L’Espagnol Juan Antonio Samaranch, qui a présidé le Comité international olympique (CIO) pendant vingt et un ans, de 1980 à 2001, et qui est décédé mercredi à Barcelone d’un «arrêt cardio-respiratoire» à 89 ans, laisse des souvenirs contrastés dans la presse internationale.

Pour son successeur, Jacques Rogge, qui lui rend hommage dans El País, «son charisme était tel que, pour certains, l’homme et le CIO étaient inséparables. Lors de chacun de ses voyages, on voyait que le président d’honneur était très aimé et très respecté, à la fois pour sa personne et pour l’institution, qu’il a conduite avec beaucoup d’intelligence». Il avait une «passion et un dévouement total pour les Jeux olympiques». Et ses «connaissances du monde sportif étaient exceptionnelles». «L’architecte des jeux de l’ère moderne» laissera «un héritage qui perdurera pendant de nombreuses années» A propos de cet homme dont Le Figaro – entre autres – avait dit, à la fin de 2009, sur la base d’un livre paru en Russie, qu’il avait été recruté par le KGB à la fin des années 1970, l’actuel président du CIO conclut, simplement: «Le monde a perdu un homme merveilleux.» «Adiós, presidente», titre le quotidien sportif espagnol As.

«Calculateur, rationnel, ambitieux, Samaranch rêvait depuis son enfance de devenir un dirigeant sportif», écrit La Voz de Galicia. Mais «dans son passé politique, il y a beaucoup d’ombres» et il a traîné le boulet de «son affiliation à la Phalange espagnole et aux Juntes de l’offensive national-syndicaliste», organisations politiques nationalistes d’obédience fascisante fondées dans l930. Une longue période après laquelle il a remarquablement bien su s’adapter, selon El País, à la nouvelle donne politique et aux revendications des nationalistes catalans, une fois la démocratie revenue. Et il ne faut pas oublier non plus «la série de scandales liés à la corruption à Salt Lake City» et les critiques émises à son endroit pour «sa douce tolérance envers le dopage».

De «ses positions obscures qu’il a adoptées dans l’ombre de Franco», enchaîne El Periódico de Catalunya, il avait parlé dans ses Mémoires, en se défendant ainsi: «Nous sommes des millions à avoir eu un bureau dans l’administration franquiste. C’est une question de génération. Mais il fut un temps en Espagne où nous avons pris les devants et ceux qui avaient une part de responsabilité ont réalisé qu’il était temps d’opérer un changement majeur.»

Avui, le quotidien catalophone, souligne que «son plus grand défi» a été de «stopper le boycott des JO en raison des tensions entre les Soviétiques et les Américains, en 1980 à Moscou et à Los Angeles en 1984». Il se souvient aussi de l’octroi des Jeux à «sa» ville, à Lausanne en 1986: «… à la ville de Barcelone», en prononçant le nom de la ville «à la catalane», à la fin d’une phrase en français.

El Mundo Deportivo a fait sa propre revue de presse, pour constater que «dans le monde latino, les éloges sont unanimes» alors que «dans le monde francophone et anglo-saxon, ses principaux détracteurs sont déchirés entre le rôle qu’il a joué dans la revitalisation économique des Jeux olympiques et les scandales de corruption qui ont gâché la fin de son mandat». Ainsi, la Gazzetta dello sport parle de sa «farouche détermination à redresser la barre olympique» et O Globo, au Brésil, écrit que «l’ère Samaranch a été l’une des plus lourdes dans l’histoire du sport olympique. Il a dû faire face à des boycotts politiques, accepter le professionnalisme, l’explosion des marques», et a été mis devant un fait accompli: «la peste du dopage».

«Homme d’influence et de réseaux, note encore Le Monde, Juan Antonio Samaranch a aussi sa part d’ombre: il n’a ainsi jamais caché son admiration pour le dictateur Francisco Franco, dont il fut en 1967 le délégué national de l’éducation physique et des sports […]. Surtout, s’il a réussi à donner au CIO le poids économique et politique qui est le sien aujourd’hui, il y a aussi fait régner un fonctionnement des plus opaques. […] Les accusations de corruption se sont accumulées […]. Tout juste Samaranch regrettera-t-il au moment de quitter son poste de «ne pas avoir réformé plus tôt le CIO».»

Pour CNN, la carrière du président Samaranch – que la Frankfurter Allgemeine nomme le Roi-Soleil olympique» et le quotidien sportif espagnol Marca «le pape du sport» – a été marquée par les succès et les scandales. Un succès économique sans précédent qui a donné sa sécurité financière au mouvement olympique» mais lui a fait aussi de l’ombre avec son «éthique» douteuse. Tandis que pour la BBC, il peut être «crédité d’avoir sauvé les Jeux olympiques» en les privatisant «et d’en avoir fait le phénomène mondial que nous connaissons aujourd’hui. Ses deux décennies à la tête du CIO sont considérées comme un succès, assombri» – encore une fois – «par les allégations de corruption au sein de l’organisation et les liens» avec la dictature franquiste.