même des parapluies. Une pluie d'objets hétéroclites qui s'abat sur des joueurs zurichois hilares et sur les officiels de la Ligue nationale (LN) préposés aux festivités. Puis des pétards et des feux de Bengale, des pelles à neige et quelques restes de bière. Et quand les plus déçus des fans du HC Lugano ont épuisé leurs munitions improvisées, ils ont envahi la glace de leur dégaine haineuse de casseurs masqués, le ceinturon facile et le geste univoque à l'adresse du public ahuri. Ainsi s'est terminée la saison 2000-2001 de hockey sur glace, samedi soir à la patinoire de la Resega. Ainsi s'est déroulée la remise de la coupe à des Zurichois obligés de battre en retraite, victimes d'un pronunciamiento obscène mené par une trentaine de hooligans œuvrant en toute impunité.

Les Zurichois, tout à leur bonheur, ont donc improvisé les premières festivités dans leur vestiaire. Quand bien même ils auraient été en sécurité sur la glace, ils se seraient de toute façon heurtés à une Resega dramatiquement «bianconera». Car pour cet ultime match, les dirigeants du club luganais avaient de nouveau interdit l'entrée aux supporters d'outre-Gothard. «Pour prévenir d'éventuels désordres», s'étaient-ils justifiés, eux qui ne s'étaient pas privés de donner des leçons de maintien de l'ordre à leurs homologues zurichois après les incidents d'après-match survenus à Zurich (lire nos éditions du 28 mars).

La force et le verbe

Envolés les appels à la victoire de la «fête du sport» par des dirigeants locaux totalement pris de cours par la tournure grotesque des événements. Comme un symbole, cette finale de play-off, septième et ultime rencontre remportée en prolongation 1-2 (1-0, 0-0, 0-1) par les Lions de Zurich, clôt une série marquée depuis le début par la violence entre les deux «ennemis» du hockey suisse. Violence autant physique que verbale. En témoigne la ferveur avec laquelle une partie du public de la Resega – et du Hallenstadion de Zurich! – convie l'adversaire à aller se faire enc… Peut-être l'invitation est-elle moins âpre à l'oreille quand elle est formulée en italien, et depuis l'anonymat rassurant d'une foule aboyante. Pour l'anecdote, il faut se rappeler que depuis deux saisons, les joueurs qui s'oublient à un geste obscène en direction du public sont passibles d'une sanction de la part des arbitres…

Violence également sur la glace. Quatre joueurs (Rick Tschumi, Philippe Bozon et Misko Antisin côté luganais et Dan Hodgson côté zurichois) étaient sous le coup d'une suspension samedi, après tous ceux qui ont eu affaire au juge unique de la ligue durant ces play-off. Quant à Gaétan Voisard, il a regagné le vestiaire avant les autres, coupable d'un coup de crosse à hauteur des dents de Rolf Schrepfer. Déjà expulsé lors du match précédent, le rugueux défenseur luganais a peut-être fait perdre le titre à son équipe, puisque sur la supériorité numérique qui a suivi Michel Zeiter a égalisé (49e), alors que les Luganais tenaient leur maigre avantage, acquis grâce à Christian Dubé (7e).

Les dirigeants tessinois n'oublieront ni cette victoire à portée de main, ni le but assassin de Morgan Samuelsson – déjà impliqué sur l'égalisation – qui a ruiné leur rêve Mais, président Gaggini en tête, on a préféré faire contre mauvaise fortune bon cœur et saluer une équipe zurichoise mieux organisée collectivement. Franz Zolch, président de la LN, préposé à la remise de la coupe et pris sous les projectiles, s'est déclaré déterminé à éviter que de tels événements ne se répètent. Au besoin en faisant jouer la prochaine finale sur terrain neutre. Côté zurichois, on a préféré adopter un profil bas avant de quitter le bourbier de la Resega sous imposante escorte policière.

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