«A part pour nos supporters, nous n'avions pas de raison de conserver la couleur bleue de la France pour nos voitures.» En présentant mercredi à Melbourne ses nouvelles monoplaces pour la saison 2001, Alain Prost n'a pas manqué de souligner, avec une pointe d'amertume, que ce n'est pas auprès des industriels de son pays qu'il a trouvé du soutien, hormis celui de Michelin.

De fait, Prost Grand Prix a dû dénicher de nouveaux partenaires techniques. Il a ainsi obtenu une association miraculeuse avec Ferrari pour la fourniture de son moteur. Prost a également renouvelé la plupart de ses annonceurs et les cadres de son bureau d'études. Au passage, il a réussi un coup remarquable en recrutant l'aérodynamicien Henri Durand, ex-McLaren. Enfin, il s'est associé à Pedro Diniz pour renforcer l'assise financière de sa société, en acceptant que l'ancien pilote Sauber prenne une participation à hauteur de 40%. Il a fait aussi quelques concessions comme celle d'engager l'inexpérimenté pilote argentin Gaston Mazzacane, soutenu par PSN, un solide sponsor (Pan-american Sports Network's).

Des essais porteurs d'espoir

Avec une base de fonctionnement consolidée, Prost Grand Prix doit maintenant gagner sa crédibilité sur la piste. Les essais de l'intersaison sont porteurs d'espoirs. La monoplace française semble bien née et performante. Elle profite de l'ensemble moteur-boîte de vitesses Ferrari qui a fait ses preuves la saison dernière, et surtout compte sur les pneumatiques Michelin pour sortir du lot. Et avec Jean Alesi au volant, tout est possible. Sans l'avouer, le Français espère pouvoir savourer une belle revanche et faire taire ceux qui le voyaient déjà à la retraite. «Je suis dans l'état d'esprit d'un boxeur qui monte sur le ring en sachant qu'il peut vraiment battre son adversaire. Ce n'était pas le cas ces dernières saisons.» Impatient d'en découdre, Alesi (36 ans) ne se fait pas de soucis sur la capacité de développement de son équipe et affirme que son enthousiasme est intact. «Ce sont les journalistes qui m'ont mis cette histoire de vieillesse sur le dos.» Une maturité qui peut le servir, la Formule 1 étant un sport pour lequel l'expérience est un atout irremplaçable.

Prudent, Alain Prost s'est bien gardé d'émettre le moindre pronostic. Mais après la pitoyable saison 2000, il espère que celle qui s'ouvre sera celle du rachat. Alors les «bleus» seront peut-être regardés avec un peu moins de condescendance dans le paddock.