Depuis que Tim Montgomery a dépossédé Maurice Greene du record du monde du 100 m, en septembre de l'année dernière, les deux stars américaines n'ont jamais foulé la même piste. Elles s'évitent soigneusement. Le meeting d'Athletissima, ce soir à Lausanne, aurait dû mettre un terme à une longue attente, excitée par quelques provocations verbales. Raté: Tim Montgomery est retourné auprès de Marion Jones, sa fiancée, pour fêter la naissance de leur fils. Maurice Greene n'en fera pas grand cas. Il a tout son temps. Extraits du long entretien que le triple champion du monde et champion olympique nous a accordé en exclusivité avant sa venue à Lausanne.

Le Temps: Vous étiez dans les tribunes du Stade de Charléty, à Paris, quand Tim Montgomery a battu votre record du monde du 100 m (9''78). Courrez-vous après ce nouveau temps de référence cette année?

Maurice Greene: Le plus important, à mes yeux, est de remporter des titres aux prochains championnats du monde de Paris. Les records vont et viennent, ils ne restent pas dans l'histoire. Par nature, ils n'ont qu'une durée de vie limitée. Un titre mondial, lui, est indélébile. Le record du 100 m, je sais qu'il va me revenir, alors je ne focalise pas trop là-dessus. Concernant Montgomery, je dirai simplement que sa performance au Stade de Charléty symbolise la vitalité du sprint américain. Mais lors de cette finale du Grand Prix, Tim a eu beaucoup de chance. La bourrasque de vent qui a soufflé sur la piste quand il est sorti des starting-blocks était un don de Dieu. Ce genre de miracle* ne se répète pas deux fois...

– Avez-vous tiré les leçons de votre médiocre année 2002?

– Oui, je crois. J'ai disputé trop de courses, c'était une erreur. La Fédération internationale avait demandé mon aide et j'avais répondu positivement parce que cela me semblait normal. Mais, maintenant, je ne referai pas la même erreur.

– Pourquoi avez-vous décidé de vous aligner sur 200 m si tôt, cette saison?

– C'est très simple: je veux doubler 100 m et 200 m aux Mondiaux de Paris. Mon objectif est de remporter un quatrième titre consécutif sur 100 m et un second sur 200 m. Je suis très motivé, car personne ne l'a jamais fait. Les résultats médiocres de la saison dernière n'ont rien à voir avec ce choix de multiplier les 200 m. Simplement, je n'avais plus couru sur cette distance depuis trois ans et je voulais retrouver des repères. Il s'agit d'un véritable défi personnel, mais je sais que j'ai les qualités et la motivation nécessaire pour réaliser ce doublé à Paris.

– A l'époque, aux «trials» de Sacramento, votre duel face à Michael Johnson pour l'obtention d'un sésame sur 200 m aux Jeux de Sydney s'était soldé par un fiasco. Vous vous étiez tous les deux blessés pendant la course devant une horde de caméras. Avez-vous fait le deuil de cet échec?

– Je le crois, oui. Contrairement à ce que certains affirment, je n'ai pas eu besoin de trois ans pour «digérer» cette contre-performance. J'irai même plus loin: si Michael Johnson était encore en activité aujourd'hui, je ne me poserais pas toutes ces questions, je déciderais de recourir face à lui sur 200 m pour le battre. En l'occurrence, je veux simplement rééditer mon exploit de 1999, aux Mondiaux de Séville, où j'avais réussi à remporter le 100 m et le 200 m. Je suis intimement persuadé que j'en suis capable. Je vous donne rendez-vous au Stade de France…

– Votre groupe d'entraînement (HSI), dirigé par John Smith, semble moins performant qu'auparavant.

– Non (rires). Tous les ans, les athlètes changent au sein de mon groupe d'entraînement. Il n'y a rien d'exceptionnel. Le HSI n'est pas sur le déclin.

– Que vous ont inspiré les révélations de dopage concernant Carl Lewis?

– C'est dommage. Au-delà de l'aspect humain, ce genre d'affaire discrédite complètement l'athlétisme. C'est vraiment dommage. Mais je ne suis pas Carl Lewis et je ne peux pas répondre à sa place…

* Le record du monde de Tim Montgomery a été homologué avec un vent de +2 m/s, la limite maximale autorisée par la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF).