Ça, une demi-finale de Coupe? De Coupe des Alpes, à la rigueur… Deux équipes s’affrontant à l’heure de la sortie des bureaux, sur fond sonore de rampe d’autoroute, alors qu’un rayon de soleil inattendu, quoique de saison, réchauffait la poignée de spectateurs autorisés à assister à la rencontre. N’y voyez aucune forme de mépris, c’est juste que le décor n’était pas à la hauteur de l’événement, ni surtout de l’attente. Servette pouvait disputer sa première finale de Coupe depuis 2001.

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Mais Saint-Gall attendait ça aussi depuis 1998, alors les deux équipes ont jeté le peu qui leur reste de force et de volonté dans cette fin de saison harassante. Et c’est Saint-Gall qui a fini par l’emporter, grâce à un but plein de roublardise de Basil Stillhart. Isolé côté droit, le milieu de terrain s’apprêtait à centrer lorsqu’il vit le gardien genevois Jeremy Frick anticiper. Il ouvrit le pied, visa juste et trouva la faille au ras du premier poteau (83e 0-1). Ce geste parfaitement exécuté envoie Saint-Gall au Wankdorf, le lundi de Pentecôte, contre le FC Lucerne, vainqueur la veille à Aarau (1-2).

«Ça s’est joué à peu»

Pour Servette, qui venait de battre Young Boys dimanche en championnat, la déception est vive. «Nous sommes très déçus, avouait l’entraîneur Alain Geiger. Nous avons eu des occasions mais il nous a manqué un peu de rythme et de dynamisme pour conclure. Nous n’avons pas raté notre match mais quand on ne marque pas dans une demi-finale à domicile, on a toujours un peu le sentiment d’être passé à côté. Cela s’est joué à peu.» A un pied ouvert qui expédie le ballon dans un soupirail.

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C’est très peu, mais pour Saint-Gall, cela fait une énorme différence. «Même s’il n’y a pas de spectateurs, vous n’imaginez pas tout ce que cette qualification représente pour toute une région, soulignait Peter Zeidler, l’entraîneur du club doyen du football suisse (fondé en 1879). Nous avons souffert, parce que Servette est une bonne équipe, nous avons eu de la réussite, notre gardien nous a sauvés quelques fois. Il a fallu tout ça avant que nous parvenions à marquer. J’ai encore de la peine à y croire.»

Pour le spectateur neutre, le match entre les deux extrêmes géographiques du pays a offert une vision assez juste du niveau moyen du football suisse, de ses efforts et de ses limites. A Saint-Gall comme à Genève, on s’applique depuis quelques années à développer un projet cohérent, stable et raisonnable. On s’efforce d’y associer des valeurs humaines, que la personnalité des deux entraîneurs – le «prof» Peter Zeidler d’un côté, le «baroudeur» Alain Geiger de l’autre – reflète bien.

Plus d’idées que de capacités

Il y a de bons joueurs (le gardien Ati Zigi à Saint-Gall, le milieu Stevanovic à Servette), quelques jeunes prometteurs (Stergiou et Muheim, Imeri) mais pas en nombre suffisant pour sortir d’un football appliqué qui ne va pas au bout de ses idées. Si les bonnes dispositions offensives de part et d’autre aboutirent assez rarement en véritables chances de but, c’est parce que souvent l’exécution n’était pas à la hauteur de l’intention. Comme cette passe en profondeur de Stevanovic, dont Kyei ne comprit qu’avec un temps de retard tout le potentiel (14e), ou cette bonne anticipation de Schalk dans le dos de la défense saint-galloise aussitôt gâchée par une première touche de balle trop grossière (63e).

Parce que Servette se montra tout de même plus proche de conclure que son adversaire, le rôle du maladroit échut à l’avant-centre Grejohn Kyei, qui échoua à exploiter deux situations favorables devant le but adverse, d’abord d’un tir que le défenseur Fazijli détourna de la tête (26e), puis en manquant son contrôle du genou, qui ricocha sur son bras gauche (36e). Il est tentant de l’en blâmer mais Schalk et Cognat ne furent pas plus en réussite sur une double occasion juste avant la mi-temps.

La fatigue et la crispation fermèrent le match, jusqu’au coup de patte de Stillhart. Peter Zeidler pouvait jubiler. En 2017, Christian Constantin lui retira la responsabilité du FC Sion à trois semaines d’une finale de coupe (que Sion perdit). «C’est de l’histoire ancienne», balaie-t-il.