Football

A Saint-Gall, art scénique et vieilles dentelles

Dirigé par deux ex-stars de la télévision alémanique, le club doyen revient sur le devant de la scène. Vainqueurs de Grasshopper (2-1), les Brodeurs talonnent même le FC Bâle

Dimanche matin, Saint-Gall s’est réveillée sous la neige. Mais il y avait plus étrange, à quelques jours du début du printemps: au classement de la Super League, l’équipe locale comptait le même nombre de points (42) que le FC Bâle (avec certes deux matchs de plus). Club doyen du football suisse (fondé en 1879), le FC Saint-Gall reverdit depuis le début de l’année 2018.

Après deux défaites contre Young Boys et le FC Zurich, les joueurs de Giorgio Contini ont initié au Parc Saint-Jacques une série en cours de cinq succès consécutifs: à Bâle (0-2), contre Lugano (3-0), à Thoune (1-2) puis à Lausanne (1-4) et samedi soir contre Grasshopper (2-1).

Il n’y a que pour le SonntagsBlick que la victoire de Saint-Gall est d’abord la défaite de GC, et même de Murat Yakin. Auteur d’un but et d’une passe décisive pour Nassim Ben Khalifa, le milieu islandais Runar Sigurjonsson démontra sur le terrain puis en zone mixte (les termes «Yakin», «fucking» et «Kindergarten» revenaient dans la même phrase) que le prêter à Saint-Gall avait peut-être été une erreur d’appréciation.

Schüblig et bling-bling

Une autre fut peut-être commise en janvier lors de l’annonce de l’arrivée aux commandes du FC Saint-Gall de l’ex-duo star de la télévision alémanique: le commentateur et animateur Matthias Hüppi, nommé président, et Alain Sutter, choisi par le premier comme directeur sportif. Du bling-bling au pays du Schüblig? Le 17 décembre, Matthias Hüppi avait droit, en direct dans Sport Panorama, à l’hommage de Bernhard Russi, de l’ancien roi de la lutte Jörg Abderhalden et d’Alain Sutter, dont tout le monde ignorait alors sa future implication dans le projet. L’homme de télé fit le tour du plateau pour donner une énergique accolade à chacun des cameramen avant de lancer un vibrant «Hop Sanggalle!»

Nous sommes difficiles à battre parce que chacun travaille pour l’autre

Trois mois plus tard, la même scène se répète dans les sous-sols du Kybunpark, le stade du FC Saint-Gall depuis 2008. Hüppi, posté devant l’entrée des vestiaires, étreint virilement tout ce qui se présente à lui: buteur, remplaçant, soigneur, coach. C’est d’une tape dans le dos tout aussi énergique qu’il s’est débarrassé peu après son arrivée de trois membres du club (responsable de la formation, préparateur physique, physiothérapeute). Ceux qui restent tirent tous à la même corde. «Notre force, c’est la solidarité et l’organisation. Nous prenons peu de buts et concédons peu d’occasions. Nous sommes difficiles à battre parce que chacun travaille pour l’autre», observe Tranquillo Barnetta, revenu l’an dernier au bercail après un périple de treize ans à l’étranger.

En tête du «Groupe 2»

A Saint-Gall, il n’y a pas de star. Pas même Alain Sutter, qui laisse volontiers la lumière à son président et préfère les discussions intimes dans son bureau aux grandes effusions publiques. «Alain a beaucoup parlé aux joueurs pour que chacun pense d’abord au collectif», souligne Matthias Hüppi. Dans ce contexte, Nassim Ben Khalifa s’épanouit enfin après des débuts difficiles. «Il faut savoir le prendre, lui parler en français. Nous lui avons tendu la main et il a su la saisir», se réjouit le président.

Avec un bon état d’esprit et quelques très bons joueurs, Saint-Gall se profile comme le meilleur club du «groupe 2 de Super League» (Hüppi), derrière les cadors que constituent Bâle, YB et, sur le long terme, le FC Zurich. A chaque fois qu’une équipe émerge, la même question se pose: pourra-t-elle durer sans se faire piller? Itten (Bâle) et Sigurjonsson (GC) sont prêtés, Ben Khalifa demeure l’un des plus gros talents du foot suisse, le jeune latéral Jasper van der Werff (18 ans, formé au club) est déjà ciblé par les scouts.

Une très grande zone d’influence

La moyenne jusqu’ici cette saison tourne à 11 000 spectateurs par match mais Saint-Gall a un potentiel supérieur

«Je pense que le club peut se stabiliser à la troisième place, estime Tranquillo Barnetta. Et après, qui sait, si une fois nous faisons une saison extraordinaire… Ici, c’est toujours très émotionnel. Le public réagit vite.» Ils étaient 14 000 samedi soir, record de la saison, malgré le froid et la neige. «Vous avez vu l’ambiance?» s’enthousiasme Matthias Hüppi. «La moyenne jusqu’ici cette saison tourne à 11 000 spectateurs par match, mais Saint-Gall a un potentiel supérieur. Les gens aiment le foot et la région est grande, elle va jusqu’en Thurgovie, en Appenzell, à Glaris, aux Grisons.» Cet été, il est prévu que l’équipe prospecte cette zone d’influence en y disputant ses matchs amicaux dans un autoproclamé «Espen Tour».

«Espen» est le nom allemand du peuplier tremble. C’est surtout une référence à l’ancien stade de l’Espenmoos, abandonné en 2008. Le Kybunpark est une belle réussite, d’une taille idéale (19 000 places). Le club a su déménager sans perdre son âme, que les supporters entretiennent à coups de tambours et de fumigènes dans le kop baptisé «Espenblock». Samedi, Matthias Hüppi, toujours proche du public comme il l’était déjà sur la SRF, est monté dans la tribune parlementer avec les meneurs.

Le nouveau président prend son rôle très à cœur. Peut-être aussi parce que c’est son job. «Mon frère Michael a aussi été président du club mais lui n’était pas salarié.» C’était en 2010, l’année où le FC Saint-Gall a lui aussi failli faire faillite et disparaître. Six personnalités locales sauvèrent le club en injectant 10 millions de francs, dont Dölf Früh, président de 2010 à 2017. Les banques abandonnèrent également une créance de près de 5 millions. Peu de clubs en Suisse auraient pu susciter une telle union sacrée.

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