Les nuages d'orage ont quitté le ciel de Salt Lake City. A onze mois des XIXes Jeux d'hiver, qui se dérouleront du 8 au 24 février 2002, la capitale de l'Utah semble enfin sortie de la dépression où l'avait plongée le scandale de la corruption du Comité international olympique (CIO). Une résurrection dont beaucoup attribuent les mérites à Mitt Romney, le patron du comité d'organisation, arrivé en février 1999, au plus fort de la crise.

– Le Temps: Quelle était la situation à votre arrivée aux commandes du comité d'organisation de ces Jeux 2002?

– Mitt Romney: Mauvaise. Je le savais, je connaissais assez bien la situation, même si j'étais alors installé dans l'est du pays. J'avais suivi les différents épisodes de la crise née du scandale de corruption. Et je n'ignorais pas que les gens de Salt Lake City avaient perdu confiance. Mais j'étais loin d'imaginer que le tableau était aussi sombre. J'ai rapidement découvert, en prenant mes fonctions de président du SLOC («Salt Lake City organisation comity»), que le budget était dans le rouge. Nous accusions un déficit de 379 millions de dollars (environ 625 millions de francs). Autre source d'inquiétude: les autorités politiques du pays ne voulaient plus nous suivre. A Washington, le Congrès américain et la Maison-Blanche n'étaient plus du tout chauds pour faire un effort pour soutenir les Jeux.

– Quelles ont été, les premiers temps, vos priorités pour redresser la barre?

– J'ai d'abord porté mes efforts sur le recrutement d'une nouvelle équipe, en prenant soin d'embaucher les bonnes personnes aux postes clés. Aujourd'hui, je peux dire que nous possédons, au comité d'organisation, un groupe extrêmement compétent. Ensuite, nous nous sommes concentrés sur un important travail de réduction des coûts, afin de résorber notre déficit. Nous avons réussi à économiser près de 200 millions de dollars. Et, dans le même temps, nous avons trouvé à peu près la même somme en partenariat, grâce à une série de nouveaux sponsors nationaux.

– Aujourd'hui, comment se porte votre budget?

– Nous sommes très proches de l'équilibre. Il nous manque encore quelques dizaines de millions de dollars, mais nous les trouverons avant le début des Jeux, grâce notamment à la vente des billets. Au final, nous devrions réaliser un bénéfice d'environ 40 millions de dollars, que nous reverserons à la Ville et à l'Etat, afin qu'ils puissent faire fonctionner les installations sportives une fois les Jeux terminés.

– Avez-vous retrouvé les grâces du Congrès et de la Maison-Blanche?

– Oui, là aussi nos efforts ont porté leurs fruits. Nous avons fait plusieurs voyages à Washington pour convaincre les autorités du pays de nous redonner leur confiance. Et nous avons finalement ramené 100 millions de dollars en aides gouvernementales.

– Comment mesurez-vous, aujourd'hui, la crédibilité retrouvée de Salt Lake City?

– Tout simplement par les chiffres de la vente des billets. Nous en avons déjà vendu deux fois plus que lors des Jeux de Nagano. Et environ 40% des tickets achetés l'ont été par des gens de l'Utah.

– Quelles seront vos priorités, au cours de la dernière année avant les Jeux?

– Nous allons sur trois secteurs spécifiques: la technologie de l'information, qui est sans doute le domaine le plus risqué dans une organisation de cette ampleur, les transports, car il nous faudra véhiculer au moins 100 000 personnes par jour vers les sites de compétition, et puis, surtout, les services offerts aux athlètes. Les épreuves sportives devront être d'un niveau sans égal dans le monde. Elles seules permettront de mesurer le véritable succès de ces Jeux.

– Il a souvent été dit, depuis le choix de Salt Lake City comme ville hôte des Jeux de 2002, que les lois sur l'alcool en vigueur dans l'Utah ne favoriseraient guère une ambiance de fête pendant la quinzaine olympique (lire ci-dessous). Est-ce une réalité, ou un simple cliché véhiculé par la presse internationale?

– C'est un cliché. A Lillehammer, en 1994, on ne trouvait pas d'alcool sur les lieux des épreuves. A Salt Lake City, il sera possible de boire une bière à peu près partout, y compris sur les sites de compétition. Chaque pays possède ses propres lois en matière de vente et de consommation d'alcool. L'Utah n'y fait pas exception. Elles sont peut-être un peu plus contraignantes que dans d'autres Etats, mais je peux vous garantir qu'elles ne perturberont pas l'ambiance des Jeux.

– Autre idée, souvent admise à l'étranger: ces Jeux seront des Jeux mormons. Est-ce encore une fois un cliché médiatique?

– Encore une fois, oui. L'Utah est un Etat mormon, c'est vrai, puisque 70% de sa population revendique son appartenance à cette religion. Et l'Eglise des Mormons n'a jamais caché son intention de profiter des Jeux d'hiver de 2002 pour mieux se faire connaître au reste du monde. Mais ils n'utiliseront pas l'occasion pour essayer de convertir les visiteurs à leurs croyances.

– Revenons-en, pour terminer, aux Jeux eux-mêmes. Quelle image voulez-vous leur donner?

– J'aimerais d'abord que les gens se souviennent, une fois les Jeux terminés, des performances des athlètes. Je voudrais aussi qu'ils se rappellent que Salt Lake City a célébré les Jeux d'hiver de façon gaie et spectaculaire. Et puis, peut-être, qu'ils n'oublient pas que nous avons été précipités au fond du trou, mais que nous avons réussi à en sortir par nous-mêmes. Nous sommes déjà très fiers de ce que nous avons accompli. Et nous le serons encore plus, j'en suis sûr, au dernier jour des Jeux.