A deux journées de la fin du championnat, le FC Saint-Gall peut encore être sacré champion de Suisse. Il doit pour cela dominer Neuchâtel Xamax ce vendredi, tout en comptant sur une victoire du FC Sion contre Young Boys, puis vaincre l’équipe bernoise lors d’un match qui deviendrait alors une finale pour le titre, lundi.

C’est loin d’être gagné. Mais ce n’est pas impossible. Et l’épilogue ne changera pas grand-chose à l’histoire: les Brodeurs se sont tricoté une saison de haute couture. «Elle n’est pas réussie, elle est sensationnelle, lance l’entraîneur Peter Zeidler, extatique. Je ne le dis pas par arrogance ou autosatisfaction, mais parce que c’est la vérité. Rien ne permettait de prévoir un tel parcours.»

Au sein de l’élite du football suisse, le FC Saint-Gall affiche l’un des budgets les plus modestes (7,7 millions de francs pour la première équipe) et l’effectif avec la moyenne d’âge la plus basse (23,5 ans). Il a pourtant trouvé le moyen de perturber le duel annoncé entre les mastodontes que sont Bâle et Young Boys sur la longueur d’un championnat, en risquant gros (53 buts encaissés, 6e défense sur 10) pour gagner beau (72 buts marqués, 3e attaque).

Climat de sérénité

Ce panache, qui vaut à la formation des admirateurs dans tout le pays, porte la marque d’un Peter Zeidler obsédé par un football offensif de haute intensité. Mais il repose surtout sur le projet général d’un club au fonctionnement le plus horizontal et le plus humain possible.

«Le but est depuis le départ de créer quelque chose de spécial ici à Saint-Gall», sourit Matthias Hüppi. Cet ancien journaliste vedette de la télévision alémanique a repris la présidence du club en janvier 2018 sans expérience d’un tel poste, mais avec quelques idées fortes: ne pas céder à l’impatience, installer un climat de sérénité, inviter chacun à utiliser l’entier de ses compétences, n’enfermer personne dans une fonction hiérarchique. Et surtout: se projeter sur le long terme.

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C’est dans cette optique que cet enfant de la ville a récemment prolongé les contrats de l’entraîneur Peter Zeidler et du directeur sportif Alain Sutter jusqu’au terme de la saison 2024-2025, une durée inhabituelle qui fait toute la différence. «J’avais des propositions ailleurs, reconnaît le premier cité. Mais de savoir que le club n’est pas seulement derrière moi aujourd’hui alors que nous avons du succès, mais qu’il le sera aussi à l’avenir quand ce sera plus difficile, cela met en confiance.»

C’est précisément cela qui, selon Matthias Hüppi, permet à chacun de donner le meilleur de soi-même. Au conseil d’administration qui réunit des profils très variés (ancien joueur pro, avocat, patron de grande entreprise) comme dans les bureaux, en passant par les vestiaires. Entre les différentes sphères du club, le président forme avec Alain Sutter – qu’il connaît de la télévision, où l’ancien international intervenait comme consultant – et Peter Zeidler «un triangle qui fonctionne merveilleusement bien», de manière collégiale. «On parle de tout et nous ne sommes pas toujours d’accord, mais lorsque nous arrivons à une décision, chacun la défend sans réserve», précise le président.

Il se dit véritablement convaincu que le triumvirat restera inchangé jusqu’à l’été 2025, «au moins».

Une bande de mecs sympas

Une alchimie du même ordre s’est installée cette saison sur le terrain. «Les gens ont tendance à me mettre en avant, avec mes idées et mon coaching, mais le secret de notre réussite cette saison tient surtout au fait que l’équipe fonctionnait merveilleusement bien ensemble, fait remarquer Peter Zeidler. Sur le plan du jeu, les joueurs ont non seulement été convaincus par mon projet, mais ils se le sont appropriés de telle manière que c’est devenu leur manière de jouer, leur truc. Et de manière plus générale, il y a eu une émulation incroyable dans le groupe, les uns faisant progresser les autres.»

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L’attaquant genevois Jérémy Guillemenot confirme. «Si nous avons un secret, c’est que nous sommes une bande de potes qui a du plaisir à jouer ensemble. Je ne crois pas qu’il y ait une autre équipe comme ça en Suisse.»

A 22 ans et après sa formation à Servette, il est déjà passé par le centre de formation du FC Barcelone, une équipe de troisième division espagnole et la Bundesliga autrichienne. Souvent, les formations fonctionnaient de la même manière. Un capitaine qui a l’oreille du coach et l’autorité sur les autres joueurs. Des petits groupes fermés au sein du contingent. «Ici, tout le monde a son mot à dire. Et ça parle anglais, français, allemand, albanais… Plein de cultures différentes coexistent mais il y a des liens entre tout le monde. Cela se ressent sur le terrain: à la perte de la balle, la bande de potes entre en scène, chacun se mettant au service de l’autre sans avoir à réfléchir.»

Une renaissance

Ce contexte favorable lui a permis de rebondir après «deux ou trois années difficiles». Il a disputé 30 matchs sur 34, marqué 3 buts, distribué 7 passes décisives et rêve désormais à nouveau d’équipe nationale, lui qui a été sélectionné dans toutes les catégories espoirs. Il n’est pas le seul à avoir profité de la dynamique saint-galloise. Son compère en attaque Cédric Itten (16 buts) a déjà été convoqué avec la Nati. Ermedin Demirovic, prêté par Alaves, a d’ores et déjà convaincu le SC Freiburg de l’embaucher en Bundesliga.

«L’avantage de travailler avec des joueurs jeunes, c’est qu’ils sont encore en âge de progresser et qu’ils apprennent vite», souligne Peter Zeidler. L’inconvénient, c’est qu’ils sont susceptibles de titiller la concurrence et de s’en aller voir ailleurs: c’est la limite de la volonté de travailler sur le long terme. «Oui, nous serons toujours appelés à compenser des départs, reconnaît Matthias Hüppi. Mais avec Alain et Peter, nous avons les bonnes personnes pour trouver de nouveaux joueurs qui conviendront à notre fonctionnement.»

Les deux hommes ont les yeux rivés sur la formation maison, et l’esprit ouvert sur le monde. Avant de rejoindre Saint-Gall, Jordi Quintilla et Victor Ruiz évoluaient respectivement en deuxième division américaine et en quatrième division espagnole. Ils sont aujourd’hui des éléments importants d’une équipe qui lutte pour un titre national.