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Cyclisme

«Il s’agit d’apporter une épaisseur patrimoniale au Tour de France»

L’ancien directeur du «Monde», Eric Fottorino, succède à Jean-Paul Ollivier comme commentateur sportif. Dans son nouveau rôle, il jette des ponts entre le monde du cyclisme et le milieu littéraire et culturel

«Il s’agit d’apporter une épaisseur patrimoniale au Tour de France»

Cyclisme L’ancien directeur du «Monde», Eric Fottorino, jette des ponts entre le sport et la culture dans son nouveau rôle de commentateur

Le journaliste et écrivain Eric Fottorino a succédé à Jean-Paul Ollivier comme commentateur de télévision lors du Tour de France. Difficile de remplacer celui qui pendant des décennies a raconté l’épopée de la Grande Boucle avec moult anecdotes et qui a présenté les paysages traversés avec emphase et érudition.

Passionné de vélo, lui-même ancien bon coureur, l’ex-directeur du Monde, à la tête aujourd’hui de l’hebdomadaire Le 1, veut apporter une marque plus historique et littéraire.

Le Temps: Actualité oblige, il faut parler de soupçons de dopage. Les commentaires suspicieux ont été nombreux lundi après le coup de force du maillot jaune Chris Froome lors de la montée vers La Pierre-Saint-Martin. Vous partagez ces interrogations?

Eric Fottorino: Il y a eu en effet quelque chose d’un peu surréaliste, comme une euphorie du pédalage. Ce n’était plus du cyclisme mais un spectacle, une mise en scène. Cela nous plonge dans le doute et renvoie aux années Armstrong. Le coup de pédale de Froome m’a rappelé le style parfois moulin à café de l’Américain à qui on a retiré, faut-il le rappeler, sept titres. Reste à prouver les faits, pour l’heure il n’y a que des soupçons. Mais pour le cyclisme, qui a fait un réel effort dans la lutte contre le dopage, – tous les sports n’ont pas fait autant de ménage –, le doute plane à nouveau. C’est une très mauvaise contre-publicité. Voir par contre sur ces mêmes routes Nibali et Contador légitimement souffrir a eu quelque chose de presque rassurant.

– Revenons-en à votre nouvelle fonction. Lorsque vous prenez la parole, vous présentez des monuments, des châteaux, des églises filmés par l’hélicoptère de France Télévision. Vous parlez alors de stèles discoïdales, de clochers trinitaires, de monogrammes religieux. Les téléspectateurs vous suivent?

– Il s’agit d’aller chercher un savoir et de le transmettre, d’apporter une épaisseur un peu patrimoniale et historique. Le Tour est dépeint à tort comme un spectacle pour un public peu exigeant, peu cultivé. Je veux donner un parfum, susciter l’envie aux gens, par exemple, d’ouvrir un livre. Je possède une culture de la transmission. Mais cela doit se faire naturellement. Certes, je me documente, mais mes lectures sont un peu flottantes, je laisse une place à la spontanéité pour sembler parfois découvrir les paysages ou un site au même moment que les téléspectateurs.

– Comment se démarquer de Jean-Paul Ollivier, connu sous le surnom de «Paulo la science»? Comment faites-vous votre place?

– Je ne suis pas une encyclopédie vivante comme lui. Il connaît beaucoup mieux le cyclisme. Mais je peux jeter des ponts entre le monde du cyclisme et le milieu littéraire et intellectuel. J’invite en direct à l’antenne des écrivains, j’ai recours à eux, comme Erik Orsenna en Bretagne, Régis Debray mardi dernier ou Jean-Christophe Rufin la semaine prochaine. Ils nous racontent un lieu, une région, une ville qui leur sont chers. Je n’omets pas les questions économiques, parler de la France agricole, de la France des montagnes. Des terres marquées par la Première Guerre mondiale comme celles visitées le 8 juillet entre Arras et Amiens suscitent évidemment des commentaires à ce sujet. Je n’oublie pas que je suis avant tout un journaliste. Je suis sur le Tour mais j’ai tout de même bouclé le dernier numéro de Le 1, consacré à Emmanuel Macron, le ministre de l’économie.

– Vous admirez Antoine Blondin et Louis Nucera, ces grands écrivains et pratiquants du vélo. Avec vous, on va revenir à la tradition de ces chroniqueurs passionnés. Vous-même avez été bon coureur régional et avez écrit sur la petite reine. Et comme vos illustres aînés, vous jouez avec les mots. Vous avez présenté la caravane publicitaire comme «un signe avant-coureur»…

– Jeune, je pédalais du côté de La Rochelle et mes héros étaient plus des cyclistes comme Ocana et Thévenet que des acteurs ou des chanteurs. J’aime à dire que lorsque Laurent Fignon, qui avait mon âge, a gagné le Tour en 1983 j’ai eu l’impression d’avoir raté ma vie. Mais en 2001, alors que j’occupais des fonctions importantes au Monde , j’ai participé au Grand Prix du Midi Libre. J’ai précédé le peloton dans cette course à étapes avec des jeunes cyclistes. J’ai publié à ce sujet un livre, Je pars demain , qui relate ma préparation pour cette épreuve. En 2013, pour le centenaire du Tour, j’ai monté l’équipe Tour de Fête. On a fait toute la Grande Boucle un jour avant le peloton.

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