Le FC Saint-Gall avait le droit de rêver, hier sur la pelouse du Hardturm de Zurich. Rêver d'une victoire, synonyme d'un premier pas vers une qualification pour la Ligue des champions et ses confortables retombées financières. Son adversaire, Galatasaray, ne présentait-il pas quelques signes de faiblesse? Le départ vers la Fiorentina de son entraîneur, Fatih Terim, celui qui a porté le club stambouliote vers quatre titres nationaux consécutifs ainsi qu'une coupe de l'UEFA, l'an dernier contre Arsenal; le départ également d'Hakan Sükur, buteur attitré parti à l'Inter; la suspension de Hagi, chef d'orchestre roumain des «rouge et jaune»; ou encore le manque de compétition d'une équipe dont le championnat ne reprend que samedi prochain. Hélas pour eux, malgré une rencontre qu'ils ont pourtant dominée, les champions de Suisses sont tombés (1-2) face à une équipe qui a pu s'en remettre à un seul joueur, Jardel, pour renverser la situation.

Mésententes défensives

Le début du match, en effet, a été à l'avantage des Saint-Gallois, auxquels leurs adversaires ont laissé l'initiative du jeu. Pas seulement pour des raisons tactiques. Commettant beaucoup de fautes, les joueurs de Galatasaray trahissaient par des mésententes défensives leur fébrilité et leur manque de cohésion collective.

C'est sur un moment d'égarement, plus que de fébrilité, que l'ouverture du score est intervenue. Sur un dégagement de Taffarel, le gardien brésilien de Galatasaray, le ballon est renvoyé par le genou d'un défenseur vert et blanc, rebondi dans sa surface et le lobe, prolongé par Charles Amoah en embuscade (14e).

C'est plus qu'il n'en fallait pour vexer des Turcs déjà nerveux, contraints à leur tour de faire le jeu. La première véritable occasion de Galatasaray est intervenue à la demi-heure de jeu par Dos Santos, imité peu après par Unsal dont le centre-tir vient flirter avec la barre. Pendant toute cette première mi-temps, Jardel, l'ex buteur du FC Porto (38 buts la saison dernière), est resté discret. C'est de lui pourtant que l'égalisation est venue. D'un coup de tête qui a cloué Jörg Stiel sur sa ligne, le Brésilien connu pour son excellent jeu de tête a remis les siens dans la course (1-1).

En seconde mi-temps, flairant le bon coup, les Saint-Gallois ont accentué leur pressing, poussés par les milliers de supporters venus combler les tribunes du Hardturm. Accrocheurs, solides et impertinents, ils n'ont pas hésité à canarder la cage d'un Taffarel toujours aussi peu sûr. Et un deuxième but a longtemps semblé leur pendre au bout de la chaussure.

La rentrée de Colacino pour Nixon, puis celle de Sebastao Didi à la place de Charles Amoah, n'ont pas permis aux champions suisses de concrétiser leurs nombreuses occasions. Et sur un contre, d'un geste aussi anodin que le premier, Jardel a justifié les 20 millions de dollars de son transfert (1-2, 79e). Cette fois, ce sont les milliers de supporters turcs qui ont donné de la voix, redonnant comme après le premier but un avant-goût de ce que sera le match retour.

Avec cette défaite, tous les espoirs des champions suisses ne s'envolent pas d'un seul coup. Il leur reste un match retour, le 22 ou 23 août, pour espérer décrocher leur qualification. Mais vu ce qui les attend dans l'enfer du stade Ali Sami Yen d'Istanbul, tout semble indiquer qu'ils ont déjà pris bien malgré eux une option pour figurer sur la liste des clubs suisses éliminés par Galatasaray: Neuchâtel Xamax en coupe des clubs champions en 1988-89, Sion au 3e tour qualificatif de la Ligue des champions en 1997, enfin Grasshoppers l'année suivante au même stade de la compétition. Une série qui fait décidément des champions de Turquie le bourreau du football suisse et de ses espoirs de reconnaissance internationale.

Alerte à la bombe

Pour réaliser un exploit, il faudra aux Saint-Gallois battre une équipe turque qui aura repris le championnat et surmonter l'incroyable pression qui s'exerce sur les équipes effectuant la visite sur les bords du Bosphore. Cette fois, l'ambiance pourrait être encore plus explosive. Dans la nuit de mardi à mercredi, la police zurichoise a en effet fouillé l'hôtel des joueurs turcs à la suite d'une alerte à la bombe qui s'est avérée fausse. Un incident qui a tout de la provocation.