L'empêcheur de tourner en rond, Christophe Bassons ayant pris la porte vendredi, sans fleurs ni couronnes de la part de ses confrères et néanmoins ennemis, la course a repris ses droits ce week-end. Cette société de silences et de règles a poursuivi le feuilleton du Tour de France là où elle aurait toujours voulu qu'il soit, c'est-à-dire sur le bitume. Un bitume très chaud ce week-end puisque samedi sur les routes du Tarn menant à la belle cité d'Albi, le thermomètre à hauteur du goudron affichait un 54 degrés impressionnant! Dimanche, dans l'étape qui conduisait au pied des Pyrénées et surtout à une journée de repos bienvenue, il faisait certes moins chaud - orage et forte humidité en fin de parcours -, mais il y avait beaucoup d'électricité dans l'air.

Pourquoi? Avant les deux étapes de montagne réservée à l'élite des grimpeurs et aux deux étapes en ligne promise aux sprinters à Bordeaux et au Futuroscope, c'était la dernière heure qui sonnait pour les baroudeurs, les attaquants au long cours, mais aussi les petits de la caravane qui n'avaient pas encore eu leur part du gâteau. Et cette chance, Salvatore Commesso samedi et Dimitri Konyshev dimanche ont su la saisir au terme de quelque 200 kilomètres d'échappée belle.

Dans les deux cas, il fallait partir très tôt, dès les premiers kilomètres de la course. Pas question de musarder. Samedi, le groupe de fuyards, dont le Suisse Roland Meier, qui a connu jusqu'à 20 minutes d'avance s'était formé par vagues dès le kilomètre 8. Dimanche, c'est au kilomètre 9 que Dimitri Konyshev a mis les bouts, emmenant sur son porte-bagages un attaquant de choix, le Français Jacky Durand. Partir tôt ne suffit pas. Il faut encore et surtout obtenir un droit de sortie. Samedi comme dimanche, quelques coureurs qui pointaient au-delà de la demi-heure au classement général partirent à la poursuite des attaque-tôt. Comme ils ne menaçaient personne, ils purent apporter leur pierre à l'édification d'une échappée réussie. C'est quasi mathématique...

Dimanche, deux plus quatre firent six. C'est dans cette composition - Konyshev, Durand, Lelli, Wesemann, Faresin et Belli - que le petit groupe construit son succès. Derrière, les équipes US Postal, mais aussi Banesto, Once et Kelme, qui ont des places d'honneur à défendre, n'ont mené aucune contre-offensive. A peine un tempo soutenu pour ne pas être ridicule et pour défendre des positions au classement par équipes. Dès le kilomètre 101 - plus de huit minutes d'avance - la messe était dite. Tout le reste n'était que décorum. Par exemple l'unité de groupe des six pour asseoir le succès de l'aventure, puis à 25 kilomètres de l'arrivée une méfiance réciproque sur la capacité de l'autre à jouer au plus malin et à filer à l'anglaise - bravo à Konyshev et Faresin! - ou encore, dans le peloton, l'attaque bravache de François Simon, imitée par Richard Virenque, pour pimenter les derniers hectomètres avant de laisser le maître du sprint encore en course, Erik Zabel, régler l'addition du peloton.

Si on fait les comptes, l'Italie a tout gagné ou presque ce week-end. Quatre d'entre eux ont décroché les quatre premières places à Albi. Et dimanche, c'est un demi-Italien - le Russe Dimitri Konyshev est né à Gorki, mais il a épousé une Transalpine et court sous les couleurs d'une équipe italienne - qui précède Gianni Faresin et Massimiliano Lelli sur le podium. La même ville où le célébrissime Gino Bartali - 85 ans hier - avait gagné en 1950! «Mamma mia», avec la progression de Wladimir Belli, encore un Italien, de la 31e à la 14e place. Qu'ajouter de plus? Sinon la même opération profitable samedi au Suisse Roland Meier, remontant de la 35e à la 18e place.